Avec son spectacle Femme ta gueule, l'humoriste Mariana Mazza s'est produite devant une salle Maurice-O'Bready pleine à craquer hier soir, conquérant la vaste majorité de son public, mais l'humoriste a dû gérer un certain malaise créé par des remarques racistes pendant sa prestation.

Mariana Mazza : points sur les i et poings sur les racistes

CRITIQUE / Bon, les tympans ont bourdonné un peu à force d'entendre des mots d'église et des vulgarités, mais il fallait bien que Peter MacLeod et Mike Ward tombent un jour sur une humoriste à leur hauteur. Cette fille-là, c'est Mariana Mazza, qui sacre beaucoup, oui, qui parle de sexe comme de la pluie et du beau temps, certes... Mais les cerveaux avertis auront perçu, sous cette couche pas vernie, toute la valeur de cette artiste audacieuse, attachante et libre de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas.
On pourrait aussi ajouter l'adjectif « courageuse », parce que cette enfant d'un père uruguayen et d'une mère libanaise n'hésite pas à aborder les questions des différences culturelles, un sujet sensible s'il en est un en ce moment. Et c'est arrivé. Quelqu'un a hué lorsque Mariana a donné les prénoms d'origine arabe de ses deux demi-frères aînés. D'autres en ont ajouté.
Un moment déstabilisée par une réaction qu'elle n'attendait visiblement pas à Sherbrooke, l'humoriste de 26 ans a vite remis à sa place celui qui avait sous-estimé à qui il s'adressait. « C'est la première fois que ça arrive sur scène et je trouve ça épouvantable, surtout pour une famille intégrée comme la mienne, alors mange de la câlisse de marde! » a-t-elle lancé, suscitant les applaudissements du reste de la salle.
Le malaise n'a heureusement pas duré plus de cinq minutes. Mariana a vite retrouvé ses moyens pour nous jaser de sa situation de fille qui se languit d'un homme... mais pas au point de ne pas entuber ceux qui se prennent pour d'autres.
Ce juteux sens de la répartie, qui se déploie à son maximum lorsqu'elle cite les horribles messages Facebook qu'elle a vraiment reçus, est un des principaux ingrédients du succès de la recette Mazza, auxquels on pourrait ajouter sa maîtrise de l'autodérision et du gag à double-fond (lorsqu'un deuxième punch inattendu suit le premier).
Langue « charretière »
Honnêtement, on aurait pu croire que la soirée serait longue, la langue « charretière » s'avérant très en forme dans les premières minutes, surtout les passages improvisés. Symptômes de nervosité comme pour Peter MacLeod? Peut-être, la deuxième moitié du spectacle se révélant moins ponctuée de blasphèmes ou de scatologie. Ce qui nous fait dire que Mariana pourrait facilement se passer de quelques jurons sans affecter sa performance. Mais cela fait partie du personnage de scène et on l'accepte.
Pour le reste, elle emploie souvent un langage cru, elle est même encore plus rude que Sugar Sammy lorsqu'elle s'adresse à certains spectateurs (parlez-en à ceux qui arrivent en retard), mais c'est rarement gratuit. Quand elle jase masturbation ou fellation, elle hurle aux filles de ne faire que ce dont elles ont envie, non pour plaire ni pour suivre une religion. Quand elle parle de son haut niveau de testostérone, elle clame son droit d'avoir une place sans se plier aux standards de beauté. Lorsqu'elle se met à jaser à un couple qui a amené sa fille de 13 ans, elle leur signifie, sans jamais le dire, qu'ils en ont probablement échappé une, cette fois-ci.
Elle devrait juste laisser tomber son « faux rappel » à la fin, qui brise un peu l'enthousiasme du public, lequel avait vraiment envie de l'ovationner plus longtemps. Allez, Mariana, tu le mérites, laisse-toi faire un peu!