Le pianiste Marc-André Hamelin donnera le concert d’ouverture du Festival Orford Musique 2019, ce soir à la salle Gilles-Lefebvre. Il sera de retour sur scène dès samedi au même endroit, cette fois pour une prestation en compagnie du violoncelliste Stéphane Tétreault.

Marc-André Hamelin : Concertiste avant tout

Sur ses presque 35 ans de carrière, Marc-André Hamelin, on le sait, s’est également aventuré comme compositeur. On le connaît aussi comme débusqueur de petits bijoux pianistiques que la mémoire collective n’a pas retenus. Mais, étonnamment, il a très peu souvent participé à des jurys de concours musicaux. Et ce n’est que l’an dernier que ce concertiste de métier a donné sa toute première classe de maître.

« Ça peut sembler drôle de dire ça à 57 ans, mais je voulais me sentir prêt, confie-t-il. J’ai très peu d’expérience du point de vue pédagogique. J’ai quand même des choses à dire (ce serait peut-être inquiétant si je n’avais pas accumulé une certaine philosophie jusqu’à maintenant), mais je veux être sûr de pouvoir bien les communiquer. »

Bref, le pianiste se considère et se considérera toujours comme interprète d’abord et avant tout. Mais il est tout de même ironique que ce soit à Julliard, une des plus prestigieuses écoles de musique de l’Amérique du Nord, qu’il ait offert sa première master class (alors qu’il aurait très bien pu se sentir intimidé). Le même schéma semble s’être reproduit quand celui qui a rarement fait partie de jurys s’est retrouvé sur celui du Van Cliburn en 2017, une des plus réputées compétitions de piano. Qui plus est, il est devenu le premier juré du concours à voir une de ses compositions imposée aux candidats.

« J’ai été invité par le président du concours, Jacques Marquis, qui a précédemment piloté le Concours international de Montréal et a aussi été directeur général de l’Orchestre métropolitain. Depuis son arrivée, Jacques a décidé que tous les participants (une trentaine) devraient jouer l’œuvre imposée, au lieu des demi-finalistes seulement. »

Les aspirants ont ainsi dû tous apprendre la toccata que Marc-André Hamelin avait composée autour de la chanson médiévale L’homme armé. « Ce qu’il y avait de formidable, c’est que cela permettait de juger de la capacité des participants de décoder une partition et d’en tirer le maximum. Lorsqu’il s’agit de pièces de répertoire, ils peuvent s’écarter de la partition et se fier à des enregistrements, mais pas cette fois-ci. »

Trenet dans l’ombre

Hormis le Festival de Lanaudière le 28 juillet, le Festival Orford Musique 2019 sera la seule occasion d’entendre Marc-André Hamelin au Québec cet été. Le virtuose donnera deux prestations : d’abord le concert d’ouverture du festival, en solo, puis une soirée en tandem avec le violoncelliste Stéphane Tétreault.

« Ce sera notre première rencontre, notre premier concert en duo et je trouve ça très excitant. J’ai vraiment hâte. Nous avons choisi la deuxième sonate de Brahms ainsi que celle de Chostakovitch. Je lui ai aussi suggéré une pièce de moi, intitulée Quatre perspectives. » Stéphane Tétreault livrera également une œuvre solo.

La veille, Marc-André Hamelin aura cassé la glace avec un programme un peu plus étoffé que celui annoncé. Oui, la Fantaisie en do majeur de Schumann est toujours au menu, de même que la Polonaise-Fantaisie de Chopin, mais s’ajouteront le quatrième Scherzo du même compositeur ainsi que le sixième Nocturne de Fauré.

Le concert débutera par Cipressi (Les cyprès), une œuvre de l’Italien Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968), lequel est surtout connu pour sa musique de film. Pour compléter, Marc-André Hamelin interprétera Six arrangements de chansons par Charles Trenet tels que réalisés par le pianiste français d’origine bulgare Alexis Weissenberg. Une histoire particulière entoure cette œuvre, relate-t-il.

« Alexis Weissenberg était un des grands pianistes du XXe siècle. Je l’ai d’ailleurs connu un peu (il est décédé en 2012). Il avait enregistré ces arrangements de Trenet vers 1956 et avait lancé un 45 tours sous le titre Mr. Nobody Plays Trenet. Je pense que c’est parce qu’à l’époque, cela n’aurait pas été respecté qu’un pianiste classique fasse du populaire. Il y a peut-être une vingtaine d’années seulement qu’il a révélé qu’il était le fameux Mr. Nobody. »

Vous qui passez sans me voir, Boum, Coin de rue, Vous oubliez votre cheval, En avril à Paris et Ménilmontant sont les six chansons de Trenet réinventées par Weissenberg.

« Ce sont des arrangements très imaginatifs. J’ai tout de suite voulu les jouer la première fois que je les ai entendus, mais comme je n’avais pas les partitions, je les ai transcrits à l’oreille. Il m’a fallu un mois (c’est quand même 14 minutes de musique) et je les ai enregistrés en 2007. Peu après le décès de Weissenberg, sa fille Maria, en dressant les archives de son père, a retrouvé le manuscrit de quatre chansons. Et nous avons réussi à les faire publier en décembre dernier. »

Vous voulez y aller?

Grandiose Marc-André Hamelin
Vendredi 5 juillet, 20 h
Orford Musique
Entrée : 60 $

Marc-André Hamelin et Stéphane Tétreault, rencontre
Samedi 6 juillet, 20 h
Entrée : 60 $