Mari Kodama est la soliste invité du concert de samedi de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, sur le thème Classiques et chocolats. Elle y interprétera le célèbre Concerto pour piano no 23 de Wolfgang Amadeus Mozart.

Mari Kodama chérit les «enfants» des compositeurs

« La suite logique et naturelle voudrait que je transite vers Brahms. Quand on pense à Brahms, on imagine souvent l’homme âgé et bedonnant, mais ses trois sonates pour piano, qui ont immédiatement séduit Schumann, il les a écrites entre 18 et 20 ans, ce qui correspond à l’âge de ma fille! Je trouve ça fascinant! » confie la musicienne née à Osaka et élevée à Paris.

« Évidemment, je n’abandonnerai jamais Beethoven, poursuit-elle. Je dois d’ailleurs terminer cette année un cycle de concerts des sonates au Japon. Même si leur enregistrement a été un exercice assez lourd, elles sont quand même, avec les cinq concertos, des chefs-d’œuvre. C’était comme donner naissance à 32 enfants. Il fallait prendre le temps nécessaire. Ç’aurait été dommage de le faire en vitesse, de négliger celles avec lesquelles j’avais moins d’affinités. C’est normal que certaines œuvres soient moins proches de notre nature, mais lorsqu’on se lance dans un projet aussi spécial, c’est pour apporter quelque chose au monde musical. Il faut donc donner le meilleur de son interprétation. »

De Sibérie à Amsterdam

Lors de sa première visite à l’Orchestre symphonique de Sherbrooke, en janvier 2008, Mari Kodama avait interprété le célèbre (et costaud) Concerto pour piano no 5 « Empereur ». Sa présence avait été d’autant plus remarquée que son époux, le chef de l’Orchestre symphonique de Montréal Kent Nagano, était venu à la salle Maurice-O’Bready pour entendre sa prestation. Cette fois-ci, c’est Karin, la fille du couple, qui sera dans l’assistance. La jeune femme suit d’ailleurs les traces de sa mère comme pianiste (elle a déjà deux albums d’enregistrés) et étudie à l’Université Yale. « Mais c’est sa semaine de congé de printemps [spring break] en ce moment », explique Mari Kodama qui, maintenant que Karin suit sa propre voie, peut accepter davantage de contrats (elle était en Sibérie le 12 mars et sera à Amsterdam le 28).

L’année 2018 verra aussi la parution d’un deuxième album en duo avec sa sœur Momo, également pianiste. Cette fois, elles ont endisqué le Double Concerto de Martinu, après avoir lancé, en 2016, des transcriptions pour deux pianos des suites pour ballet de Tchaïkovski, un projet qui a littéralement emballé Mari Kodama. « Certaines transcriptions par Arenski n’avaient jamais été enregistrées. Elles étaient secrètes, privées », souligne celle qui carbure à ce genre d’entreprise qui apporte du neuf au répertoire.

Pour sa visite de samedi à Sherbrooke, Mari Kodama a choisi le Concerto no 23 en la majeur K. 488 de Mozart, un de ses préférés du compositeur prodige. « C’est incroyable, ce qu’il a réussi à écrire malgré les instruments limités de son époque! Le deuxième mouvement est assez unique. Il utilise des dissonances qui rappellent à la fois les périodes romantiques et contemporaines. En très peu de notes, il recrée une bataille entre l’espoir et le désespoir. »

Piano et couteaux

Les gens qui visitent le site internet de Mari Kodama peuvent découvrir une autre de ses passions : la cuisine. Les curieux y trouvent notamment ses recettes de préconcert pasta et d’after-concert steak.

« J’ai toujours considéré la cuisine comme la musique : une façon de communiquer avec les gens. Quand je cuisine pour les autres, je le fais avec la même affection que pour le piano. Ce sont deux formes d’art, une qui combine les sons, et l’autre, les saveurs. »

Et lorsqu’elle a une heure ou deux pour s’installer derrière son comptoir, elle est évidemment d’une prudence extrême : quand on gagne sa vie avec ses mains, une coupure ou une brûlure à un doigt ne sont pas les bienvenues.

« Et vous connaissez la réputation des couteaux japonais... dit-elle en riant. Mais ma mère m’a vraiment bien enseigné à couper les aliments très rapidement sans risque de blessure. Je lui en suis très reconnaissante! »

L’ensemble du concert de samedi sera d’ailleurs sur un thème gustatif, notamment parce que l’OSS jouera la pièce Chocolats symphoniques de Maxime Goulet, chacun des quatre mouvements portant le nom d’une saveur chocolatée (caramel, noir, menthe et café). L’ouverture Egmont de Beethoven et la Symphonie no 104 « Londres » de Joseph Haydn compléteront la soirée.

Vous voulez y aller?

Classiques et chocolats!

Orchestre symphonique de Sherbrooke
Soliste invitée : Mari Kodama
Samedi 24 mars, 20 h
Conférence de Louis Brouillette : 19 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : de 37 à 61 $
(aînés : de 32 à 53 $ ; étudiants : de 15 à 53 $)