Martha Wainwright a offert une magnifique performance au Granada mercredi soir.

Lumineuse Martha

Y a de ces soirs comme ça, tu pars pour aller voir une chanteuse en show, tu te retrouves dans un party de famille au côté de sa mère, sa tante, son frère, ses enfants, ses cousins et cousines et quelques amis de la famille aussi. Et tu adores ça.
Non, Rufus n'a pas rejoint sa soeur Martha Wainwright sur scène, pas plus que la tante Anna. Et non, maman Kate n'est pas revenue sur terre le temps de partager la scène avec sa fille. Quoique, plus le temps file, plus Martha lui ressemble.
Et plus Martha ressemble à Martha. À Martha qui s'amuse, qui jase, qui rit, qui improvise, qui joue et qui chante en s'imprégnant de chaque chanson.
Le quatrième album de Wainwright, Good Night City, sorti l'automne dernier, annonçait déjà une Martha plus mature, plus en maîtrise de sa voix et de sa vie. La tournée qui suit et qui s'arrêtait mercredi soir au théâtre Granada confirme totalement ces prétentions. Que Martha Wainwright partage une douce ballade récemment écrite en l'honneur de son fils Francis par Rufus ou qu'elle se replonge dans un rock bien solide, la scène lui appartient. Le public aussi.
C'est qu'elle est en relation avec son monde, Martha Wainwright, et ce parce que la simplicité aussi désarmante que chaleureuse avec laquelle elle improvise sa soirée au feeling, les anecdotes savoureuses qui vous entraînent dans les soirées de jam familiales et l'humour qui vient désamorcer chaque problème technique.
Mais aussi bien sûr parce que cette voix, cette intensité et cette authenticité qui vous brassent l'intérieur dès les premières notes de Cheminant à la ville des Soeurs McGarrigle avec laquelle elle lance un spectacle généreux d'une vingtaine de chansons pigées dans l'ensemble de ses albums, hormis ici celui dédié à Piaf il y a quelques années.
Bien sûr, bon nombre des morceaux ont été tirés de Good Night City, mais Wainwright n'a pas hésité
à revisiter seule à la guitare ou en compagnie de ses musiciens quelques pièces de son album éponyme ou de I know you're married but I've got feelings too.
Moment tout à fait magique aussi que son interprétation d'Ayoye!, un classique d'Offenbach auquel elle a fait honneur après avoir souhaité « ne pas la massacrer ». Oubliez le massacre, on en avait des frissons.
Wainwright a aussi effectué quelques clins d'oeil à Leonard Cohen avec Chelsea Hotel, et bien sûr à sa mère et sa tante Anna « qui vit en Ontario et travaille avec plein de synthétiseurs étranges », a-t-elle raconté avec humour avant de chanter Look into my eyes.
Martha Wainwright est accompagnée pour sa tournée des mêmes musiciens qui ont travaillé avec elle à son dernier album, le bassiste Brad Albetta, le pianiste Thomas Bartlett et le batteur Phil Melanson, tous de la formation Bernice qui assure la première partie, un passage obligé que l'on a nettement moins apprécié.
Mais après, oui, après, tout était là.