Se prendre au sérieux? Jamais. Luc Senay a lui-même suggéré de prendre la pose dans sa piscine, affublé de cet élégant couvre-chef... et de sa moue de clown triste.
Se prendre au sérieux? Jamais. Luc Senay a lui-même suggéré de prendre la pose dans sa piscine, affublé de cet élégant couvre-chef... et de sa moue de clown triste.

Luc Senay: le plaisir et la chance de jouer

Il devait bien faire 35 degrés le jour où Luc Senay nous avait donné rendez-vous chez lui, dans son havre de montagne. Parmi la forêt, les fleurs et l’eau, l’endroit était parfait pour jaser de tout et de rien. « Mais on va faire ça en dedans, il fait moins chaud! »

Juste avant, le comédien, metteur en scène et animateur avait lui-même suggéré au photographe de prendre la pose dans la piscine, maillot et casque rigolo en prime. «L’expression ‘‘se mettre en bedaine’’ prend tout son sens avec moi! », avait-il lancé du tac au tac. On n’allait pas s’ennuyer.

C’est donc autour de l’ilot de cuisine qu’il nous a raconté que lorsque la COVID-19 et le confinement se sont abattus, il jouait chez Duceppe à guichet fermé dans la courte pièce Le loup aux côtés de Maude Guérin. Après six représentations, l’aventure s’est brusquement arrêtée. Même chose pour la conclusion de la tournée de la comédie Ladies Night, prévue à la Place des arts. Tout sera vraisemblablement reporté au cours des prochains mois.

Mais mis à part ces contretemps professionnels, cet arrêt subit l’a peu affecté. « Ici, c’était un peu comme d’habitude et je ne m’en suis jamais plaint. Mais j’ai vu des gens agressifs et dans le déni. Moi aussi il me fait chier, le masque, mais je le mets! » lance-t-il, encore étonné de l’attitude opiniâtre de certains.

Plus personnellement, lui et sa conjointe venaient tout juste de mettre leur propriété en vente, quand les visites immobilières ont été suspendues. L’occasion était donc idéale pour travailler autour de la maison et « lui donner de l’amour » avant la venue de futurs acheteurs. Ce qui fut fait.

Sans la pandémie, Luc Senay aurait eu moins de temps libre, occupé à divers tournages. Il a toutefois renoué ce mois-ci avec le plateau de la télésérie 5e rang — pour laquelle il est en nomination aux prochains Gémeaux pour le meilleur rôle de soutien masculin dans une série dramatique — et prévoit reprendre le tournage des Pays d’en haut à la fin de l’été. Il développe aussi un projet de télévision mettant en vedette l’univers de l’humoriste Michel Barrette.

Il sait bien que ce ne sont pas tous les artistes qui ont sa chance. « Ça va prendre un certain temps avant que la machine culturelle se remette en marche. Ça va faire du bien à tout le monde quand ça va reprendre. Mais plusieurs camarades font autre chose ou songent à faire autre chose même s’ils adorent jouer. Pour les plus jeunes qui commencent, c’est catastrophique », déplore-t-il.

En attendant que la vie d’avant et les engagements reprennent, Luc Senay se la coule douce, donc. Exceptionnellement, les vacances d’été ne l’amèneront pas bien loin. Quelques escapades en VR sont au programme, mais sa propriété a tout ce qu’il faut pour profiter des beaux jours. Il y reçoit quelques proches triés sur le volet, sans perdre de vue la nécessaire distanciation.

On est bien loin de l’époque où la fête s’installait souvent à son adresse. « On a fait beaucoup beaucoup de partys ici. Il y a déjà eu 42 personnes autour de la piscine. Mais maintenant, il y a plus de voisins autour... et puis, on vieillit! »

On a l’impression que Luc Senay vit en ce moment l’âge d’or de sa carrière. Après l’avoir moins vu durant un certain temps, on l’aperçoit plus que jamais au petit écran, et parfois au grand.

Les belles années

On a l’impression que Luc Senay vit en ce moment l’âge d’or de sa carrière. Après l’avoir moins vu durant un certain temps, on l’aperçoit plus que jamais au petit écran — et parfois au grand.

« J’ai tout le temps été là, mais j’interprétais beaucoup de personnages périphériques. Dans les dernières années, on m’a confié des rôles plus près de l’histoire centrale. C’est vrai que je suis plus présent en fiction depuis quatre ou cinq ans. Mais en regardant mon CV, je me rends compte qu’il n’y a pas beaucoup de trous... », dit-il, en rappelant qu’il a notamment enseigné presque 30 ans à l’École nationale de l’humour.

