Devant une salle Maurice-O’Bready pleine presque à ras bord (environ 1400 personnes et autant ce soir), Laurent Paquin est venu présenter son quatrième spectacle solo, Déplaire… qui a eu l’heur de plaire énormément.

L’heur de plaire de Laurent Paquin

CRITIQUE / Le spectacle s’appelle Déplaire. Mais bizarrement, c’est lorsqu’il s’éloigne un peu plus de cette thématique (celle de vouloir plaire à tout prix, qui teinte surtout la première moitié), que le rondouillet humoriste atteint davantage la cible. Un spectacle moins réussi que le précédent, mais qui a quand même l’heur de… plaire à la majorité.

La précédente prestation du Valois d’origine, L’ereure est humaine, tranchait déjà avec celle d’avant, Tout est relatif, reléguant au souvenir un Paquin plus bon enfant, faisant émerger un humoriste plus cru, plus direct mais aussi plus engagé. Virage réussi à l’époque, même si on s’ennuyait de la version plus « gentille » du personnage.

Déplaire poursuit dans cette même direction plus râpeuse : « La pire façon d’apprendre que ton meilleur ami couche avec ta blonde, c’est lorsque son pénis goûte ta blonde », lance-t-il en entrant sur scène, avant même toute salutation. Bedang! Un « gag baromètre » lui permettant de jauger le niveau de tolérance de son public et de le prévenir de ne pas se plaindre de la suite.

Suivront 90 minutes où, dans un remarquable souffle, l’humoriste, ancien « petit gars fin », passera en revue toutes les situations où l’on tente de plaire et où il ne faudrait pas, sans ménager son langage ni les allusions sexuelles ou scatologiques. On est encore loin de Mike Ward et de Peter McLeod… tout comme on l’est aussi du Laurent des débuts.

En ce sens, on pourrait dire que Paquin suit simplement son époque : une sorte de ras-le-bol collectif qui a besoin de sortir, sans pour autant perdre toute son intelligence. Ça n’empêche pas les gags gratuits (les Steve comme moi y ont goûté) ni quelques excès de grossièreté, mais le côté éditorial prend assurément plus de place qu’avant et qui vise juste.

Installer la proximité

Mais ce n’est pas là que Paquin fera le plus rire ni sera le plus touchant. C’est plutôt vers la fin, lorsqu’il aborde ce quotidien dont les humoristes comme lui s’inspirent le plus, puis lorsqu’il ose aborder la question de la mort et s’épanchera sur les aléas de la paternité qu’il touche vraiment dans le mille. Probablement parce qu’il y adopte un angle plus intime et moins social, la proximité s’installe presque instantanément. Même le récit de son interpellation par un policier (pour démontrer les excès de pouvoir) vient davantage nous chercher parce qu’il est livré avec beaucoup de vérité.

L’humoriste terminera de conquérir l’auditoire par sa façon très touchante d’aborder le dernier passage de la vie, puis l’amour inconditionnel qu’il voue à ses enfants, malgré toutes les couleurs qu’ils lui font voir (vous auriez dû voir la salle pliée en deux lors du voyage aux États-Unis).

Paquin fait quand même œuvre utile dans son discours plus mordant, en remettant en perspective les choses qu’on tolère moins à notre époque, les attentes que l’on se crée (et qui engendrent du déplaisir lorsqu’elles ne sont pas remplies), le chialage devenu presque sport national (c’est quand même ça qu’il fait pendant presque une heure et demie)… Les politiciens mangeront quelques bonnes claques bien placées.

En somme, une soirée bien agréable, mais au cours de laquelle Paquin pourrait facilement baisser de quelques décibels. L’art de se révolter sans hurler, il le possédait dès le début, et il pourrait le retrouver facilement.