Le cinéaste sherbrookois Anh Minh Truong réalisera son premier long-métrage, <em>Des hommes, la nuit, </em>grâce à la collaboration des producteurs Véronique Vigneault et Laurent Allaire. Tous trois souhaitent faire de l’Estrie un pilier du domaine cinématographique.
Le cinéaste sherbrookois Anh Minh Truong réalisera son premier long-métrage, <em>Des hommes, la nuit, </em>grâce à la collaboration des producteurs Véronique Vigneault et Laurent Allaire. Tous trois souhaitent faire de l’Estrie un pilier du domaine cinématographique.

L’Estrie, nouveau pilier du cinéma?  

Mireille Vachon
Mireille Vachon
La Tribune
La maison de production Chasseurs Films, le Bureau Estrien de l’Audiovisuel et du Multimédia (BEAM) et le réalisateur Anh Minh Truong souhaitent faire de l’Estrie un pilier du domaine cinématographique avec la réalisation du premier long-métrage de ce dernier, Des hommes, la nuit, qui fera rayonner les talents de la région à tous les niveaux.

Notons que passer par la voie « traditionnelle » de financement, auprès de la SODEC et de Téléfilm, est de plus en plus difficile.

« Il y a trop de talents pour trop peu d’argent, affirme le Sherbrookois Anh Minh Truong, et les demandes ont quasiment triplé en 15 ans. » 

Habituellement, les réalisateurs peuvent se buter à un maximum de trois refus auprès de la SODEC. Le scénario de M. Truong a tellement été apprécié par la Société qu’il a pu soumettre son projet six fois, sans toutefois être sélectionné. 

« On est des dizaines et des dizaines à vivre ça chaque année, ça crée beaucoup d’amertume : tu mets six ans de ta vie sur un projet, et il n’est même pas né qu’il meurt déjà », note Anh Minh Truong. 

Grâce à Chasseurs Films, au BEAM, à plusieurs partenaires et à la population, Des hommes, la nuit pourra prendre vie malgré tout, de manière 100 % estrienne.

« Il y a vingt ans, c’était inimaginable de penser qu’un film pouvait se faire en Estrie », exprime-t-il. L’arrivée du BEAM en 2018 et de Chasseurs Films en 2012 dans la région permet enfin de réunir les conditions pour que l’Estrie puisse faire son propre cinéma. 

« Ce long-métrage de fiction va servir de levier pour dynamiser et pérenniser la production cinématographique dans la région. Ce film est la première locomotive qui mettra en place les fondements d’une industrie capable de générer des retombées économiques importantes », affirme Laurent Allaire, fondateur de Chasseurs Films et producteur.  

« Notre projet n’est pas juste de faire le film d’Anh Minh. C’est de mettre sur pied la pierre d’assise qui va permettre à d’autres projets de s’ériger ici en Estrie », renchérit Véronique Vigneault, également productrice chez Chasseurs Films.  

« Mon souhait, c’est qu’on passe d’une ville spectatrice de cinéma à une ville créatrice de cinéma », complète Anh Minh Truong. 

Rétention des talents

Anh Minh Truong, Laurent Allaire et Véronique Vigneault sont unanimes : on a des talents exceptionnels en Estrie, mais l’industrie valorise beaucoup le talent montréalais. 

C’est un cercle vicieux. « Plus ça se passe à Montréal, plus les gens vont là, et vice versa », constate Mme Vigneault. 

Le Sherbrookois Jean-Moïse Martin, qui interprétera un des rôles principaux du film, habite lui-même à Montréal depuis 2002 pour être à proximité des opportunités, mais il est encore très attaché à sa ville natale. 

 « Je pense que le projet pourra vraiment mettre en valeur la créativité de Sherbrooke pour attirer ensuite d’autres comédiens de partout au Québec », souligne-t-il. 

D’ailleurs, le long-métrage servira d’incubateur pour mentorer et professionnaliser les jeunes artistes et techniciens de la région, soutient M. Allaire. 

« Nous voulons former et faire travailler ces jeunes au sein même de la production du film, par exemple dans un stage coopératif, pour leur montrer qu’il est possible de vivre, créer et travailler dans ce domaine en Estrie », explique Véronique Vigneault.

Notons que, outre Luc Guérin et Édith Cochrane, plusieurs comédiens sont natifs de la région. Sonia Vachon, Marie-Évelyne Lessard, Jérémie L’Espérance et Alexandre Leclerc font notamment partie de la distribution. Puisqu’il reste quelques rôles principaux à combler, l’équipe organisera des auditions pour découvrir de nouveaux talents estriens. Le film choral suivra la trajectoire de trois personnages masculins qui sont à un moment décisif de leur vie.

Appel au soutien de la population

Pour permettre la concrétisation du projet, l’équipe a lancé une campagne de financement participatif sur La Ruche Estrie afin que la population puisse contribuer au financement du film jusqu’à concurrence de 75 000 $, montant qui sera doublé par le Fonds Mille et UN pour la jeunesse.

Plusieurs options s’offrent aux gens, comme préacheter leur billet de cinéma ou encore l’inscription de leur nom au générique à titre de producteurs exécutifs. 

Notons que le montant ainsi recueilli — sur un budget total anticipé de 450 000 $ — servira à rémunérer la main-d’œuvre jeunesse qui travaillera sur la production du long-métrage, ainsi que les mentors et professionnels qui les guideront et les formeront.