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Les rois de l’impro
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Sophie Cadieux dompte les déséquilibres [VIDÉO]

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Sophie Cadieux dompte les déséquilibres [VIDÉO]

Steve Bergeron
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La Tribune
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Déjà qu’en temps normal, la comédie Rue King équivaut, pour emprunter les mots de Sophie Cadieux, à se retrouver « dans une machine à laver, à se faire bousculer par tout ce qui se passe ». Au moins, lors du tournage de la première saison en février 2020, l’équipe de comédiens, qui doit improviser ses dialogues, pouvait s’appuyer sur les réactions d’un public en studio, élément de motivation non négligeable quand on est en constant déséquilibre.

Mais pour la deuxième saison, enregistrée l’automne dernier et diffusée à partir du 12 janvier à TVA, les consignes de distanciation étaient en pleine vigueur. Donc pas de spectateurs, des contacts physiques presque éliminés entre les interprètes, l’interdiction de partager des accessoires et l’obligation, pour les acteurs invités, de quitter les lieux aussitôt leur participation terminée.

« En revanche, toute l’équipe de concepteurs et du Groupe Entourage a travaillé très fort pour installer des conditions favorables à la folie, précise Sophie Cadieux. Par exemple, les figurants engagés nous regardaient comme s’ils étaient l’assistance. Tous les autres membres de l’équipe technique, dès qu’ils avaient un moment de libre, s’assoyaient dans la salle et réagissaient en riant ou en applaudissant. On nous avait aussi créé un public Zoom. On ne les entendait pas durant le tournage, mais on savait qu’ils étaient des dizaines à nous regarder et on allait jaser avec eux entre chaque prise. Certains se lançaient même des défis. Par exemple, on revenait discuter avec eux après une scène et ils s’étaient déguisés dans l’intervalle! »

« Et évidemment, ajoute-t-elle comme si cela allait de soi, dès qu’on a reçu les perches de deux mètres, Pierre-Luc et Mehdi se sont mis à faire des niaiseries avec elles! En résumé, le plaisir est revenu très rapidement, même si c’était plus exigeant. »

Certains acteurs, qui ne participaient pas à d’autres tournages au même moment, ont aussi eu droit à des scènes plus rapprochées. « Sylvie Moreau et Stéphane Crête ont pu ainsi se tenir la main. »

Se rappeler son nom

Pour ceux et celles qui n’ont encore jamais regardé l’émission, Rue King est l’adaptation d’un concept allemand, Schiller Street. Munis d’une oreillette, les acteurs doivent entièrement improviser leur texte, sans possibilité de reprise, tout en suivant les directives d’un maître de jeu (Stéphane Bellavance), lequel leur dicte ce qu’ils doivent faire. Et le capitaine se fait souvent un malin plaisir à compliquer la tâche de ses comédiens ou à leur préparer des surprises, par exemple l’apparition imprévue d’acteurs invités. Même si l’action se déroule à Sherbrooke, le tournage se fait entièrement en studio à Montréal.

Pour la deuxième saison, outre les acteurs principaux (Sophie Cadieux, Marie-Ève Morency, Pierre-Luc Funk, Mehdi Bousaidan, Stéphane Crête et Sylvie Moreau), on annonce des apparitions de Guylaine Tremblay, Laurent Paquin, Réal Bossé, Anaïs Favron, Claude Legault, Rachid Badouri, Édith Cochrane, Denis Lévesque, Sonia Vachon et Virginie Fortin. Certains personnages épisodiques de la première saison, interprétés par Marie-Soleil Dion et Léane Labrèche-Dor, seront également de retour.

Fait notable, la saison 2 a été tournée en cinq jours seulement, à raison de trois épisodes par jour. « On commençait à 11 h et on finissait à 23 h. Disons que, à 23 h 20, quand on se démaquillait, plus personne ne savait comment il s’appelait, illustre Sophie Cadieux en riant. Tu te couches à minuit, tu te relèves et tu retournes faire douze heures d’impro! Ça ressemblait au jour de la marmotte! »

Stéphane Bellavance sera encore le maître du jeu dans la deuxième saison.

Immersion sherbrookoise

Sophie Cadieux tient quand même à souligner que les scénaristes de l’émission (Justine Philie, Alex Veilleux et Vincent Bolduc) n’ont pas la tâche facile eux non plus. « Ils sont toujours derrière nous pour nous guider, mais si, dans l’improvisation de la scène, il y a une dispute qui éclate, qu’un personnage s’en va et que ce n’était pas prévu, ils doivent trouver un moyen pour qu’il soit de retour, par exemple ajouter une nouvelle scène où deux autres personnages essaient de le faire revenir. Eux aussi doivent donc improviser pour que le canevas de départ se tienne à la fin. Il y a quand même des boucles à fermer avec les intrigues. »

Étant donné qu’aucune scène n’est tournée à Sherbrooke, Sophie Cadieux a fait ses devoirs et s’est préalablement informée sur la ville afin de pouvoir glisser des anecdotes factuelles rendant la situation plus crédible.

