Marie-Mai

Marie-Mai: rêver plus grand que nature

À 30 ans et cinq jours, Marie-Mai pourrait être parvenue, blasée ou, à tout le moins, fatiguée. Pourrait trouver que son jardin est assez fourni pour avoir envie d'en faire le tour pendant les trente prochaines années. Avec cinq albums - dont les chiffres de ventes et les certifications dorées doivent faire sangloter quelques pairs -, douze Centre Bell derrière le collier et maintenant un film envoyé sur cinquante grands écrans au Québec en plein trafic estival, elle pourrait légitimement avoir envie de s'asseoir sur ce sommet qu'elle a atteint en onze ans de grimpe et admirer le paysage. Mais la contemplation n'est pas précisément le loisir préféré de la dame au bras droit constellé d'étoiles.
Oui, à 30 ans et cinq jours, elle est arrivée là où elle aspirait être avant même que Star Académie soit une option, mais il y a encore bien d'autres montagnes qu'elle a soif de grimper, d'autres étoiles qu'elle a faim de décrocher.
« J'ai toujours été une grande rêveuse, avec de grandes aspirations. Dans la vie, si on ne vise pas haut, on n'ira pas haut. J'ai toujours espéré beaucoup et j'étais prête à travailler pour que ça fonctionne. Et ça a fonctionné! Je suis privilégiée, mais j'ai encore plein de rêves, j'ai encore le feu, encore envie de me dépasser autant que quand j'ai commencé », affirme la princesse dégourdie de la musique québécoise, qui fait cet été la tournée des festivals avec un nouveau spectacle, ses dizaines de tubes radio et une panoplie de shorts en jeans et de crop tops.
Faire chanter Beyoncé
Et ces rêves, elle les pourchasse avec toute l'ardeur qu'ils méritent. Quitte à les poursuivre jusqu'aux États-Unis. Puisque son jardin québécois est assez bien raclé, la chanteuse à la blondeur retrouvée ira semer des graines chez les voisins d'en dessous avec son partenaire de vie et de studio, Fred Saint-Gelais.
À partir de novembre, elle louera un appartement à Los Angeles pour six mois, avec l'espoir de développer sa carrière d'auteure-compositrice pour les superstars de l'industrie mondiale de la pop. Son plan parfait: écrire pour des « chanteuses avec de l'attitude, comme Beyoncé, Ke$ha ou Gwen Stefani », tout en gérant sa nouvelle carrière de maman, qu'elle aimerait voir décoller très prochainement.
« Ça fait longtemps que nous voulions le faire, et maintenant, on sent que les astres sont alignés. Ma gérante Marianick Giffard (conjointe d'Aldo Giampaolo, nouveau gérant de Céline Dion, ndlr) s'en va à Las Vegas et sera donc là pour m'accompagner dans les rencontres avec des compagnies de disques, des producteurs. La vie nous guidait vers ça. C'est gros, et je ne prétends pas que ce sera facile, mais qui ne risque rien n'a rien. Même si ça ne menait à rien, au moins, on l'aura essayé. Si on n'y allait pas, on aurait des regrets toute notre vie. On a des espoirs, mais on ne se met pas de pression. »
Spectatrice d'elle-même
Se retrouver sur un écran de cinéma, en format plus grand que nature, ça aussi, elle en avait déjà rêvé, mais elle n'avait pas prévu que ça arriverait aussi vite. Et que ce serait aussi gros. Marie-Mai live au Centre Bell: Traverser le miroir a pris l'affiche hier, réalisé par Jean Lamoureux (La voix, Céline sur les Plaines). C'est lui qui a émis l'idée le premier, à l'approche de la centième et dernière représentation de la tournée Miroir, en mai dernier.
« Je voulais que les fans voient ce que ça représente de monter un show comme ça, pour vrai. On y voit mes insécurités, mon tourbillon personnel. Je me remets constamment en question, parce que je veux toujours sentir que j'avance, que je sors de ma boîte», dit-elle au sujet du long métrage, qui inclut aussi des séquences en coulisses.
