Jordan Officer poursuit la tournée de son album Three Rivers, lequel il a valu le Félix de l’album jazz de l’année l’automne dernier.

Les routes inusitées de Jordan Officer

Écouter la musique de Jordan Officer peut être une expérience à la fois stimulante et déroutante. Possédant un talent indéniable, le guitariste aime entraîner son public sur des chemins peu fréquentés où les repères musicaux s’embrouillent parfois. Mais, bien qu’il s’avance sur des routes n’apparaissant sur aucune carte, l’auteur-compositeur-interprète ne semble jamais s’égarer. Comme si une boussole musicale le guidait.

Le nom de Jordan Officer demeure quelque peu méconnu au Québec. Sans doute normal, compte tenu de la démarche à la fois atypique et passionnément authentique de l’artiste. N’empêche, son talent a maintes fois été salué et son nom apparaît d’ailleurs dans le livre intitulé The Great Jazz Guitarists — The Ultimate Guide’s, écrit par Scott Yanow.

« Personnellement, j’ai de la misère à dire que je suis un guitariste jazz, reconnaît aisément l’artiste. Mais le fait de me retrouver dans un guide de ce genre, publié en plus par la maison Hal Leonard, est certainement quelque chose de bien. »

Malgré qu’il ne se perçoive pas nécessairement comme un musicien de jazz, Jordan Officer a travaillé durant 12 ans avec Susie Arioli, une des têtes d’affiche de ce style musical au Québec. Ils ont formé ensemble le Susie Arioli Band featuring Jordan Officer, lequel a écoulé quelque 250 000 albums au fil des années.

Jordan Officer a entrepris sa carrière solo en 2010 quand il a lancé un album éponyme. Son premier disque n’est pas passé inaperçu et lui a permis de mettre la main sur le Félix de l’album jazz de l’année quelques mois après sa sortie. Il a remis la main sur le même prix l’automne dernier, grâce à son cinquième album Three Rivers, lancé un peu plus tôt en 2018.

La parenté des sons

Difficile de catégoriser Three Rivers, puisque l’artiste se permet d’emprunter des sonorités et des rythmes à plusieurs styles musicaux. La dominante est cependant d’influence résolument blues.

« J’ai toujours aimé le gospel et j’ai incorporé ce style musical à des pièces de Three Rivers. C’est la première fois que je fais ça. Dans les dernières années, j’ai beaucoup connecté avec ce style et une sorte de steel guitar utilisée dans certaines églises », explique-t-il.

Du même souffle, Jordan Officer précise avoir développé des liens avec les Campbell Brothers, un groupe de musiciens afro-américains qui interprète justement de la musique gospel. « Ils ont été une grande influence pour moi », déclare-t-il, tout en mentionnant être déjà monté sur scène avec eux lors du Festival de jazz de Montréal.

L’artiste ne le cache pas, il est un brin gourmand lorsqu’il compose. « J’aime puiser dans plein de styles. J’ai toujours été fasciné par tous les courants qui sont nés, au fil du temps, en Amérique du Nord. Souvent, on compartimente la musique, mais, dans le fond, tous les sons existants, dans notre partie du monde, sont parents d’une certaine façon. »

Une tournée

Présentement, Jordan Officer est en tournée avec ses deux fidèles collaborateurs, le bassiste Sage Reynolds ainsi que le batteur Alain Bergé. « Ça se passe bien avec mon album Three Rivers et la tournée. On a fait beaucoup de dates et de belles salles, au Québec, dans les derniers mois », note-t-il, en ajoutant que la France et les États-Unis devraient eux aussi lui ouvrir les bras prochainement.


«  Souvent, on compartimente la musique, mais, dans le fond, tous les sons existants, dans notre partie du monde, sont parents d’une certaine façon.  »
Jordan Officer

Jordan Officer se considère visiblement comme chanceux d’avoir du succès et il se montre très reconnaissant envers son public. « Ça me touche énormément de voir une salle remplie de gens qui ont pris le temps de se déplacer pour venir à un de mes spectacles. »

Sur scène, l’auteur-compositeur-interprète essaie d’offrir « un bon show » et s’efforce notamment de donner libre cours à ses instincts virtuoses.

« Entre les histoires que je raconte sur scène, j’essaie de faire mon showman. Un de mes objectifs avec les deux musiciens qui m’accompagnent, c’est d’amener les gens à bien ressentir les extrêmes dans la musique », confie-t-il.

Jordan Officer se montre tout à fait optimiste lorsqu’on le questionne au sujet du modèle qui prévaut dans le monde de la musique ces années-ci, et ce, malgré les problèmes soulevés par de nombreux artistes partout en Occident.

« Tout le monde s’ajuste en ce moment. Il ne faut pas trop vouloir revenir en arrière. C’est le temps de réinventer le monde de la musique, qui fait encore beaucoup d’argent. Ça ne pourra pas rester comme aujourd’hui et j’ai hâte de voir ce que le prochain modèle sera. Le mieux, c’est d’être excité par ce qui se passe plutôt que le contraire », déclare-t-il.

Vous voulez y aller?

Three Rivers
Jordan Officer
Samedi 23 mars, 20 h 30
Vieux Clocher de Magog
Entrée : 36,50 $