Les Trois Accords : fun en tête

SHERBROOKE — Plusieurs des précédents disques des Trois Accords ont été enregistrés dans le vortex animé de la Grosse Pomme. Cette fois, les quatre Drummondvillois ont fait les choses autrement. Ils ont préféré le calme bucolique de Saint-Zénon à l’énergie de New York, la ville qui ne dort jamais.

Avec leurs collaborateurs habituels à la réalisation, Gus van Go et Werner F., ils ont mis le cap sur le Studio Wild. Dans ce cocon de création loin de la civilisation, sans trafic ni wifi, ils ont planché sur leurs neuves chansons. Autrement. En osant rebrasser les dés, la formule et les idées. Les onze titres de Beaucoup de plaisir sont nés dans cet écrin forestier. Près du lac, les compères musiciens ont trouvé une nouvelle source d’inspiration. 

« C’est un disque qui s’est fait dans l’enthousiasme. Le fait de se retrouver dans un autre contexte de création tous ensemble a été très bénéfique. On est tous de bons amis, on fait plein d’affaires ensemble et se retrouver à plancher sur un prochain disque, c’est toujours agréable, mais lorsqu’on arrive à renouveler l’expérience d’enregistrement, à sentir qu’un vent de fraîcheur souffle sur le projet, c’est vraiment spécial. Et c’est arrivé cette fois-ci », résume Simon Proulx. 

Pour le chanteur du quatuor, c’est affaire d’environnement créatif autant que de façon de faire. 

« De se retrouver entre nous dans un chalet sans cellulaire et sans divertissement extérieur a installé un climat particulier. Pour cette fois, on a volontairement élidé l’idée d’un thème conducteur. Ça me permettait une grande liberté d’écriture, une liberté dont je ressentais le besoin parce que ça me donnait de l’espace pour concrétiser des idées que je traînais depuis un certain temps déjà. Si j’avais un flash, je pouvais me lancer et pousser cette idée. Écrire sur des thèmes précis, c’était inspirant lorsqu’on l’a fait. Avec Dans mon corps, J’aime ta grand-mère et Joie d’être gai, c’est comme si on avait bouclé une trilogie. Pour cette fois, on avait envie d’aller ailleurs. »

À la pièce

Les chansons ont été travaillées à la pièce, une à la fois. Et sans préproduction. C’est après avoir signé deux compos pour le film Le trip à trois (dont Activité de groupe, qui figure sur le disque) et pour le nouveau spectacle de Martin Matte que les Trois Accords ont décidé d’appliquer la formule créative pour leur nouvel opus.

« Ça a été déterminant. Ce qui arrive, avec des projets ponctuels, c’est qu’on passe trois jours en studio, on pousse une chanson au maximum, et on arrive à quelque chose. On a tellement aimé l’expérience qu’on a eu le goût de la répéter. On commençait donc chaque séance d’enregistrement en se disant qu’on allait amener cette chanson-là le plus loin possible, sans se soucier de la direction générale, sans penser aux autres titres du disque. C’était très rafraîchissant et ça a donné quelque chose que j’adore. »

« Je suis en amour avec cet album-là. Il est complètement éclaté, la palette des idées est large, mais on a réalisé après coup que ça donne un album très dirigé sur le plan musical. On n’a jamais été un band qui avait un style super serré, on s’entend là-dessus, mais il y a clairement un état d’esprit dans ce disque-là. La couleur musicale est teintée par les percussions. On entend des bongos, des cloches à vache... C’est le party, autrement dit. Et cette idée-là a vraiment traversé tout l’album. »

Elle devrait aussi contaminer la scène. 

Dès janvier, les Trois Accords se baladeront de salle en salle et feront un premier arrêt sherbrookois le 22 mars, au Théâtre Granada. 

« L’esprit festif, ça fait partie de notre ADN depuis le début. Je pense que personne ne ressort de nos shows en disant que c’était vraiment triste, qu’il a braillé dans les bras de son ami toute la soirée, mais cette fois, on va peut-être une coche plus loin dans le fun musical. On est à penser comment on va faire vivre toutes ces nouvelles chansons sur les planches. Mais on sait déjà qu’on devrait avoir beaucoup de plaisir. »


Les Trois Accords
Beaucoup de plaisir
Rock franco
La Tribu

Sur la pochette de l’album fraîchement imprimé, un personnage à tête de ballon de plage est affalé dans le sable blond, maracas aux mains. L’image, frappante, se décline dans tout le livret. L’intrigant personnage fait la fête dans un parc forain de bord de mer. 

