Rachid Badouri

L’humour vérité de Rachid Badouri

Rachid Badouri revient à l’avant-scène québécoise avec un spectacle tout neuf et une vision renouvelée du métier et de la façon qu’il a de le pratiquer.

L’humoriste ne fait pas de cachette : les trois dernières années ont été marquées par la houle. 

« Ce que j’ai traversé a été difficile, mais aussi très décisif pour la suite de ma vie. Les tempêtes peuvent être un cadeau si on choisit d’en tirer leçon. »

Avant de frapper le mur, il a décidé de donner un important coup de volant, de laisser tomber masques et paravents. En entrevue comme sur scène, l’artiste de 42 ans joue franc-jeu et ose la carte de la transparence. Son troisième tour de piste, qu’il vient roder à Magog en juillet, portera le sceau de cette transformation. 

« Je veux me rapprocher de ma vérité », dit-il en citant le pilier du stand-up américain, Jerry Seinfeld, qui prétend qu’en humour, c’est le nombre d’années dans le métier qui fait le poids de l’humoriste. 

« J’en suis à 12 ans dans la profession. En termes d’expérience humoristique, je suis donc un préado, j’évolue encore. Je ne regrette absolument pas ce que j’ai fait avant. C’était un humour qui me ressemblait, je m’abreuve encore à cette source-là. Le public va retrouver la même énergie, mais il va aussi découvrir où je suis rendu dans ma vie. Le but, c’est qu’il n’y ait plus de fossé entre le gars sur l’affiche et le gars dans la vie. »

La phrase est toute simple. Une évidence, presque. 

« Mais la réalité, c’est que ce n’était pas ça du tout. J’en ai fait un numéro, d’ailleurs, que j’avais intitulé J’étais un trou de cul. Je l’ai finalement rebaptisé La popularité. Mais ça parle de tout ça, cette attitude merdique que j’avais. J’ai connu le succès très rapidement. Trop rapidement. Ça m’est monté à la tête. »

Toucher le fond

L’enflure de l’égo fait rarement ressortir le meilleur de soi. Rachid évoque son parcours avec humilité et honnêteté. Oui, il a joué les divas. Il n’en est plus là. Il a compris que sur ce chemin-là, il finirait par tout perdre. 

« Je m’enfonçais, mais il faut aussi savoir d’où je viens... Je suis le seul garçon de ma famille. Après avoir donné naissance à mes deux sœurs, ma mère ne pensait plus pouvoir avoir d’enfant. Alors vous imaginez un peu la joie de mes parents lorsque je suis arrivé! À l’hôpital, une voisine de chambre qui se disait un peu voyante a raconté à ma mère que j’étais né sous une bonne étoile, que je deviendrais une grande star. À la maison, j’étais un intouchable, un prince, l’enfant-roi. Celui à qui on demandait de faire des spectacles dans le salon. Celui qui ne se faisait jamais blâmer lors des chicanes fraternelles. Même quand j’avais tort. »

L’adulation du public est venue nourrir le côté prima donna de l’artiste. 

« J’étais devenu imbuvable. Une fois, dans un grand studio, lors d’un enregistrement devant public, je suis retourné dans ma loge et j’ai fait une crise. J’ai pété ma coche et j’ai vertement critiqué l’équipe technique. L’ennui, c’est que mon deuxième micro-cravate était resté ouvert. Tout le monde avait entendu! J’étais tellement mal... Pas à cause du geste, mais parce que j’avais peur des conséquences. Ça m’a ébranlé, mais j’ai la tête dure, j’ai eu besoin de traverser d’autres moments de malaise pour réaliser que je m’enfonçais. »

Son ex-gérant l’a filmé lors d’une « crise de vedette ». 

« Se regarder, déjà, c’est pénible. Dans un contexte comme celui-là, c’est comme visionner un mauvais épisode du Jerry Springer Show. Quel malaise! Autour de moi, on me répétait que ça n’allait pas. Mon épouse me disait qu’il fallait que je me calme. Ma productrice, avec laquelle je travaille depuis des années, m’a fait réaliser que changer trois fois d’équipe technique pendant une tournée, ce n’était pas normal. Je perdais aussi des contrats », raconte celui qui fait maintenant partie de l’écurie K.O. Médias, dirigée par Louis Morissette. 

Atteint par une bactérie maligne qui a entraîné une cellulite aux mollets, Rachid s’est retrouvé sur un lit d’hôpital avec des antibiotiques en intraveineuse et du temps pour réfléchir.

Rachid Badouri

Quarantaine heureuse

« J’ai travaillé sur moi-même. Je suis allé chercher de l’aide. Je ne suis pas le même gars à 42 ans que celui que j’étais à 39. »

L’amorce de sa quatrième dizaine a été un séisme en même temps qu’une bénédiction. Il a écrit un numéro là-dessus aussi. 

« Ma quarantaine m’a mis en quarantaine, en quelque sorte. Je le raconte. Le chiffre 40 reste assez chargé en symboles. C’est un âge où le corps s’assouplit, et j’ai l’impression que les émotions s’assouplissent aussi. Mon tempérament est moins bouillant qu’avant. Je suis plus mesuré. Moins centré sur des choses qui, au fond, ne comptent pas tant que ça. » 

L’image des Arabes, l’hypocrisie des Québécois, la tolérance (et l’intolérance) ainsi que la méchanceté anonyme (rendue facile à l’heure des médias sociaux) sont différents thèmes qui l’ont inspiré. 

