Pour que le ciel s’ouvre, de Suzanne Lafontaine, est un spectacle qui respire la liberté non seulement dans son thème, mais dans sa facture.

Libérer la femme

CRITIQUE / C’est un grand cri du cœur que lance Suzanne Lafontaine dans son nouveau spectacle Pour que le ciel s’ouvre. Cri de femme. Plus précisément celui d’une femme de 70 ans. L’expression d’une grande envie de liberté qui, le découvre-t-on au fil du spectacle, devient celui de toutes les femmes et de toutes celles qui vieillissent.

En fait, telle est la grande force de cette nouvelle prestation, où tout tourne autour de l’auteure et interprète, mais en dégageant malgré tout plusieurs pans d’universalité. Dans cette soirée très personnelle dans son propos, où l’on sent la mise en scène totalement au service de l’artiste et non l’inverse, on en arrive à toucher le vécu de pas mal toutes les représentantes de la gent féminine, lorsque les années et la pression sociale font leur œuvre.

La quête du personnage principal est en grande partie autobiographique. Maintenant que l’époux est décédé, que les fils sont partis, que les obligations professionnelles sont derrière, est-ce ça, la liberté? Une grande maison vide? Comparativement à Raif Badawi, peut-être…

Mais peut-on quand même rêver de mieux? Espérer retrouver l’amour? L’artiste débusquera quelques réponses, pas toutes (elle n’est pas arrivée à trouver une fin à son goût, avouera-t-elle candidement), mais c’est surtout en retournant dans le passé, dont celui de sa mère, qu’elle réalisera qu’elle porte, malgré une vie très libre et très riche, le poids des chaînes que toutes les autres femmes ont endurées.

Pour que le ciel s’ouvre est un spectacle qui respire la liberté non seulement dans son thème, mais dans sa facture : des chansons qui ressemblent davantage à de la musique couchée sur des mots, un jeu très réaliste prenant le plus souvent des allures de monologue, une trame sonore et des projections impressionnistes, qui se déposent en direct judicieusement, grâce entre autres au clavier et au saxophone par René Béchard, sans jamais voler la vedette à la chanteuse.

Si l’ensemble mériterait un coup de nerf global (c’était quand même la première), à commencer par le jeu, on ne peut s’empêcher de remarquer que les quelques approximations sont à l’image du personnage principal, qui souhaite enfin accepter son imperfection.

Et avouez que d’avoir toujours envie de créer et de se mettre en danger à 70 ans mérite en soi un coup de chapeau.

Vous voulez y aller?

Pour que le ciel s’ouvre

Les 10 et 11 mai, 20 h

Salle Le Tremplin

Entrée : 25 $