Lorsqu'il a appris qu'il était atteint de la maladie de Lou Gehrig, Luc Cousineau a décidé de se battre. Il a fait uin pied de nez aux sombres pronostics, et aujourd'hui il fait la promotion de son 18e album, Le gars, là.

Luc Cousineau : choisir la vie et la chanson

C'était le début d'un nouveau cycle pour Luc Cousineau. Après avoir tenu les rênes d'un important projet immobilier à Eastman, il lançait son 18e album en carrière sous l'intrigant pseudonyme Le gars, là. L'aventure s'annonçait ludique et amusante. Le disque était tel que l'avait rêvé l'auteur-compositeur-interprète natif de Sherbrooke. Les astres semblaient bien alignés. À travers cette aventure sous nom de plume, Cousineau se voyait un peu comme le Romain Gary de la chanson québécoise.
«L'anonymat m'enlevait de la pression. J'avais la liberté du débutant.»
Le musicien savourait donc son bonheur. Jusqu'à ce qu'une chape de plomb brouille la lumière et bouscule les plans. Un mois après être sorti de studio, le chanteur apprenait qu'il était atteint de la maladie de Lou Gehrig, aussi connue sous le nom de sclérose latérale amyotrophique (SLA). L'avenir venait de se voiler.
«Dans le bureau du médecin, on m'a dit : il te reste entre deux et cinq ans à vivre. C'était une fatalité, on n'avait aucun traitement à proposer. En sortant de là, je me suis dit que quelqu'un qui reçoit pareille annonce et qui n'a pas de soutien dans la vie n'a qu'une envie, c'est celle de se remplir les poches de roches et se lancer dans l'eau.»
Cousineau aurait pu être abattu. En colère. Découragé. Résigné. Révolté. Mais non, rien de tout ça. Il était bien entouré. Et il avait aussi l'envie de ne pas s'annoncer défait. L'auteur de Vivre en amour a décidé de batailler contre la maladie. Armé d'une détermination sans faille, il fait un pied de nez aux sombres pronostics.
«La maladie et moi, on joue au bras de fer. Elle du côté de la mort, moi du côté de la vie. Elle risque de me trouver pas mal têtu! La médecine traditionnelle ne peut rien pour moi, alors j'ai décidé d'aller du côté des approches parallèles. Je fais tout ce que je peux pour être dans la meilleure forme possible.»
Alimentation biologique, méditation, chambre hyperbare à la maison, élimination des métaux lourds accumulés dans le corps : le chanteur met toutes les chances de son côté. «On dit que la foi déplace des montagnes. Moi, la montagne, je marche dedans chaque jour. C'est une cathédrale», dit celui qui réside aujourd'hui dans son gros projet des Boisés de la Héronnière, à Eastman.
Il puise aussi une certaine inspiration dans le récit de gens qu'on disait condamnés, mais qui ont eu le dessus sur leur maladie, quelle qu'elle soit.
«J'ai lu énormément, je me suis réenligné. Je me dis que je gagne du temps. Et que pendant ce temps, les recherches vont bon train. Il faut être fort, mais il faut surtout vouloir vivre. Je me suis fait un énorme protocole.»
Et dans ce protocole, il y a l'album à promouvoir. «Ça me garde du côté de la vie.»
Si sa neuve galette de dix titres berce autant l'oreille, c'est qu'il a poli autant les textes que les mélodies.
«J'avais un grand souci d'authenticité, je voulais que les gens puissent se laisser absorber par les paroles de mes chansons, mais je souhaitais aussi qu'ils puissent les écouter en soupant avec des amis.»
Bien qu'elles aient été écrites avant l'annonce de sa maladie, plusieurs de ses compositions semblent évoquer celle-ci et prennent un tout autre sens lorsqu'on les écoute avec cette perspective. Curieuse affaire qui fait sourire le créateur.
«Un album, c'est une gestation. J'écris quand j'ai quelque chose à dire, ça vient toujours d'un élan intérieur. Au moment de créer, je ne savais pas que j'étais malade, mais ça couvait probablement déjà en moi.»
Complice de longue date, Guy Rhéaume a assisté Luc à la réalisation du disque. «C'est un homme calme, rassurant, solide, qui comprend où je veux aller. Je désirais absolument travailler avec lui. À tel point que s'il n'avait pas embarqué dans le projet, je ne sais pas si je l'aurais fait.»
Il ne sait pas, non plus, s'il y aura un autre album original.
«Présentement, je n'arrive pas à jouer de la guitare. Et sans ça, je peux difficilement composer des mélodies. Ma guitare, c'était une extension de ma main, depuis l'âge de 15 ans. C'est un deuil à faire. Je lâche prise là-dessus parce que quand j'y pense, ça me rend un peu malheureux.»
Alors plutôt que de s'apitoyer, il regarde en avant et met en branle d'autres idées. Il planche par exemple sur un projet de coffret réunissant tous ses opus, depuis la belle époque des Alexandrins jusqu'à aujourd'hui.
«J'ai mené une drôle de carrière parce que j'ai fait beaucoup de choses. Je n'ai jamais délaissé le métier, mais je n'étais pas toujours sous les projecteurs. Je composais de la musique pour des thèmes d'émission, pour des pubs, pour des films. L'argent que je gagnais ainsi, je le réinvestissais dans mes disques. J'étais mon propre patron, ça me permettait une grande liberté de création», explique celui à qui on doit notamment le ver d'oreille publicitaire Il est parti prendre son Bovril, allégrement chanté par à peu près tous les écoliers, dans les années 80.
Si tout va comme prévu, la réédition des albums du vétéran de la chanson pourrait mener à la création d'une fondation liée à la SLA. Une autre façon de tenir tête à la maladie. Luc Cousineau l'a dit : elle risque de le trouver têtu.