Le Sherbrookois Imed Lakhdara souhaite apprendre quelques mots d’arabe à des personnalités publiques de la région.

Libérer Raif, en arabe

Ça fait quatre ans qu’Imed Lakhdara s’implique pour la libération de Raif Badawi. Pas en manifestant devant l’hôtel de ville de Sherbrooke lors des rassemblements du vendredi ni en militant dans l’équipe d’Amnistie internationale; jusqu’ici, il faisait plutôt cavalier seul dans ses démarches.

« J’écris et je crée des vidéos en arabe, des messages qui vont directement atteindre la population et les autorités saoudiennes », explique-t-il.

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L’an dernier, il se filmait chaque jour devant l’hôtel de ville, et mettait ses vidéos en ligne, où elles étaient très populaires notamment auprès des communautés arabes en Allemagne, en France et en Angleterre.

Celui qui se décrit comme un opposant au régime saoudien ne lésinait pas sur les dénonciations dans ses dernières vidéos. 

Or, pour sa prochaine vidéo, avec laquelle il veut faire un coup d’éclat, il a décidé de changer de stratégie. « Avec un régime comme celui qu’il y a en Arabie saoudite, utiliser les menaces ou la peur, ça ne change pas grand-chose : leurs pétro-dollars leur permettent d’acheter tout le monde, même des présidents, des rois ou des chefs occidentaux. La vidéo va donc s’adresse à la corde sensible et au côté humain – s’il existe – de ces gens-là [le gouvernement saoudien] », affirme le Sherbrookois originaire d’Algérie.

La communauté mise à contribution

Dans la vidéo, on verra donc la conjointe de Raif Badawi, Ensaf Haidar, ainsi que les trois enfants du couple, qui appelleront à sa libération.

M. Lakhdara espère également qu’on y retrouvera plusieurs personnalités de la région, qui lanceront aussi un appel à la libération — et pas n’importe comment.

« Je voudrais que Sherbrooke, ville francophone, parle arabe pour Raif. Je veux apprendre à des francophones, dont des personnalités publiques, quelques mots en arabe pour qu’ils puissent lancer un message tous ensemble », avance celui qui compte notamment contacter au cours des prochains jours le maire Steve Lussier, les députés de la région, l’ex-maire Bernard Sévigny ou encore des chroniqueurs sympathiques à la cause de Raif.

Des images de l’hôtel de ville avec ses bannières de soutien feront également partie du visuel, tout comme un grand rassemblement de Sherbrookois qui se réuniront autour d’un portrait de Raif dans la neige. « Je veux montrer au monde que Sherbrooke a adopté la cause, que l’on veut tout faire pour libérer Raif. »

Il faudra faire vite : l’objectif est que la vidéo soit prête pour le 13 janvier, date de l’anniversaire de Raif Badawi.

« Ça fait cinq ans que ses enfants n’ont pas vu leur père. J’ai deux enfants, et quand je ne les vois pas pendant deux jours, c’est la fin du monde », illustre celui qui est aussi propriétaire du restaurant La Constantinople, où il a présenté son projet pour la première fois à Ensaf Haidar.

La vidéo sera diffusée sur le web avec des sous-titres en français, anglais et allemand, notamment. M. Lakhdara espère qu’elle attirera assez l’attention pour que des chaînes comme Al Jazeera la reprennent. « Je veux qu’on atteigne le plus de monde possible pour que les autorités saoudiennes entendent notre message pacifique et humanitaire », résume-t-il.

M. Lakhbara écrira au cours des prochains jours sur sa page Facebook « J’adore Sherbrooke » les détails du tournage. Les gens de la région qui ont envie d’y participer sont invités à le contacter.