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Luce Dufault a pu enfin partager les chansons de son album <em>Dire combien je t’aime </em>avec les Sherbrookois vendredi soir à la salle Maurice-O’Bready.
Luce Dufault a pu enfin partager les chansons de son album <em>Dire combien je t’aime </em>avec les Sherbrookois vendredi soir à la salle Maurice-O’Bready.

Magie signée Luce

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
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CRITIQUE / Il y avait longtemps que Luce Dufault n’avait pas foulé de planches sherbrookoises. On avait un peu oublié à quel point ses spectacles sont de petits bijoux de mise en scène, de professionnalisme, de générosité et de proximité. La chanteuse fait vraiment tout ce qu’il faut pour que le rendez-vous soit parfait.

Et il l’a été, vendredi soir à la salle Maurice-O’Bready. Malgré les masques qui, on l’espère, approchent de leur retour aux tiroirs. L’interprète a d’ailleurs tenté tant bien que mal de distraire ses spectateurs de leurs couvre-visages : «Ça vous va bien, le bleu. Ça fait ressortir vos yeux.» Mais elle n’a eu besoin que de chanter pour y arriver.

Il faut mentionner que Dire combien je t’aime, l’album qu’elle a lancé une semaine avant le début de la pandémie au Québec, est un de ses meilleurs. Avec un tel répertoire, des musiciens hors pair comme ceux qui l’accompagnaient et ses petites histoires qui touchent ou font rire, Luce Dufault avait tout ce qu’il faut pour faire de la magie. Mais comme elle n’est pas du genre à s’asseoir sur ses lauriers, elle a sollicité Michel Poirier à la mise en scène, en plus de parier sur les judicieux et impressionnants éclairages de Michel Bertrand. Professionnalisme, disions-nous.

C’est d’ailleurs son orfèvre de lumières qui a réussi, par quelque entourloupette de projecteur, à la faire apparaître sur scène après qu’elle eut chanté le premier couplet de L’amour et le carbone sans que le public la voie. Son metteur en scène, lui, est probablement responsable de la justesse des interventions. Déjà douée d’un incontestable talent de conteuse, Luce a su dérider ou émouvoir, tant lorsqu’elle a raconté la rencontre avec son amoureux des 30 dernières années que quand elle a fait le récit du jour où Richard Séguin lui a poussé dans le dos pour qu’elle compose sa première musique.

Ne négligeons pas sa réaction au confinement de mars 2020. « J’étais tellement peinée pour mes amis artistes qui voyaient leur tournée du printemps annulée. Et je me disais : une chance que la mienne ne commence qu’en septembre.»

Des larmes à une pierre

Avide de rencontres et de connexions avec la salle, Luce Dufault aurait probablement préféré étirer la soirée et jaser plus longuement avec son public. Les restrictions ne le lui ont pas permis, mais elle a su tourner les choses en sa faveur, par exemple en enchaînant certaines chansons sans pause, ou en intercalant des petits bouts de Quand les hommes vivront d’amour de Raymond Lévesque entre les pièces de son plus récent opus.

Un disque qu’elle a quand même réussi à interpréter presque dans son entièreté, de Débrise-nous à Marseille, du Cœur de l’océan aux Salines, l’apothéose étant justement cette Chanson de Cohen dont elle a signé la musique et qui tirerait des larmes à une pierre. 

Ça, c’était un peu avant de remonter à 1996 pour offrir les immortelles de son premier album, Soirs de scotch, Belle ancolie et Ce qu’il reste de nous. Chapeau d’ailleurs aux arrangements et aux trois musiciens, qui donnent parfois l’impression d’être un «big band». Guitare à pédale et contrebasse à l’archet ont fait oublier l’absence de batterie (quand même compensée un peu par une grosse caisse et un tambourin actionnés par le pied). N’oublions pas les chœurs, le claviériste Jean-Sébastien Fournier ayant un registre assez haut perché pour se placer en haut de celui d’alto de Luce. Autrement dit, on aurait pu croire qu’il y avait non pas un mais une choriste.

Et c’était très agréable de voir Luce et ses musiciens lâcher leur fou et se tirer la pipe à la fin d’I’ve Got the Music in Me, le guitariste Jean Garneau essayant même de tromper l’interprète en lui donnant une mauvaise note. Le diapason interne de Luce n’a pas été dupe.

La soirée n’aurait pas été la même sans quelques morceaux de bravoure, tels Mon Dieu! d’Édith Piaf et Le monde est stone de Starmania. Cela a permis à Luce de montrer tout ce dont elle est encore capable vocalement. Une voix qui ne serait rien toutefois sans un tel cœur d’or.