Marie Tifo en compagnie d’autres membres du jury du 6e Festival Cinéma du monde de Sherbrooke, soit la comédienne et metteuse en scène Emmanuelle Laroche, présidente du jury de la compétition régionale, Jean Boivin, professeur d’histoire de la musique à l’Université de Sherbrooke, et la femme de théâtre Angèle Séguin.

Marie Tifo en cinq temps cinéma

Mercredi 27 mars. La veille, Marie Tifo a dit adieu à Jacqueline O’Hara, qu’elle interprétait depuis 2011 dans le téléroman O’. TVA diffusait l’épisode final mardi soir et l’actrice a pu souligner cette conclusion deux fois plutôt qu’une. D’abord lors d’un visionnement en matinée en présence de dizaines de téléspectateurs sélectionnés par concours, puis en privé, le soir venu, avec sa famille fictive, qui était devenue, au fil des ans, bien plus que fictive.

« Après autant d’années, la famille est réelle, parce qu’on a vécu des émotions ensemble, et ça, ça ne s’oublie pas. Mais c’est aussi très touchant de rencontrer des gens qui ont suivi l’émission et qui te confient tout l’amour qu’ils ont pour toi! » rapporte l’actrice de 69 ans, prête maintenant à enfiler un nouveau rôle pendant une semaine, soit celui de présidente du jury du 6e Festival Cinéma du monde de Sherbrooke. Une expérience qui aura également un côté familial, puisque le fils de la comédienne, informaticien de métier, habite Sherbrooke, de même que ses petites-filles. Bref, il y aura sûrement un ou deux visionnements en famille durant les sept jours de l’événement.

« J’ai aussi accepté ce rôle parce qu’on m’a dit que le Festival était très près du public. Pour moi, c’est un retour à ce que j’ai connu dans les débuts du Festival des films du monde à Montréal. Je trouve qu’en ce moment, on a besoin de parler du cinéma et d’aller le voir en salle », dit celle qui, de cette façon, s’emploie aussi à redonner au cinéma ce que le cinéma lui a donné.

L’actrice a effectivement connu, grâce au septième art, des moments très importants de sa carrière, surtout durant les années 1980. La comédienne a accepté de revisiter certains de ces films marquants, tant dans sa propre vie que dans l’imaginaire collectif.

Marie Tifo et Charlotte Laurier dans Les bons débarras (1980). — photo archives

Les bons débarras (1980)

Pour Marie Tifo, Les bons débarras (réalisation de Francis Mankiewicz, sur un scénario de Réjean Ducharme) est le film qui « l’a fait naître » comme actrice, notamment grâce au Prix Genie d’interprétation remporté en 1981. Le New York Times l’avait même choisie comme meilleure actrice de 1980, avec Burt Lancaster. Pas plus tard que la semaine dernière, la comédienne était à Saint-Hippolyte, le village des Laurentides où le film a été réalisé, pour souligner à la fois les 150 ans de la municipalité et les 40 ans du tournage.

« Ça m’a touchée d’y revoir Charlotte Laurier, qui a maintenant 52 ans », confie la comédienne, qui a trouvé que le long métrage n’avait pas vieilli. « Parce que c’est un film qui parle des rapports humains. Pour la première fois, j’ai été capable de jeter un véritable regard critique, sans m’analyser. Mais, oui, c’est le film qui m’a fait déménager de Québec à Montréal, car j’avais trop d’offres intéressantes. Je tournais deux longs métrages par année en plus de jouer à la télé. J’étais comme une ogresse qui dévorait tout ce qu’on lui proposait. »

Marie Tifo jouait la femme du révérend Jones dans Les fous de Bassan.

Les fous de Bassan (1987)

Abstraction faite des critiques, qui avaient esquinté le film notamment pour avoir confié des rôles de personnages québécois à des acteurs français, Marie Tifo se souvient du tournage sur l’île Bonaventure qui, justement, fut toute une aventure. « Il fallait se lever très tôt pour prendre le bateau et se rendre de Percé jusque sur l’île, en frôlant les baleines. Mais pour moi, Yves Simoneau restera toujours le plus grand des magiciens. Ce qu’il demandait était à la fois difficile et motivant, ça nous donnait l’envie de nous dépasser. Il a su recréer l’univers envoûtant d’Anne Hébert », conclut celle qui a remporté un autre prix Genie grâce aux Fous de Bassan, cette fois comme actrice de soutien.

Michel Côté et Marie Tifo dans T’es belle Jeanne.

T’es belle Jeanne (1988)

Comme ce drame de Robert Ménard était un téléfilm, c’est cette fois avec un Gémeaux que Marie Tifo est repartie pour son incarnation d’une femme devenue paraplégique après une chute. « Ça s’est tourné en seulement trois semaines, mais le scénario était un vrai petit bijou. C’est une de mes interprétations dont je suis très fière », avoue celle qui a revécu, par ce tournage, une partie de son enfance, puisqu’une dysplasie de la hanche à la naissance l’a forcée à porter un plâtre sur tout le bas du corps, de l’âge de 2 à 6 ans. « Ce fut à la fois formidable et angoissant, car mon corps se souvenait de ce qu’il avait déjà vécu, et je ressentais des chocs à force de rester assise toute la journée dans un fauteuil roulant. »

Dans le ventre du dragon, avec David LaHaye.

Dans le ventre du dragon (1989)

« On était dans la pure fiction, le pur plaisir de tourner dans des lieux infects, des caves et des catacombes recréées dans une vieille brasserie... Les personnages étaient tellement décollés de la réalité! On a réussi à faire une fantaisie incroyable! Dernièrement, le film a été projeté au Festival Fantasia à Montréal, auprès d’un public qui ne l’avait jamais vu, et les gens riaient à toutes les répliques. »

En septembre 2003, Philippe Noiret et Marie Tifo étaient de passage à Sherbrooke pour la promotion du film Père et fils.

Père et fils (2003)

Marie Tifo n’est évidemment pas près d’oublier ce tournage avec Philippe Noiret dans la région de Charlevoix, en automne. « Nous logions tous les deux au Manoir Richelieu et nous avions 30 minutes de route à faire ensemble pour parvenir au plateau. Nous avons eu d’incroyables conversations. Il était découragé de voir que les couleurs dont on lui avait tant parlé n’étaient pas au rendez-vous (le temps avait été trop chaud et les feuilles avaient bruni d’un seul coup). C’était vraiment un homme exceptionnel, une grande âme. J’ai été très chanceuse de rencontrer quelqu’un comme ça. »