Conférencier invité de l’Université du troisième âge hier, Fernand Dansereau, aujourd’hui âgé de 91 ans, a commencé sa carrière comme journaliste à La Tribune, avant de passer au Devoir, puis à l’Office nationale du film en 1955. Il a gagné plusieurs prix pour ses réalisations et pour l’ensemble de sa carrière.

L’expérience de vieillir de Fernand Dansereau

À 91 ans, le cinéaste Fernand Dansereau s’est présenté en pleine forme jeudi devant un public de l’Université du troisième âge pour partager ses anecdotes et ses philosophies de vie. Celui qui a entre autres été scénariste des Filles de Caleb et du Parc des braves, de même que réalisateur des documentaires Le vieil âge et le rire et L’érotisme et le vieil âge, a su intéresser son public, le faire rire tout en racontant plusieurs histoires.

La carrière du Montréalais débute en 1949 dans la salle de rédaction du journal La Tribune. « Il y avait la grève d’Asbestos. Je voulais faire la lutte pour la justice sociale et je rêvais de travailler au Devoir. En sortant du collège classique, je suis allé voir le directeur du Devoir, Gérard Filion. Il a ri de moi en disant d’aller faire mes classes en province et de revenir dans quatre ans. Je suis allé voir La Tribune et j’ai été engagé tout de suite », explique-t-il, ajoutant qu’il s’est occupé de la page financière, alors qu’il aurait aimé parler des travailleurs, ce qu’il a fait plus tard pour Le Devoir.

M. Dansereau a ensuite été renvoyé du Devoir pour avoir refusé de traverser la ligne de piquetage. C’est ainsi qu’il fit son entrée dans le monde du cinéma.

« C’étaient des années très fécondes à l’Office national du film (ONF), car il se sentait concurrencé par la télévision. On nous a demandé d’inventer un nouveau type de cinéma pour faire à bas coûts des documentaires qui intéressaient les spectateurs. C’était la Révolution tranquille qui se déployait », dit-il, mentionnant qu’à l’époque, un film de 10 minutes pouvait coûter 50 000 $. Un an plus tard, une émission de télé d’une demi-heure coûtait 5000 $. « Ç’a été une révolution! »

« Le vieil âge »

Dans les dernières années, le cinéaste a passé beaucoup de temps sur le sujet du « vieil âge ». Trois documentaires sont nés de ce volet.

« J’ai commencé à m’y intéresser à la fin des années 1990. Radio-Canada m’a demandé de faire un téléroman sur les personnes âgées. J’ai fait les trois épisodes types et ils n’ont pas accepté. Pour parler des personnes âgées, il fallait que ce soit de la comédie, sinon ça fait peur aux téléspectateurs », explique-t-il.

M. Dansereau a essuyé un deuxième et un troisième refus. « Il s’est passé quelques années et ils m’ont dit qu’un jeune auteur allait m’aider. Le même message est revenu. J’étais en tabarnak! » raconte le cinéaste, suscitant le rire du public.

« J’ai eu beaucoup de difficulté à trouver une télévision qui commanditerait Le vieil âge et le rire. C’est finalement arrivé et ça a bien marché. Je voulais faire le deuxième sur le volet citoyen, je trouvais que ce serait bon pour les personnes âgées d’être engagées socialement et politiquement. Je n’étais pas capable de vendre ça non plus. J’ai dit : on parle de sexe finalement. J’ai proposé le film sur l’érotisme et les personnes âgées et ça s’est vendu tout de suite. »

« Quand je suis arrivé avec le volet sur l’espérance, ça s’est financé tout de suite, enchaîne-t-il. Je vieillissais et je me disais : est-ce qu’il y a un moyen de trouver un peu de sérénité face aux épreuves? J’ai eu beaucoup de problèmes de santé, je me demandais comment j’allais faire pour en trouver. »

Qu’est-ce que vieillir pour Fernand Dansereau? « Vieillir, c’est d’abord prendre de l’âge. C’est de faire face aux problèmes que le vieillissement apporte en termes de santé, en transformation de vie sociale, de réflexion sur le sens de la vie et de l’approche de la mort. C’est aussi une période d’apprentissage intense que les gens ne disent pas fréquemment. Je n’ai jamais autant appris sur les choses importantes. »