Curiosité matinale, prise par Mario Cyr en 2016, figure dans la nouvelle exposition de Parcours Photo Sherbrooke. Les clichés du Madelinot se trouvent près de la fontaine de la Halte des Nations.

Mario Cyr : 20 000 vues sous les mers

Les images de Mario Cyr ont fait le tour du globe. Celui qu’on décrit souvent comme le Steven Spielberg des profondeurs plonge depuis 44 ans. L’explorateur et directeur photo a pointé la lentille de sa caméra dans toutes les eaux de la planète et dans toutes les conditions. Ses impressionnantes prises de vue sous-marines ont pu être vues dans quelque 150 documentaires produits par de gros joueurs tels que Discovery Channel, National Geographic, IMAX, la BBC et Disney.

On pourra d’ailleurs apprécier quelques-unes de ses prises captées dans ces toutes particulières conditions le long du Parcours Photo Sherbrooke.  

« J’ai fait ma première plongée à l’âge de 16 ans, pour le plaisir du sport. Comme je suis né aux Îles-de-la-Madeleine, j’ai passé mes étés sur la plage, j’ai grandi entouré d’eau. C’est mon monde, mais je n’ai jamais planifié une carrière pareille. Tout ça, c’est arrivé au fil des événements qui se sont emboîtés », explique l’artiste de 60 ans.

C’est un appel du National Geographic, en 1991, qui l’a propulsé dans le métier. « J’avais fait de la captation en eau froide jusqu’alors, mais ce qu’on me proposait là, c’était vraiment autre chose. » 

Autre chose comme une grande première : on lui offrait d’aller filmer les morses en Arctique. L’expérience a été porteuse. D’autres expéditions ont suivi. Dans son viseur, il a vu du spectaculaire, de l’extraordinaire et de l’inédit, qu’il a documenté en images. 

« J’avais la passion et la patience nécessaires pour faire mon chemin dans cet univers. Il faut vraiment aimer ça pour plonger dans tous les contextes et il faut être patient parce qu’on doit souvent retourner à l’eau d’innombrables fois avant d’arriver à saisir l’image qu’on recherche. » 

La technique sous l’eau

Croquer des scènes dans la grande bleue amène son lot d’impératifs techniques. Tous les photographes vous le diront : le petit matin et la fin de journée offrent souvent une lumière optimale. Sous l’eau, c’est plutôt à midi que la luminosité est la meilleure, quand le soleil est au zénith. 

« Il y a des choses qu’on doit faire différemment parce que l’eau agit comme un grand filtre. L’équipement est assez lourd. Il faut avoir le nécessaire pour plonger, mais il faut aussi amener de la lumière supplémentaire, sans quoi on n’est pas capable de rendre fidèlement les couleurs. »

Fasciné par les « grosses bibittes », le plongeur entend se consacrer à la photographie des épaulards et des pieuvres géantes au cours des prochaines années. Il continuera aussi à animer conférences et rencontres scolaires. 


En plus de 40 ans de plongée, Mario Cyr a vu de près grands requins blancs, morses et ours polaires.

« Ces rencontres ont d’ailleurs fait évoluer ma pratique. Les enfants posent des questions très spécifiques, très macros. J’ai compris que j’avais intérêt à viser moins l’image globale que le détail qui accroche. J’ai resserré mes cadrages. »

Notre monde...

Parler avec quelqu’un qui a vu d’aussi près l’Arctique, l’Antarctique, les Antilles, l’Islande, l’Alaska, la Russie et tutti quanti, c’est nécessairement aborder l’essentielle question de l’environnement. Depuis le temps qu’il se promène d’un pôle à l’autre, Mario Cyr a pu constater de visu — et imager — l’impact des changements climatiques. 

« En 1991, la survie des ours polaires n’était pas menacée. On a vu les choses changer avec la chaleur qui augmentait. Je suis un éternel optimiste, mais je regarde mes petites-filles encore toutes jeunes... Je me demande comment sera le monde qu’on leur laisse. J’ai vraiment confiance en la jeunesse. Mais je trouve qu’il n’y a pas de leadership politique pour la préservation de l’environnement. À l’échelle mondiale, l’écologie devrait être un parapluie qui est au-dessus de tout le reste, c’est la seule façon d’être conséquent à long terme. »

L’explorateur et directeur photo Mario Cyr plonge sous les eaux depuis 44 ans.