Bïa et Mamselle Ruis, alias Bandidas

Lumineuses Bandidas

Cousines du sud mais sœurs d’âme, les Bandidas ont intuitivement tracé leur chemin l’une vers l’autre pour offrir ensemble un voyage musical vers les histoires de l’Amérique latine. Entretien avec les lumineuses Bïa et Mamselle Ruiz, qui s’unissent sur scène dans un duo à la fois suave et puissant.

Établie au Québec depuis 2006, la chanteuse brésilienne Bïa entend parler de Mamselle Ruiz lorsque la Mexicaine se voit couronnée de la Révélation Radio-Canada de l’année en musique du monde, en 2014. 

« Peu de temps après, je l’ai vue sur scène au Festival international Nuits d’Afrique, pour lequel je suis porte-parole. Je l’ai approchée et elle m’a donné son album. C’est le début de l’histoire », raconte Bïa.  

« C’était un honneur de rencontrer cette fleur », sourit Mamselle Ruiz.  

L’idée évasive d’une collaboration flotte déjà doucement dans l’air, jusqu’à ce que ce soit au tour de Mamselle d’assister au spectacle de Bïa. « Sans la prévenir, je l’ai invitée sur scène. On a fait un duo à ce moment-là, et ça a fait un grand frisson. »

Bandidas vient de naître en un fracas. « Par précaution, comme chacune a sa carrière solo et qu’on a de fortes personnalités, on a décidé de commencer par une petite tournée d’été en 2016, puis est venu l’album en 2017 », explique Bïa, qui avoue la complexité que peut impliquer la formation d’un duo. 

Union électrisante

« On apprend à chanter ensemble, mais tout de suite, nos voix se sont mélangées très naturellement. C’est ce qui a fait qu’on a dit : “C’est ça, c’est là!”, fait partager Mamselle Ruiz. De fil en aiguille, tout ça a commencé à se tisser de manière plus profonde, autant dans la musique que dans l’amitié. La scène, c’est quelque chose d’assez intime. Pour moi, c’est un temple où des choses mystérieuses et divines arrivent souvent. De partager cet espace-là avec quelqu’un, ça ouvre les portes à une très grande proximité. » 

Avec un spectacle bâti en parts égales de compositions et d’interprétations, c’est aussi cette compatibilité électrisante qu’elles transmettent généreusement aux spectateurs. 

« Oui, on veut transmettre la beauté et on veut que les gens nous aiment comme n’importe quel artiste, mais il y a une dimension spirituelle, insiste Bïa. On veut que les gens partent avec quelque chose de plus. Ce qui nous fait vraiment vibrer, ce qui est notre moteur, c’est quand les gens sont émus et qu’ils partent avec quelque chose qui reste et qui les transforme. On ne vise pas seulement le divertissement. »

Le quatrième mur n’existe pas, ajoute Mamselle Ruiz, qui n’hésite pas à faire baisser la lumière des projecteurs. « J’aime regarder les gens dans les yeux », explique-t-elle.   

Traverser les frontières

La présence majoritaire de titres en espagnol est donc loin de freiner la communion avec le public. C’est tout l’inverse, confirment les artistes. 

D’ailleurs, le critère pour qu’une chanson se retrouve dans leur spectacle, c’est de les toucher toutes les deux. Ce sont des chouchous et des caprices, comme elles le disent, qui ouvrent la porte à un dialogue, à un partage d’histoires et d’anecdotes qui les relient à leurs mères patries respectives. 

Mis à part la langue, les racines brésiliennes et mexicaines présentent cependant de grandes différences. « Il y a plus d’influences africaines qu’amérindiennes au Brésil, avance Bïa. À cause de ça — et je fais ici un très gros raccourci —, le peuple du Brésil est beaucoup plus festif, solaire et hop la vie, si on veut. » 

« Dans les cultes et les traditions, comme avec la fête des Morts, par exemple, le Mexique est beaucoup plus spirituel, note Mamselle Ruiz. On a par contre tous vécu la colonisation de façon assez brutale. » 

« On est émues, touchées, concernées par des problèmes de l’Amérique latine, l’histoire à travers les dictatures, les révolutions », ajoute Bïa. 

Les différences ne les empêchent donc pas de trouver un ressourcement commun chez certains poètes, films et chansons. La prenante chanson Cucurrucucu Paloma de Tomás Méndez, intégrée au spectacle, était inévitable pour celles qui ont toutes deux vécu de fortes histoires les reliant à la pièce. 

Elles ont aussi pris la liberté d’adapter Ne me quitte pas de Jacques Brel en une version latine, presque ensoleillée même. 

Accompagnées entre autres d’Amélie Poirier-Aubry à l’accordéon et de la violoncelliste Sheila Hannigan, les voix de Bïa et Mamselle Ruiz souhaitent inviter à s’évader complètement dans la culture latino-américaine.

Un retour aux sources?

Ce duo répond-il à un besoin de lien qui n’existait pas avec vos pays natals, comme un moyen de renouer avec vos racines? 

« Je retourne au Brésil tous les ans pour m’inspirer et y collaborer avec des musiciens. C’est vraiment là que je conserve un lien avec mes racines, établit Bïa. Ce qui me caractérise le plus, c’est que j’aime créer un langage avec la langue française et la musique brésilienne. Quand je ne suis pas une Bandida, c’est ce que je fais. » 

Mamselle Ruiz, établie au Québec depuis bientôt huit ans, a elle aussi gardé le cap sur ses origines. 

« En fait, c’est quand je suis arrivée ici que je me suis aperçue à quel point j’aimais les racines mexicaines, s’étonne-t-elle. D’une certaine manière, on devient des ambassadrices de notre culture. J’ai ressenti un besoin de mieux connaître mon histoire. Je voulais pouvoir représenter et partager le Mexique d’une manière authentique et vraie. Ça m’a beaucoup nourrie. Après quelques années, quand j’ai eu un petit moment où je commençais à me perdre un peu, je suis aussi allée chercher une sorte d’oasis dans la communauté mexicaine de Montréal. J’ai vu ce que je suis et les couleurs que je ne voulais pas perdre, mais qu’en même temps, je veux m’éduquer et devenir une personne d’ici. »

Voulez-vous y aller?
Bandidas
Vendredi 10 août, 19 h 30
Bistro du Festival des traditions du monde de Sherbrooke
Entrée : 7 $