Les voix avant l'image

Guillaume Lemay-Thivierge avait déjà prêté sa voix au personnage-titre du film «Horton entend un qui». Il avait aussi enchaîné les répliques de l’emblématique poupée Ken dans «Histoires de jouets 3». Mais même s’il s’y connaissait déjà un peu en projets animés, «Nelly et Simon : Mission Yéti» l’a emmené ailleurs, en exigeant de lui une tout autre gymnastique créative.

« En doublage, tu moules la voix et l’intention de ton personnage à ce qui a été fait par le comédien dans la proposition originale. Tu copies ce qui existe, en quelque sorte. »

Surtout : tu as devant toi les images qui défilent et qui sont autant de repères auxquels t’accrocher pour orienter le travail de la voix.

Cette fois-ci, niet. Pas de récit en bandes animées. La page était blanche et l’écran, noir. Tout était à créer et à imaginer.  

« En fait, on ne voyait même pas le personnage. Dans un premier temps, on ne travaillait qu’à partir du texte, avec un réalisateur qui nous donnait quelques indications. C’est assez formidable comme façon de faire, parce que ça nous donne une liberté absolue. »

Les images sont venues après cette première étape, les acteurs sont retournés en studio une deuxième fois pour relier voix et images de façon plus pointue.

Ceci menant à cela, la première fois que Guillaume Lemay-Thivierge a vu le film a été une vraie première. Une découverte.

« J’ai trouvé que c’était vraiment beau, que le résultat était là. Mission Yéti, c’est un peu un Indiana Jones en dessins animés québécois », résume le comédien, qui incarne Simon Picard, assistant de recherche et aventurier malgré lui qui part sur les traces du yéti, au Népal, avec l’aide de la frondeuse Nelly Maloye et du guide sherpa Tensing.  

« C’est un film qui vient de la passion du réalisateur pour les montagnes. Il s’est d’ailleurs inspiré du carnet de parcours de deux alpinistes qui ont vraiment existé. On pourrait presque dire qu’il a voulu créer un documentaire animé à partir d’histoires réelles. »

Mis à part la quête du yéti, j’imagine?

« Oui, mais en même temps, la légende veut que les gens qui cherchaient à prouver son existence, à l’époque, étaient accompagnés par des sherpas qui se promenaient avec une cloche autour du cou, prétendument pour avertir le yéti de leur présence et ainsi protéger son statut de légende », souligne le comédien, qui partage la vedette animée avec Sylvie Moreau. Celle-ci est Nelly, détective privée volontaire et attachante.

Guillaume Lemay-Thivierge

Lauriers contre casse-gueule

« C’est un beau personnage, une fille qui a beaucoup de vivacité, de curiosité, d’audace et de témérité, raconte la comédienne. Elle fonce et se donne des défis qu’elle n’est pas certaine d’être en mesure de relever. C’est une attitude qui me parle beaucoup, c’est comme ça qu’on se dépasse, qu’on avance et qu’on progresse dans la vie, en se mettant dans des situations où on va devoir utiliser le maximum de toutes nos possibilités. C’est ce qui nous empêche d’être passif, de nous asseoir sur nos lauriers et de nous reposer sur nos capacités. Foncer de la sorte, ça fait que, des fois, tu te casses la gueule et tu te trompes, mais tu apprends beaucoup plus ainsi que si tu ne fais rien parce que tu es freiné par tes peurs. »

La jeune Nelly n’a donc pas froid aux yeux. Et c’est un peu beaucoup grâce à elle que l’expédition au cœur de l’Himalaya prend forme.

« C’est rare qu’un personnage féminin soit le moteur de l’action, et le clin d’œil est encore plus délicieux que le film est campé dans les années 1950. C’est une belle idée d’avoir situé l’action à ce moment-là, ça ajoute une part de mystère à tout ça. »

Si tout est bouclé dans la bobine d’une heure et demie, la fin laisse quand même entrevoir la possibilité d’une suite.

« On est toujours tributaire de l’intérêt que le film va susciter, et créer un film d’animation, c’est un travail de moine : il faut trois heures pour produire une seule seconde de film! Mais la fin laisse effectivement présumer que Simon et Nelly vont vivre d’autres aventures. On verra. C’est un beau duo, en tout cas. Et c’était très chouette d’inventer la dynamique entre les deux personnages. »

Sylvie Moreau