« Le visuel d’un disque, c’est quelque chose qui nous obsède toujours un peu. D’album en album, on se demande comment on va faire pour aller encore plus loin. On travaille avec Louis-Philippe Eno depuis l’époque de nos premiers vidéoclips. C’est encore avec lui qu’on a imaginé le concept. On a fait une séance de photos à Coney Island, alors que j’étais de passage à New York pour mettre la touche finale aux pistes vocales. L’endroit était parfait, il avait ce côté suranné qu’on recherchait. L’idée d’un personnage objectifié qui incarne le summum du plaisir a fait son chemin. Après une première session, j’ai montré les images qu’on avait à un barman new-yorkais qui ne nous connaît absolument pas, évidemment. Je lui ai demandé ce que ça évoquait pour lui. Il trouvait que ça avait l’air de quelqu’un épuisé mort d’avoir trop fait la fête. C’était en plein ça! J’ai su, alors, que notre filon était le bon, qu’on avait notre pochette », raconte Simon Proulx.

Au lien de New York cette fois-ci, les Trois Accords ont enregistré leur sixième album de chansons originales en pleine nature, soit au Studio Wild de Saint-Zénon.

Disque sous écoute... commentée


Beaucoup de plaisir

« L’idée d’une liste d’épicerie qui dégénère, qui annonce que quelque chose de louche va se passer, ça m’obsédait depuis un certain temps déjà. Des fois, il y a des idées qui n’aboutissent pas. Quand tu trouves la clé pour enfin la faire vivre en musique, c’est libérateur. Et ça a été le cas ici. »


Corinne

« Étrangement, même si son propos est simple, c’est une chanson qui a été longue à peaufiner. Il n’y a aucun deuxième degré dans le texte : il parle d’une seule chose, sans autre indice, sans perche tendue. On a mis du temps avant d’arriver à la conclusion que cette chanson unidimensionnelle vivait bien comme ça. »


Ouvre tes yeux Simon! 

« J’avais la mélodie en tête depuis longtemps, mais je ne trouvais pas le texte. C’est une compo qui est arrivée en dernier, trois jours avant la fin de notre dernière session. Elle a un petit côté autobiographique : j’ai cette habitude de fermer les yeux lorsque je chante, c’est quelque chose qu’on m’a reproché souvent. Je trouvais ça drôle de le mettre en mots, d’en faire une toune qui devient une espèce de chant d’église gospel en même temps qu’une épiphanie. Parce que lorsque j’ouvre les yeux et je vois tout ce monde devant moi, c’est une révélation. »


Commotion (sur le ponton)

« On a d’abord composé cette chanson-là pour le spectacle de Martin Matte, mais sur le disque, elle a pris vie d’une autre manière. On l’a emmenée ailleurs, le refrain a changé et, au fil de l’écriture, c’est devenu une histoire de commotions multiples. »


Bactérie #1

« C’est un hymne d’encouragement, une autre idée que j’avais depuis longtemps. J’avais envie de faire une chanson d’empowerment, mais envers quelque chose qui est vraiment néfaste pour l’humanité. Ça apporte un drôle de sentiment, des émotions mixtes. Je me dis qu’au fond, c’est peut-être comme ça qu’un poulet se sent lorsqu’il écoute une chanson d’encouragement pour les humains. » 


Automobile

« C’est l’histoire d’un gars qui s’est fait voler son auto par quelqu’un qu’il aimait. On a couché le tout sur une musique qui se moule parfaitement au thème. La toune parle d’automobile, la mélodie roule à grande vitesse. Ça donne une chanson rock’n roll vraiment simple, mais très satisfaisante pour nous. »


Albino trois-quarts

« Ça raconte le malaise de quelqu’un qui est albinos, mais seulement jusqu’aux genoux. Parce qu’il est albinos trois-quarts, il a peur de se faire juger, il a peur de révéler sa différence aux autres. Ça se passe dans un parc de manèges, parce que le lieu illustre bien comment le personnage se sent, alors qu’il tourne en rond pour ne pas se dévoiler. » 


Cernes noirs 

« Mine de rien, c’est une chanson romantique, celle-là. C’est quelqu’un qui dit : je suis tellement fatigué qu’il y a de la place pour toi dans mes cernes. On a marié deux tempos drastiquement différents pour créer cet effet de fatigue, cette idée d’excitation dans la lenteur. Il y a ce rythme fou, dans les couplets, avec les bongos en arrière-plan sonore qui évoquent les heures d’insomnie, quand tu souhaiterais dormir, mais que ton cerveau n’arrête pas. Et puis on enchaîne avec un refrain libérateur. »