Stéphane Baillargeon

Machine musicale en marche

« Cher jeune homme, j'aimerais vous acheter un disque! »
Le client du petit café où Stéphane Baillargeon cause musique depuis près d'une heure a écouté l'entretien avec intérêt. De la table voisine, il entendait tout sans trop avoir à tendre l'oreille. Et il a aimé le propos de l'auteur-compositeur-interprète qu'il ne connaissait pas avant aujourd'hui. Suffisamment pour avoir envie de découvrir son univers.
« Vous êtes un chanteur passionné, ça s'entend. Je serai là à votre lancement. »
Une longue absence
Pareille fleur reçue d'un inconnu, ça produit son effet. D'autant que Stéphane Baillargeon revient à l'avant-scène musicale après une longue absence. Son premier disque, Les yeux roux verts, est sorti il y a déjà une douzaine d'années. Le créateur sherbrookois n'a depuis pas chômé, lui qui a signé différentes mises en scènes théâtrales et mis sa griffe sur divers projets artistiques, dont Omaterra, qu'il a coécrit. Mais voilà : entre tous ces projets, l'enseignement au Collège Rivier de Coaticook et un quotidien bien rempli avec trois jeunes enfants à la maison, il restait peu de place pour la chanson.
« J'ai réalisé que le temps passait. Je travaillais beaucoup sans mettre tous les efforts nécessaires à la concrétisation de mes rêves. J'avais l'impression d'être un peu paresseux à ce chapitre. »
Afin de ne pas être, un jour, hanté par les regrets, celui qui a remporté le concours Tremplin international de la chanson française à Tahiti, en 2001, a choisi de consacrer le temps qu'il fallait à l'écriture et à la musique.
« Pour ça, j'ai mis l'enseignement de côté. Ce fut une décision difficile à prendre, mais ça s'imposait si je voulais avoir le temps de bien faire les choses. Pour la première fois, je me suis investi à fond dans un projet personnel. Je suis content du résultat : plusieurs radios indépendantes du Québec tournent mon premier extrait. Et mon album, À travers la machine, est tel que je l'ai voulu. Je ne renie pas ce que j'ai fait avant, mais ce disque-là, je le vois comme mon premier », explique celui qui fait désormais carrière sous le nom de Baillarge, surnom qui le suit depuis l'école secondaire.
Sans prétention
La galette autoproduite, sur laquelle sont gravés 11 titres, regroupe des textes au caractère très personnel et d'autres qui se veulent des réflexions sur la société. L'auteur-compositeur y jase de ce qu'il souhaite pour ses enfants, de l'amour qu'il porte à sa blonde, de la machine qui avale tout, du chemin qui est le sien.
« Mes tounes sont faites sans prétention. Avec des mots simples, j'essaie de parler de sujets profonds. La chanson la plus émotive du disque, pour moi, c'est Mon frère Jacques. Elle s'adresse à mon frère, qui a traversé de difficiles moments. C'est une mise à nu, un cadeau que je lui fais, un hommage que je lui rends. »
Les guitares, omniprésentes, témoignent bien de l'attachement de Baillargeon pour la six cordes.
« Plusieurs de ces chansons-là ont vécu en spectacle avant qu'on les enregistre. Elles ont eu le temps de mûrir. Le côté génial des guitares, la richesse sonore, je les dois au réalisateur Benoit Martin, ancien directeur musical du spectacle Saltimbanco, du Cirque du Soleil. Il a compris ce que je voulais faire, il m'a suivi là-dedans. Mon rêve, maintenant, c'est de faire une tournée de spectacles pour rencontrer le public, pour toucher les gens. »
Le spectacle qu'il souhaite promener sera une mouture remaniée de Machination, un tour de piste mariant contes et chansons qui a séduit l'agence Pierre Gravel International.
« J'ai récemment signé un contrat avec eux pour la diffusion de mon spectacle. C'est très motivant. Depuis que je me suis lancé à fond dans la musique, je vais de bonne nouvelle en bonne nouvelle. »
Il n'y a pas à dire, la machine est en marche. Et elle est partie sur une note heureuse.
«J'ai choisi ce titre-là parce que je veux toucher à l'être humain à travers la télé et les écrans qui nous environnent. Les réseaux sociaux, par exemple, ce sont de grosses machines. Je ne les dénonce pas, elles peuvent nous être utiles, servir de ponts, de liaisons. Il faut juste se rappeler que, derrière ces machines- là, il y a des gens. Quant à l'image que j'ai choisie pour illustrer ma pochette, elle réfère à la vie qui fait son chemin et qui trouve sa voie malgré la rouille et les embûches.»