Le film a été tourné avec une douzaine de caméras numériques de cinéma, présentes autant sur scène que dans la salle - « il y en avait partout! » Filmée en gros plan, dans le feu de l'action, Marie-Mai s'attendait à être très critique d'elle-même en devenant spectatrice de sa propre personne. Elle a plutôt été impressionnée.
« C'est encore plus gros que le show que j'ai vécu 100 fois. J'ai réalisé l'ampleur que ça avait. On voit la sueur, les efforts, la chimie que j'ai avec les musiciens. Je suis fière. Quand j'aurai des enfants, je leur dirai: Regardez comme j'étais hot, et maintenant, écoutez maman quand elle vous parle! »
Elle aura des années pour faire le tour de son jardin avec eux...
À 30 ans, Marie-Mai est la plus jeune tête d'affiche de la 33e Fête du lac des Nations, qu'elle visite pour la troisième fois. À 64 ans, Lou Gramm, l'ancien leader de Foreigner, est le plus âgé, à sa première virée sur le gazon sherbrookois. La star québécoise et la légende américaine sont aussi ceux qui devraient attirer les plus grandes foules au parc Jacques-Cartier dans la prochaine semaine; elle, avec ses succès tout frais, lui, avec ses classiques qui ont bien vieilli. Quelle génération de fans sera la plus fervente?
Dans le cadre de sa tournée 10 ans de succès, Marie-Mai offre une rétrospective de ses cinq albums. Elle se compte toutefois chanceuse que ses admirateurs ne lui réclament pas que ses vieux succès, mais aussi les chansons de son tout récent album, M, sorti en mai et déjà plaqué or. « Mes fans aiment mes chansons du moment. C'est fabuleux. Je ne suis pas pognée à juste chanter mes vieilles chansons parce que ce sont celles que les gens veulent entendre. Se faire dire qu'on peut être créatif et que les gens nous suivent là-dedans, c'est une bénédiction pour un chanteur. » Nous avons demandé à Marie-Mai de pointer la chanson qu'elle considère comme la plus réussie sur chacun de ses cinq albums.
Inoxydable (2004)
Encore une nuit, parce que c'est elle qui m'a fait découvrir à un public plus large. Ça parle de violence faite sur les enfants et de violence conjugale. À 14 ans, c'est la première chanson que je composais toute seule.
Dangereuse attraction (2007)
Mentir. Le sujet est cool, le riff de guitare était innovateur, c'était vraiment heavy mais avec une mélodie très pop. L'équilibre était vraiment intéressant.
Version 3.0 (2009)
Aussi simple qu'il puisse paraître, le texte de C'est moi est vraiment efficace. Je ne me considère pas comme une grande poète. J'essaie de trouver la beauté dans les choses simples. J'aime faire comprendre mes messages et communiquer avec le public de façon efficace, et je trouvais que je touchais très bien la cible avec celle-là.
Miroir (2012)
Jamais ailleurs est une des premières chansons que j'ai écrites sur ma relation avec Fred. C'est très rare que je parle de mon couple. Les arrangements sont très popélectro. Les couplets sont plus mollos, mais le refrain est intense et punché. Comme notre relation, la chanson est passionnée et colorée.
M (2014)
Aimer comme toi aborde le sujet de l'acceptation en lien avec l'orientation sexuelle. J'ai beaucoup d'amis qui sont gais ou qui découvrent qu'ils le sont. Ce n'est pas toujours facile de le dire aux parents, d'éviter de se faire juger à l'école. Ça a tellement été difficile pour les dernières générations, je souhaite seulement que pour les prochaines, ce soit la chose la plus naturelle et facile de dire qui on aime.
VOUS VOULEZ Y ALLER
Marie-Mai
Vendredi, 22 h 30
Première partie : Orange O'Clock (20 h)
Grande scène, parc Jacques-Cartier