Environ 200 personnes ont bravé la tempête vendredi soir pour assister au spectacle de Luce Dufault au Pavillon des arts et de la culture de Coaticook.

Luce Dufault refait de la magie

Proche, drôle, douce, sensible, émouvante, étonnante... Pour ceux qui ne le savent pas encore, Luce Dufault est tout ça. Et encore plus. Ceux et celles qui ont bravé la tempête hier soir pour aller l'entendre au Pavillon des arts de Coaticook n'ont sûrement pas regretté leur témérité.
Ils ont même été récompensés pour avoir osé sortir un soir de neige, puisque Richard Séguin, qui habite tout près, est venu rejoindre son amie sur scène le temps de trois chansons : Belle ancolie, Ce qu'il reste de nous et le duo Quand nos rêves qu'il lui a écrit sur son dernier album Du temps pour moi. C'était la première fois que les deux artistes le chantaient ensemble sur scène depuis le studio.
Inutile de dire qu'il y avait de la magie dans l'air. Le spectacle de Luce en était déjà bien chargé en lui-même, mais ce petit extra offert par les deux complices a triplé l'atmosphère familiale qui régnait déjà dans la petite salle.
Le secret de la belle Luce? En plus d'un indéniable talent et d'une communicative aisance sur scène, l'interprète est une conteuse-née. Rigolote en plus (probablement pour compenser le tragique de plusieurs de ses chansons). Il fallait la voir essayer de motiver son assistance sur les beautés de l'hiver.
«La neige est plus belle ici, quand même! C'est féérique, non?» a-t-elle lancé sur le ton de la fille faussement convaincue. «J'essaye, là! J'haïs tellement ça!» a-t-elle ajouté, provoquant le rire instantané.
Respectueuse admiration
La prestation de vendredi s'est déroulée dans un constant et très efficace crescendo, les interprétations de Luce ne cessant de gagner en intensité. La première partie s'est révélée plus légère, avec Cours, Que du bonheur et Will James, la chanson en l'honneur de son grand-oncle cowboy, dont elle a raconté l'histoire avec une respectueuse admiration.
La chanteuse avait gardé de gros morceaux pour la deuxième partie et le rappel : sa chanson-hommage à Etta James, une version délicieusement dramatique de Des milliards de choses, le Hallelujah de Cohen et même une bouleversante reprise de Mon Dieu de Piaf. Le tout à l'image de cette fille simple dont le principal talent est de faire ressortir la beauté. Le micro a juste un peu trop résonné à la fin.
Mais la réussite du spectacle tenait beaucoup aussi à la polyvalence des musiciens, solide trio de multi-instrumentistes, notamment Jean-Sébastien Fournier, qui jouait à la fois des percussions et du clavier, en même temps s'il vous plaît! Grâce à eux, Soirs de scotch s'est retrouvé habillé d'un hybride de tango-flamenco-valse musette, avec même de l'accordéon.
Luce et ses complices ont aussi refait leur petit jeu «on essaie de faire perdre la note et le fil à la chanteuse». Cette fois, c'est dans At Last que les troubadours se sont tiré la pipe. Du plaisir qui ne peut que contaminer le public.
Il reste un point à éclaircir : pourquoi les spectacles de Luce mettent aussi bien à l'honneur sa puissance et sa souplesse vocales, mais que ces qualités ne se retrouvent pas toujours sur disque? Allez, compositeurs, offrez-lui un peu plus de chansons calibre Starmania.