Après avoir vécu sur les murs du Centre culturel Yvonne L. Bombardier de Valcourt, Les Sublimes d’Adèle Blais et Nathalie Plaat poursuivent leur trajectoire sur papier glacé. Les deux Sherbrookoises lancent dimanche un livre regroupant les toiles et les textes de l’exposition qu’elles ont présentée l’été dernier.

Livre d'Adèle Blais et Nathalie Plaat : sublimes femmes d’hier

SHERBROOKE — Après avoir vécu sur les murs du Centre culturel Yvonne L. Bombardier de Valcourt, « Les Sublimes » d’Adèle Blais et Nathalie Plaat poursuivent leur trajectoire sur papier glacé. Les deux Sherbrookoises lancent dimanche un livre regroupant les toiles et les textes de l’exposition qu’elles ont présentée l’été dernier.

« C’est un peu comme une deuxième vie pour cette exposition, qui est la plus marquante et la plus significative de mon parcours. Toutes ces femmes que j’avais commencé à peindre il y a deux ans, elles m’ont vraiment mise au monde, d’une certaine façon. Les voir toutes rassemblées dans un livre autoédité qui a été entièrement fait ici, les laisser se frayer un chemin dans la maison des gens, c’est comme si le projet prenait un autre envol », résume Adèle Blais.

En tout, 26 femmes qui ont marqué l’histoire sont exposées en mots et en images à travers cinq chapitres. Les œuvres colorées et serties de détails d’Adèle Blais sont accompagnées des écrits sensibles et poétiques de l’auteure Nathalie Plaat.

« Adèle m’a demandé d’ajouter des textes pour accompagner ses toiles quelques semaines avant l’expo, explique cette dernière. Comme j’étais proche de sa création, l’inspiration n’a pas manqué. On se nourrissait à travers le projet de réhabiliter ces femmes de l’histoire, de les présenter dans leur entièreté, dans tout ce qu’elles étaient. Certaines étaient connues, d’autres non, mais toutes, elles avaient leur vécu personnel. »

C’est ce vécu-là, plus intime, que les deux amies ont eu envie de déterrer. Les histoires étaient toutes différentes, et pourtant traversées d’une même douleur : d’une époque à une autre, la trajectoire des unes et des autres était souvent triste, bouleversante, pétrie de drames et de larmes.

« À certaines époques, ce n’était pas facile être une femme. Surtout une femme non conformiste. »

Le projet artistique a rapidement pris une dimension humaine plus grande.

Empreintes fortes

« On est ressorties de tout ça transformées. Ça nous situe dans l’histoire et dans notre époque, ça nous laisse avec une impression étrange d’humilité et de puissance. On est très reconnaissantes par rapport à ces femmes-là, à ce qu’elles ont été et à ce qu’elles ont porté. Elles nous ont vraiment habitées. On les a côtoyées, on les a pleurées, on a aussi été enragées par l’injustice qui auréole leurs destins. Dans tout ce processus créatif, on n’était évidemment pas en colère contre les hommes, mais contre des époques, des enfermements, des cultures », résume Nathalie Plaat.  

Plusieurs femmes ont laissé une empreinte forte dans l’imaginaire de celle-ci. Mata Hari, notamment. Mais c’est Anne Frank qui a été la plus douloureuse à approcher.

« Je suis d’origine européenne, mes grands-parents ont connu la guerre, j’ai un grand-père qui a été dans les camps de travail. Je connaissais l’histoire d’Anne Frank, bien sûr, mais j’avais toujours eu un petit rapport d’évitement par rapport à elle. Je suis allée à Amsterdam plusieurs fois, je suis passée devant sa maison, mais je ne suis jamais entrée parce que je savais que j’aurais été trop bouleversée. De vraiment plonger dans sa vie, de réaliser ce qui s’est produit, pour elle, mais aussi pour des millions de gens, ça m’a chavirée. Son journal est bouleversant parce que c’est celui d’une adolescente qui nous ressemble. On se reconnaît en elle. »

Les débuts

Ce n’est pas d’hier qu’Adèle Blais fait vivre des femmes sur toiles. « J’ai réalisé que ça fait 15 ans que je peins des histoires de femmes, mais je ne comprenais pas nécessairement ce que j’essayais de dire. Naturellement, j’allais toujours vers ça. C’était très intuitif. Ces dernières années, j’avais commencé à travailler à partir de photos et j’aimais vraiment l’effet. Quand Marido Billequey m’a invitée à participer au cabaret Littérature et autres niaiseries dont le thème était le 19e siècle, je lui ai demandé si elle avait des personnages à me suggérer. Anna Karénine et Madame Bovary étaient des évidences. Elles ont été les premières femmes. »

D’autres ont suivi. Quand, plus tard, la Fabrique (où elle avait alors son atelier) a orchestré des portes ouvertes, des visiteurs ont remarqué la ligne directrice. Le filon d’or et de soie.

« J’avais peint Claudette Colvin et quelques autres, mais je n’avais pas réalisé le fil conducteur. J’ai compris en parlant avec les gens que j’étais en train de raconter des histoires. Celles des femmes. Je m’étais beaucoup documentée sur chacune, je connaissais leur parcours. C’est là que j’ai senti qu’il y avait quelque chose de plus grand à explorer. »

Le Centre Yvonne L. Bombardier la contactait peu après pour lui offrir une exposition, l’été suivant.

« Je ne me suis pas posé de questions. C’était comme un enchaînement naturel. J’ai commencé la série pour cette expo. »

Camille Claudel, Greta Garbo, Audrey Hepburn, Marie Curie, Thérèse Casgrain, Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, Joséphine Baker, Billie Holiday et Laura Secord sont quelques-uns des visages qui se sont déployés sur toiles et qui se racontent maintenant au fil des pages.

Il pourrait y en avoir d’autres.

« Il y a tellement de choses à faire, il y a tant encore à dire... En travaillant sur une photo, même au niveau technique, je m’amuse beaucoup, j’ajoute l’acrylique, le collage. J’ai commencé d’autres tableaux dans la même veine, je suis sur une lancée. J’ai peint des femmes, mais je pourrais aussi faire le portrait d’hommes. Au fond, le cœur de tout ça, ce sont les gens. Toujours. Je pense que j’aime les mettre en lumière. »

Vous voulez y aller? 

Les Sublimes, livre d’Adèle Blais et de Nathalie Plaat

Lancement dimanche 2 décembre, 15 h

Taverne américaine Ô Chevreuil