Marie-Lise Pilote: les petites histoires d’une vie

Le plaisir de lire ou d’écouter un texte à voix haute n’a jamais déserté Marie-Lise Pilote. Il était déjà présent avant même que l’Almatoise d’origine se lance dans la carrière d’humoriste, d’animatrice et d’actrice que l’on sait. La principale intéressée trouve d’ailleurs dommage que ce plaisir très associé à l’enfance, notamment aux contes avant le dodo, se perde avec les années.

« C’est quelque chose que je fais encore souvent, par exemple quand je pars en voyage avec mon chum. On se choisit un bouquin qui nous intéresse tous les deux et on se fait la lecture à tour de rôle. Plus jeune, j’ai aussi fait la lecture à ma grand-mère lorsqu’elle était à l’hôpital. Pour moi, c’est une façon de s’approprier un livre », explique l’humoriste, qui a signé son premier ouvrage en espérant que ceux et celles qui y plongeront oseront rendre ses mots sonores.

D’où le titre et la structure de ce bouquin à haute teneur biographique, découpé en courts récits. Comme Marie-Lise Pilote le dit dans l’avant-propos, elle a eu une pensée pour « ceux et celles qui ont peur des gros livres, et qui désirent une lecture simple qui fait du bien ».

Mais si certains chapitres sont à lire tout bas, à cause de leur caractère plus intime et introspectif, l’artiste convie surtout à redécouvrir les plaisirs de l’oralité, pour atteindre plus de gens et pour se reconnaître soi-même dans les paroles des autres. « Partagez votre voix, lisez avec légèreté pour faire rire, avec amour pour séduire, avec conviction pour enseigner ou avec intensité pour faire réfléchir », résume-t-elle.

Sa famille était-elle donc une tribu de raconteurs? « Mon père et mon grand-père surtout. Mon père [qu’elle a perdu lorsqu’elle n’avait que 13 ans] aimait beaucoup raconter des histoires. Il avait un bon timing. Quand j’allais pêcher pendant des heures avec mon grand-père, il me racontait toutes sortes de choses : ses voyages en Europe, le décès de sa première épouse de la grippe espagnole... Il lisait beaucoup, c’était une véritable encyclopédie. C’est donc peut-être d’eux que je tiens ça. »

Besoin d’échéance

Mais ce premier livre de Marie-Lise Pilote a failli ne jamais voir le jour. Même si elle a déjà rêvé d’être auteure, il a fallu que son coquin de conjoint [le producteur Daniel Harvey] lui annonce un beau matin qu’ils avaient rendez-vous avec la directrice des éditions La Presse pour que le projet se concrétise.

« Il m’a dit que j’allais parler avec elle du livre que j’allais écrire. Je lui ai demandé s’il était fou. Durant tout le trajet, je n’arrêtais pas de le chialer : "Je ne sais même pas ce que je vais lui dire!" Finalement, quand on est arrivés dans le bureau, je n’ai pas cessé de parler. L’éditrice m’a répondu que j’étais à la bonne place, qu’elle croyait beaucoup en moi et nous avons fixé une date. Je pense que c’est juste ça qu’il me manquait : une échéance. Parce que l’écriture s’est bien déroulée. Avec mon expérience d’écriture en humour, je n’ai pas eu de problème à être disciplinée. »

Il lui a quand même fallu passer par-dessus quelques complexes. Marie-Lise Pilote raconte d’ailleurs dans un des chapitres comment, vers l’âge de 18 ans, une personne qu’elle admirait avait qualifié son écriture de « pourrie ». « J’ai longtemps été stressée de montrer mes textes. J’ai fini par regagner confiance en moi, surtout lorsque j’ai signé toute seule la moitié de mon dernier spectacle. Mon chum me disait qu’il avait toujours aimé mon écriture : "Quand on te lit, on a l’impression de t’entendre." »

Pêche et fraises

Marie-Lise Pilote s’est donc bâti une liste de sujets qu’elle voulait aborder, dont plusieurs très intimes. Par exemple, sa relation avec ses parents ou la rencontre avec son Daniel. Se dévoiler ainsi n’a pas été trop éprouvant. « Je me disais que les lecteurs auraient probablement vécu les mêmes choses que moi — une histoire d’amour, par exemple, tout le monde en a une — et qu’il me fallait être intime pour que les gens soient touchés et se reconnaissent », explique celle qui pense avoir visé juste avec cette approche. « C’est ma quatrième entrevue et chaque journaliste m’a dit qu’il ou elle s’étaient revus dans telle ou telle anecdote. »

Plusieurs textes s’attardent sur des choses simples de la vie, par exemple la pêche, les arbres ou la cueillette des petits fruits. « Ils sont là pour nous rappeler à quel point ces choses nous remplissent et nous rendent heureux. On les oublie quand on est happé par le travail. J’ai moi-même eu ma période où je ne prenais plus le temps d’aller pêcher ou de cueillir des petits fruits. Lorsque tu ramasses des fraises ou des framboises, tu es totalement là. Ça nous connecte à la nature, ça nous fait partir en gang... » conclut cette incorrigible rassembleuse.

Une best in Sherbrooke

C’est à Magog, il y a 33 ans, que Marie-Lise Pilote a trouvé sa meilleure amie, une anecdote qu’elle raconte dans un chapitre intitulé Ma best. À l’époque, le Groupe sanguin se produisait au Vieux Clocher et amorçait une série de représentations au défunt Pigeonnier de Sherbrooke.

Alors peu fortunés, Dany Turcotte et Marie-Lise Pilote se sont fait offrir l’hospitalité pour une fin de semaine par le barman du Vieux Clocher, Denis Veilleux, avec qui ils avaient fait connaissance. C’est ainsi qu’elle a rencontré la conjointe de leur hôte : Suzanne-Marie Landry, qui est aujourd’hui directrice du Théâtre Granada. L’amitié entre les deux femmes dure depuis ce temps.

« Finalement, il y a tellement eu de supplémentaires qu’on est restés deux mois chez eux! » se souvient l’humoriste. « Je suis aussi la marraine de Simon, le fils de Suzanne-Marie. Encore récemment, on s’est tous retrouvé pour mon anniversaire à notre chalet de Richmond », dit-elle à propos de cette maison sur pilotis que son amoureux et elle se sont construite, il y a une dizaine d’années, comme havre de paix à la campagne.

MARIE-LISE PILOTE
Tout bas ou à voix haute
BIOGRAPHIE
Éditions La Presse
248 pages
En librairie le 26 février