Martha Wainwright : sans paravent... avec enfants

Son plus récent disque, Goodnight City, a été accueilli avec des fleurs et des bravos. Certains critiques ont parlé du meilleur disque en carrière de Martha Wainwright.
Pour l'auteure-compositrice-interprète, la césure est claire. Ce nouvel opus pétri de douceur et d'intensité traduit le début d'un nouveau chapitre,
« C'est comme si je fermais le chapitre de ma jeunesse, comme si je laissais le passé derrière. J'ai toujours cru, et espéré, que la seconde portion de ma carrière serait plus facile que la première. J'ai l'impression d'y être, de m'approcher de ça. Il y a un espoir, une légèreté sur cet album. Une légèreté dans ma vie aussi. »
Le tournant est venu avec les enfants. Pour eux, avec eux, il fallait de la lumière, de l'espérance.
« Les enfants, c'est beaucoup le sujet de ce disque-là. Ils apportent cette vision lumineuse d'avenir. Devenir mère m'a ancrée. Comme artiste, on est toujours dans une posture où l'on tourne les yeux vers soi, où l'on revient à son petit nombril. Après 15 ans de métier, j'étais un peu tannée de me regarder aller. Ça fait du bien de me concentrer sur autre chose, de mettre les enfants en premier dans l'échelle des priorités. Je suis à l'aise là-dedans. Ça m'a aidée à devenir une meilleure artiste, je pense, et ça m'a orienté vers un trajet plus clair. J'ai gagné en confiance, mes insécurités se sont calmées. Avoir une famille m'a enlevé de la pression professionnellement. »
Le plaisir de la musique s'en est trouvé décuplé. Goodnight City s'est fait dans le bonheur, avec l'apport de différents collaborateurs.
Énergie extra
« On a travaillé très fort, mais c'était amusant. On a fait les chansons en direct, en studio, et ça a donné cette énergie extra qu'on entend sur l'album. J'ai écrit plusieurs chansons, mais j'ai aussi pu en choisir certaines qui sont signées par d'autres. J'ai gardé celles que j'aurais pu écrire moi-même tellement elles me touchaient. Ça apporte une autre couleur au disque. Je suis connue comme auteure-compositrice, mais j'ai toujours fait beaucoup d'interprétations. Et sur cet album-là, on entend cette facette de moi. Les mots des autres me permettent d'aller plus loin, d'être peut-être un peu plus théâtrale dans ma façon de chanter. J'ai fait ce que je voulais sans me soucier des conventions. »
Michael Ondaatje, Merrill Garbus, Lily Lanken, Anna McGarrigle ont tous ajouté leur griffe de parolier sur la galette. Rufus Wainwright aussi. Martha avait déjà partagé la scène avec son frère, mais c'est la première fois que tous deux collaborent sur disque. Il y a d'autres projets dans l'air.
« Mon frère et moi, on se retourne l'un vers l'autre, en particulier depuis la mort de notre mère. On fait nos concerts de Noël ensemble. Et aussi les hommages aux soeurs McGarrigle. C'est sûr qu'on commence à envisager la possibilité de faire un disque ensemble à un moment donné. Ce n'est rien de concret encore, mais on en parle », dit celle qui revient d'une tournée de spectacles en Australie.
Écho d'opus 1
Un spectacle pendant lequel, à quatre sur scène, ils font vivre les chansons de son plus récent disque, mais aussi quelques autres.
« J'intègre plusieurs chansons de mon premier album parce que je trouve qu'il y a un écho avec mon plus récent. Il y a des solos, des moments où on est tous sur scène, d'autres qui sont plus planants. Je vois ça un peu comme une rétrospective. »
Après sa tournée au Québec, plusieurs scènes attendent Martha aux États-Unis. Ces États-Unis qu'elle a quittés il y a trois ans pour venir s'installer au Québec. Le retour à Montréal a été doux. Après 16 ans passés à New York, la chanteuse, qui a la double nationalité canadienne et américaine, avait envie de revenir s'établir, avec sa famille, dans le paysage familier de ses premières années.
« Le timing était là. Je l'ai vécu comme un nouveau début. C'est un retour, une renaissance, presque. J'habite la maison de ma mère, celle où je vivais quand j'étais jeune. J'ai cette chance de faire connaître l'environnement de mon enfance à mes propres enfants, qui ont 3 et 4 ans. J'avais besoin de ça. Peut-être qu'un jour, on retournera à New York, mais actuellement, je suis contente d'être ici, surtout quand je regarde ce qui se passe aux États-Unis, avec l'élection de Trump... Des fois, ça me déprime. Je ferme alors la télé, la radio. Je prends mes enfants dans mes bras et j'essaie de vivre selon mes idéaux. Et puis j'ai aussi la chance d'aller en tournée et de voir que la Terre est plus grande que les États-Unis. De voir qu'on peut avoir une vraie connexion avec les gens. »
Une autobiographie en chemin
On connaît Martha comme chanteuse et comme comédienne, on la découvrira bientôt comme auteure. L'artiste montréalaise est en train de tricoter sa biographie.
« Je suis quelqu'un qui a toujours dévoilé beaucoup, je suis connue pour ça, c'est probablement ce que recherchaient les éditeurs qui m'ont proposé d'écrire ma vie. J'ai pris le chèque, je me suis dit que j'allais le faire, qu'après tout, tous les artistes veulent être écrivains, Ou bien peintres, tiens. L'ennui, c'est qu'on ne sait pas toujours à quel point la tâche est monumentale. Là, c'est presque terminé, j'ai fouillé dans ma mémoire, le livre devrait être publié d'ici un an. Je suis en train d'essayer de finir, c'est un exercice assez difficile », dit la chanteuse qui parle comme elle écrit : sans paravent. Sans voiler ce qui est, sans travestir le réel.
« Je n'ai pas l'habitude de cacher les choses, mais le but du livre, ce n'est pas d'être offensante ni blessante. L'idée, c'est de parler de mon vécu, de mes émotions, en touchant les autres. C'est personnel mais universel en même temps, je pense. Dans mes chansons, c'est lorsque je partage mes histoires, ai-je remarqué, que les gens sentent qu'ils ne sont pas les seuls à vivre certaines choses. »
Vous voulez y aller?
Martha Wainwright
Mercredi 12 avril, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 38 $