« Je suis même devenue un running gag dans l’équipe : avant chaque début de tournage, j’essayais de donner un petit fait saillant aux autres, comme le nom d’un bar, d’un boulevard ou d’un parc. Par exemple : "OK gang, le pont des Grandes-Fourches!" Mais c’est quand même une ville que plusieurs d’entre nous visitent quelques fois par année. C’est là aussi qu’habite le chum de Sylvie Moreau, donc elle connaît très bien la ville elle aussi. »

Apparition dans <em>rue King</em> : Le maire de Sherbrooke enchanté

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Apparition dans rue King : Le maire de Sherbrooke enchanté

Steve Bergeron
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On le sait : à part le générique d’ouverture, les transitions, quelques accessoires (par exemple les chandails aux couleurs de l’Université de Sherbrooke) et les références que peuvent glisser les acteurs dans leurs dialogues improvisés, la comédie Rue King n’a jamais été tournée à Sherbrooke. Ce qui n’empêche pas les concepteurs de vouloir pousser plus loin le réalisme. Pour la saison 2, ils ont donc invité... nul autre que le maire Steve Lussier.

« Je connaissais déjà l’émission, puisque je l’avais regardée lorsqu’elle avait été offerte sur le club Illico [au printemps 2020]. Je trouvais que c’était un beau clin d’œil à la ville de Sherbrooke. Quand je suis dans mon bureau, j’ai parfois même l’impression que le café que je vois par la fenêtre est celui de l’émission! » raconte le maire en pouffant de rire.

« J’avais demandé au Groupe Entourage s’il serait possible d’obtenir un extrait de Rue King pour faire la promotion de la comédie sur nos réseaux sociaux, poursuit-il. J’étais donc vraiment heureux lorsque j’ai été appelé pour une apparition. J’ai accepté immédiatement. Évidemment, c’était presque de la figuration, mais on m’avait quand même mis un micro au cas où j’interagirais, parce que c’est improvisé. J’ai eu à le faire un peu, mais au départ, on m’avait simplement demandé de m’asseoir dans le café. Je ne savais pas ce qui allait se passer. » 

Steve Lussier a été non seulement impressionné par le professionnalisme de l’équipe de tournage, mais aussi touché par son amabilité, en dépit des règles de distanciation physique.

« Ce que j’ai vécu est vraiment merveilleux! C’est une équipe extraordinaire! On m’avait réservé tout un accueil, ce qui m’a rendu très à l’aise. Les comédiens sont des improvisateurs d’expérience et j’ai pu constater, à la façon dont elle m’en parlait, que Sophie Cadieux avait très bien étudié Sherbrooke. Je félicite aussi tout le monde pour le respect très strict des règles de distanciation. »

Les comédiennes Sophie Cadieux et Marie-Ève Morency lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles sont véritablement en présence du maire de Sherbrooke Steve Lussier.
Les comédiennes Sophie Cadieux et Marie-Ève Morency lorsqu’elles s’aperçoivent qu’elles sont véritablement en présence du maire de Sherbrooke Steve Lussier.

Surprise 

Fait important : la distribution n’avait pas été informée de la présence du maire de Sherbrooke dans une des scènes. « Je pense que Sophie Cadieux m’a reconnu, mais pour Marie-Ève Morency, ce fut toute une surprise! » raconte Steve Lussier. 

Sophie Cadieux confirme que les comédiens n’avaient pas été mis au courant que le véritable premier citoyen de Sherbrooke était en studio.

« C’était incroyable! J’avais remarqué ce figurant que je trouvais tellement bien habillé. Puis je me suis dit : "C’est drôle, on dirait que c’est sa photo sur le journal qu’il est en train de lire..." »

Steve Lussier avait en effet apporté un exemplaire de La Tribune pour rendre son apparition plus crédible. On ne verra pas toutefois le logo du quotidien dans le montage final, étant donné les règles à respecter quant aux marques de commerce à l’écran.

« Son visage me disait quelque chose, poursuit Sophie Cadieux, mais je n’étais pas certaine. Jusqu’à ce que j’entende Stéphane Bellavance dans l’oreillette : "Vous pouvez poser la question à l’homme derrière vous!" C’était une très belle surprise et ça a vraiment été difficile de ne pas rire! Et il s’est très bien prêté au jeu. »

Steve Lussier a invité l’équipe à visiter Sherbrooke lorsque les circonstances le permettront. 

À moins d’un imprévu, l’épisode où apparaîtra le maire Lussier sera diffusé le 23 février prochain. 

<em>Bête noire</em> : Autopsie d’un acte irréparable [VIDÉO]

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Bête noire : Autopsie d’un acte irréparable [VIDÉO]

Steve Bergeron
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Fidèle à sa démarche artistique de constamment rechercher des rôles différents des précédents, Sophie Cadieux a enfilé l’automne dernier la peau d’une psychiatre-coroner qui enquête sur les causes d’une tuerie dans une école. Réalisée par Sophie Deraspe et diffusée sur Séries Plus à partir du 31 mars prochain, Bête noire a notamment plu à l’actrice parce que le scénario va beaucoup plus loin que de simplement trouver un coupable.

