Actuellement en rodage, l’humoriste Lise Dion présente pour encore cinq soirs son quatrième spectacle solo, Chu rendue là, à la salle Maurice-O’Bready, jusqu’au 28 juillet.

Lise Dion : Chu rendue là en rodage

CRITIQUE / Lise Dion est de retour pour un quatrième spectacle solo, et c’est comme retrouver une vieille amie. Son humour si typique n’a pas vraiment changé et le public continue de le savourer avec délices. Car après plus d’un million de billets vendus en carrière, la femme de scène, maintenant sexagénaire, peut compter sur l’appui inconditionnel d’un considérable fonds d’amateurs, même si son dernier effort scénique, Chu rendue là, n’est pas encore à terme.

Ou peut-être l’est-il plus qu’on le pense? L’humour de Lise Dion, tout comme celui d’autres confrères et consœurs des générations avoisinantes (Daniel Lemire, Pierre Verville, Yvon Deschamps, etc.), tranche tellement avec le mitraillage de blagues que livrent leurs homologues des X et des Y qu’il peut laisser l’impression de ne pas être abouti.

On constate toutefois qu’il s’appuie sur une connivence manifeste avec le public, ce qui assouplit la dictature du rire à tout prix, l’attachement envers l’artiste jouant un rôle important.

Et elle est toujours aussi attachante, cette Lise, dans son inépuisable façon de se moquer d’elle-même, alors que, du premier coup d’œil, ça pourrait devenir vachement triste. Se faire plaquer à l’aube de la soixantaine par Marcel, voir son corps accuser le poids des années, sentir l’échéance de la mort approcher pourrait devenir déprimant au cube.

Mais la fée Lise a tôt fait de transformer le chagrin en rires, notamment lorsqu’elle remue ciel et terre pour rencontrer un des jolis pompiers du calendrier qu’elle a reçu en cadeau. Ou lorsqu’elle évoque son impossibilité de retenir son envie d’uriner alors qu’elle se trouve dans le stationnement d’un centre commercial.

S’ASSEOIR… ET SE RELEVER
Les rondeurs, qui ont longtemps été le fonds de commerce de l’humoriste, font ainsi plus de place aux aléas du vieillissement sur le corps et l’esprit. Ce qui nous donne droit à un petit moment de burlesque physique en début de spectacle, lorsque, après s’être assise au bord de la scène pour jaser avec l’assistance, Lise entreprend de se remettre debout.

Ne cédant pas à la tendance très en vogue du 100 pour cent stand up comic, Lise Dion remet parfois le quatrième mur (son monologue sur l’insomnie), n’oublie pas d’inclure quelques chansons (le contraire aurait été décevant) et se permet aussi un personnage, celui de la coiffeuse au trop franc parler.

Mais malheureusement, c’est le moment qui manque le plus d’épices. Il y a tout au plus trois ou quatre bonnes blagues bien envoyées. Le reste est à rehausser. Il ne faudrait pas qu’elle l’abandonne complètement toutefois, car il n’y a tellement plus d’humoristes qui font encore des personnages.

Il y aura plusieurs moments, durant cette prestation toujours en rodage, où l’on se dit que les auteurs auraient pu aller plus loin ou se sont contentés de peu. Par exemple, lorsque Lise reconnaît que son ex Marcel, qui se plaint du manque de pep dans son couple, l’a déjà surprise. « Surprise en train de manger de la crème glacée dans le cabanon. » On s’attendrait à plus.

L’humoriste perd parfois sa concentration en se faisant rire elle-même, mais rien de véritablement dommageable. Elle n’abuse pas non plus de la vulgarité, ne pouvant éviter les changements physiques au bas du ventre.

ANGLAIS DE PACOTILLE

De ce thème des mauvaises surprises de la soixantaine, on peut dire qu’elle n’a rien oublié : les chairs qui pendent, la mémoire qui lâche, la patience qui s’amenuise, l’ébriété qui devient impertinente, le verbe désormais incontrôlable. Lise exploite même brillamment cette idée de droite d’intervertir les clientèles des prisons et des CHLSD pour améliorer la qualité des services aux aînés, la poussant beaucoup plus loin, au grand bonheur de l’auditoire.

Excellente aussi pour jouer l’ivresse, Lise Dion offrira un désopilant discours de vœux de bonheur à son ex lors de son remariage avec une autre. Son anglais de pacotille donnera également quelques bons moments dans le sketch sur la rénovation de l’appartement en Floride.

L’humoriste se permettra, en guise de rappel, de chanter sa reconnaissance à son public. Une note finale touchante nous rappelant que la cote d’amour pour cette grande de chez nous n’est pas prête de s’essouffler.