« Je parle aussi des super héroïnes de ma vie, ma femme et ma fille. J’ai toujours évoqué ma famille, mais je le fais cette fois d’une façon différente », explique celui qui passe ces jours-ci la majorité de son temps au Bordel Comédie Club de Montréal, où il rode divers numéros. Laurent Paquin agit comme conseiller aux textes de ce nouveau tour de piste dont la première montréalaise est prévue en février 2020. 

« Je n’ai jamais fait les choses de cette façon auparavant, mais j’aime finalement beaucoup ça. Ça me plonge dans un climat de vérité que j’adore. »

Et la vérité, on l’a compris, lui est précieuse. Parce que la sincérité est le socle le plus solide sur lequel bâtir. 

« En humour comme dans la vie. Être vrai, il n’y a que ça qui compte. »

La famille d’abord

Ces dernières années, Rachid Badouri a foulé diverses scènes en France, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, à Dubaï, au Congo, à Haïti et au Maroc. Autrement dit, il est allé à peu près partout pour présenter son deuxième effort solo, Rechargé.

« J’ai tellement multiplié les voyages que je n’avais plus d’espace dans mon passeport. J’ai dû le changer », dit celui qui entend consacrer toute la prochaine année au public québécois. 

« J’écris mon troisième spectacle depuis environ un an. Je vais prendre le temps de bien le présenter ici. »

Pendant deux semaines cet été, il s’installera au Vieux Clocher de Magog, l’endroit où il avait présenté en primeur son tout premier spectacle, Arrête ton cinéma, en 2007. 

« Chaque fois que je reviens ici, je revois mon père qui part en douce pendant le souper avec un grattoir et du butane. Je suis ses traces et je le retrouve accroupi par terre, près de l’étoile à mon nom que le Vieux Clocher a fait inscrire sur le trottoir. Et je le vois qui frotte et qui gratte : il est en train d’enlever de la gomme à mâcher! »

« Badouri, il faut que ça soit net », dit l’humoriste en imitant le commentaire de son père avec force mimique et accent caractéristique.   

Ce premier été passé en Estrie est truffé de souvenirs aussi précis que précieux. Le chalet estival qu’il avait loué près du terrain de golf était vite devenu un point de ralliement pour toute la famille. « Mes parents devaient venir passer un jour ou deux. Le premier soir, je les ai vus débarquer avec ma sœur, ma meilleure amie et beaucoup de bagages. Ils se sont installés. Je me suis retrouvé à dormir sur le sofa. Ma mère allait au marché tous les jours, elle cuisinait des couscous de fou. »

 Au fil de la conversation, les anecdotes pleuvent. Nombreuses. Il est beaucoup question de famille. 

« Je suis un gars de famille. C’est un noyau important, le plus précieux qui soit. Avec ma fille, j’essaie de reproduire ce que mes parents ont fait de bien et d’éviter ce qui me rejoint moins. Je pense à mon père, qui s’est sacrifié de sa présence pour nous offrir un certain confort. Il travaillait comme un fou et il le faisait pour nous, mais ça faisait en sorte qu’on ne le voyait pas beaucoup. Moi, je ne veux pas renoncer à ce temps précieux. J’ai de la chance. Mon métier me permet d’être très présent. Lorsque je pars à l’étranger, ma femme et ma fille viennent avec moi. » 

Rachid Badouri

Cinéma, cinéma

En choisissant de se réinventer, Rachid Badouri a décidé de remiser la pression. 

« Je ne m’en mets plus autant sur les épaules. Sauf, peut-être, pour le cinéma. Ça, j’avoue, j’espère y retoucher un jour. Ça ne m’empêche pas de dormir, mais je vais être déçu si ça n’arrive pas », exprime celui qui a joué dans L’appât et dans Père-fils thérapie!, la version française du succès québécois De père en flic. 

« Je lunchais avec Denise Robert. On jasait de tout ça. Je lui disais que le temps qui passe me faisait peur. Que je ne pourrais pas jouer la même chose à 60 ans qu’à 40 ans. »

L’humoriste natif de Laval avait avec lui un petit carnet offert par sa conjointe qui a intrigué la productrice. « C’est un cahier dans lequel j’écris les choses pour lesquelles je suis reconnaissant », a-t-il expliqué, avant de quitter la table quelques minutes. 

« On s’est dit au revoir. Deux jours plus tard, en avion, j’ai découvert qu’elle avait écrit dans mon carnet. »

Le petit mot disait ceci : « Les films, c’est beau. Les spectacles, c’est mieux encore. Mais rien ne vaut le sourire de ta fille et de ta femme. Calme-toi. En plus, tu ne fais pas ton âge! » 

Le message a porté. 

« J’espère que le cinéma me donnera d’autres rendez-vous. Mais ça arrivera quand ça arrivera. »

Vous voulez y aller?

Rachid Badouri
Vieux Clocher de Magog
Tous les soirs du mardi au samedi, du 2 au 13 juillet
20 h 30
Entrée : 47,50 $