« C’est à 100 pour cent opposé à Rue King. Le sujet est extrêmement délicat : un adolescent qui commet un acte irréparable, et sa famille qui doit vivre avec ce geste-là. L’histoire montre toute la fragilité de l’écosystème d’une tragédie de ce genre. Ce qui m’a le plus interpellée, c’est que tous les points de vue sont présentés. Il n’y a rien de machiavélique, aucune diabolisation du geste et, surtout, aucune réponse. C’est là toute l’intelligence des scénaristes [Patrick Lowe et Annabelle Poisson] et de la réalisatrice : s’organiser pour qu’on éprouve de l’empathie envers tout le monde, autant les personnages qui sont dans une colère incroyable que ceux qui sont tétanisés. On comprend que les mécanismes de défense de chacun sont valables. »

Alors que les réflexes des médias et du grand public sont souvent d’essayer de trouver l’individu ou la chose qui a poussé le tueur à poser son geste, Bête noire empruntera plutôt, sur six épisodes, le sentier plus réaliste de la motivation multifactorielle, ce qui rappelle pourquoi la prévention de tels crimes est généralement difficile, note Sophie Cadieux.

« Mon personnage doit donc expliquer tout ça, alors qu’il est associé à un enquêteur plus corrosif et vieux jeu, qui, lui, veut trouver un coupable et le faire payer. On se rend compte toutefois que la quête n’est pas la réparation, mais le chemin qui semble y mener. »

« Une chose est sûre : il n’y a pas une seule raison, renchérit-elle. Mais la tendance est souvent de vouloir simplifier (il venait de se faire laisser, il était victime d’intimidation...). Ce genre de geste est plutôt la somme de plusieurs choses : des traits de caractère de la personne ou de son entourage, des failles dans les relations avec les membres de sa famille ou ses amis, les jeux vidéos, etc. Bref, une constellation de facteurs qui n’attend qu’une étincelle. »

Le réalisatrice Sophie Deraspe

Une série dense

Isabelle Blais assume l’autre rôle principal, celui de la mère du tueur, entourée de Stéphane Gagnon, Martin Dubreuil, Zakary Auclair, Lévi Doré, Marine Johnson, Nahéma Ricci et Audrey Roger.

« C’est une série extrêmement dense, mais Sophie Deraspe, comme elle l’a fait avec son film Antigone, apporte beaucoup d’humanité. C’est ça qui sera touchant : devant l’horreur, la réponse est impossible. Il faut plutôt trouver ensemble une façon de faire quelque chose avec ce qui est arrivé pour que ça ne se reproduise plus. Sophie [Deraspe] a aussi choisi d’en faire une série visuellement très belle et de ne rien montrer [de macabre], pour rester dans le drame psychologique et pousser le spectateur à se positionner dans tout ça. Parce qu’on peut avoir des jugements très rapides avec ce genre de faits divers. »  

Marine Johnson, Isabelle Blais et Stéphane Gagnon incarnent une famille dévastée.

Être prête au théâtre

Sophie Cadieux devait avoir un hiver et un printemps principalement dévolus au théâtre. Même si tout semble tombé à l’eau pour l’instant, il faut savoir que les répétitions ont quand même lieu, comme si le calendrier était respecté (du moins, c’est ce qui était prévu avant l’annonce du reconfinement du 6 janvier). La comédienne travaille donc en ce moment sur la mise en scène de Nassara, une pièce signée Carole Fréchette et dont le rôle principal est tenu par Marie-Thérèse Fortin. La première devait avoir lieu le 26 janvier au Théâtre d’Aujourd’hui. Lors de l’entrevue, l’équipe était déjà quasi certaine de ne pouvoir jouer à cette date.

« Mais contrairement au printemps dernier, les théâtres vont de l’avant avec tout le processus de création et de répétition. Donc les artistes peuvent continuer à travailler. Le spectacle sera terminé à la fin de janvier, et s’il ne réussit pas à rencontrer son public, disons en février, on le met dans l’entrepôt, mais il sera prêt à être présenté dès que les scènes seront de nouveau accessibles (si, évidemment, l’agenda des interprètes le leur permet à ce moment-là). C’est même un spectacle distancié, déjà adapté à une petite jauge (deux actrices et un acteur préenregistré). »

Nassara, un mot qui veut dire « le Blanc, la Blanche » au Burkina Faso, est coproduit par le Théâtre des Récréâtrales de Ouagadougou. Il s’inspire du séjour de l’auteure dans ce pays d’Afrique occidentale et raconte l’histoire de Marie-Odile, une Montréalaise participant à un colloque international sur l’agriculture urbaine. Bouleversée intérieurement par un incident étrange survenu la veille qui a réveillé en elle des douleurs enfouies, elle bascule lorsque, son tour de parole venu, la porte de la salle s’ouvre brusquement.