On ne peut pas lui reprocher d’avoir vendu son âme au diable pour gagner sa vie dans le métier. Par principe, il a parfois refusé des offres alléchantes. Les rôles et les contrats, il les choisit en ne perdant jamais de vue un vieux conseil du grand Jean-Louis Millette.

« Ça me prend au moins deux conditions sur trois pour accepter un rôle : est-ce que je vais apprendre quelque chose de nouveau? Est-ce que j’ai véritablement quelque chose à apporter? Est-ce que j’ai besoin d’argent? C’est Jean-Louis qui m’a appris ça. »

Dans tous les cas, il se lance sans pudeur aucune et avec un abandon total. Pensez ici à Faits divers où le Sheffordois incarne un nudiste. « Si c’est bien écrit, je n’ai aucune retenue. Si c’est juste pour l’effet, que c’est vide, je ne le fais pas. Et Faits divers est magnifiquement écrit, alors je n’ai aucun problème avec ça », dit-il.

Sans faire la fine bouche, il avoue ne plus faire ce qu’il a déjà fait. « Je préfère les trucs qui me font évoluer, qui me challengent dans le métier. »

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LES DEUX PIEDS SUR TERRE

Pour un gars aussi simple que Luc Senay, vivre dans l’œil du public ne va pas toujours de soi. Pas très mondain, il sort peu et évite généralement les premières sous prétexte qu’il « préfère être dans la parade plutôt que la regarder passer ».

« Les gens ne sont pas obligés de me reconnaître ou de se souvenir de mon nom. Ce n’est pas grave. Moi, ce que je voulais, c’était faire du théâtre, pas de la télévision ou du cinéma. Je ne cherche pas le regard des gens. Tu sais, j’ai reçu tellement d’amour de ma mère — je suis tombé dedans petit comme Obélix — qu’on dirait que j’ai eu ma dose d’attention pour toujours. »

Parlons-en de cette mère adorée, aujourd’hui décédée, à qui il a caché ses études en théâtre de peur de l’inquiéter, et qui a contribué à sa manière à lui garder la tête froide. « Quand je suis devenu populaire avec La guerre des clans, elle me disait “‘Tu étais important avant La guerre des clans, tu n’es pas plus important parce que tu es connu, et le jour où tu ne seras plus reconnu, tu ne seras pas moins important.” Ç’a tracé une ligne pour me garder les deux pieds sur terre. »

Ses origines modestes ont aussi contribué à un certain équilibre, croit-il. « Je travaille depuis l’âge de 11 ans. Je ne viens pas d’un milieu aisé. »

N’empêche, avec sa bouille particulière, il lui est difficile de passer inaperçu. Il nous fait rire aux éclats en relatant sa rencontre, un jour, avec un type à Sept-Îles, alors qu’il faisait tout bonnement sa promenade matinale. Debout, gestuelle à l’appui, Luc Senay raconte comment l’homme l’a sifflé pour l’attirer de l’autre côté de la rue, avant de répéter à maintes reprises « Crisse, c’est pas toé ! » et de repartir tout bonnement sans jamais l’avoir nommé.

Ou cette autre fois où il mangeait tranquillement au restaurant avec sa copine de l’époque, la comédienne Sylvie Legault, et qu’une famille complète s’était postée debout près de la table à les regarder longuement, sans prononcer le moindre mot ! Malaise.

Mais il peut comprendre. Lui-même a déjà perdu tous ses moyens devant son idole, Luc Durand, le Gobelet de Sol et Gobelet. À la porte de la loge du comédien, après une représentation du Malade imaginaire, il a cogné, avant d’entendre la voix connue de Durand. «J’ai ouvert la porte, je commencé à pleurer et je suis parti sans dire un mot. J’avais quand même 24 ans !»

EN RAFALE

Un plan principal pour l’été…

«Profiter pleinement du petit paradis où l’on vit avant de le quitter.»  

Un beau souvenir d’un été d’enfance…

«Je suis en camping avec ma mère à Hampton Beach dans une petite pop tent. Elle dort sur une chaise longue avec son gros popotin, et moi je dors coincé en dessous et j’attends qu’elle se réveille le lendemain matin! Je me rappelle la Côte Est, les heures sur la plage, la mer, la pizza et les crêpes...» 

Qu’est-ce qu’on te souhaite pour l’automne?

«J’espère que l’épreuve sociale qu’on vit nous fasse grandir. Je souhaite surtout qu’on soit assez sensible pour ne pas devoir tous retourner en confinement.»