Les retrouvailles à l'os de Seba et Horg

Leur premier album ensemble, Seba et Horg ont failli le faire... en 1995, et pas en 2018. Cette année-là, Éric Brousseau et Félix-Antoine Leroux fréquentaient le Cégep du Vieux-Montréal, le premier présentant son émission de radio étudiante juste avant celle du second.

« Quand je repartais avec mes CD, lui arrivait avec ses vinyles et son stock hip-hop, raconte Seba. Ça m’a impressionné et je me suis mis à lui poser des questions. Le film La haine, qui a changé ma vie [la bande sonore était constituée de rap en français], est sorti cette année-là. Quand je lui en ai parlé, il l’avait déjà vu cinq fois! À l’époque, il commençait à faire du beat et du scratch et était déjà graffiteur, sous le nom de Horg. Je me suis mis au graffiti comme lui et c’est là que j’ai trouvé mon pseudo, Seba. »

« On était vraiment de grands amis, tout le temps ensemble », poursuit Félix-Antoine Leroux, qui, lui, était en train d’amorcer son virage de jeune acteur (le petit garçon dans La grenouille et la baleine, Bérubé dans Watatatow, c’était lui) vers la musique.

« Depuis l’âge de 8 ans que je jouais à la télé. À 16 ans, j’avais déjà passé la moitié de ma vie là-dedans. J’ai décidé de tirer sur la plug. Je me suis aperçu que ma véritable passion, c’était la musique. J’aimais le jeu, mais ça devenait trop difficile de tout faire ça à travers mes études. »

Les deux amis se sont toutefois perdus de vue l’année suivante. « J’étais tanné de faire du graffiti et d’être un peu dans la rue, explique Seba. J’ai commencé à travailler, je me suis fait une blonde. J’ai fini par changer de trip. »

Tous deux mèneront cependant des carrières parallèles, Seba lançant son groupe Gatineau (Félix du meilleur album hip-hop en 2008), puis Cargo Culte avec Alex McMahon et Jean-François Lemieux. DJ Horg, pour sa part, s’est surtout démarqué aux côtés de Samian. Il comptabilise plusieurs réalisations en 22 ans de carrière, dont la reprise du Beat à Tibi d’Anodajay et Raoul Duguay. Il est un des rares dans le milieu à gagner sa vie avec le hip-hop.

Croisés sur le coin

Leurs routes se sont finalement recroisées lorsque Horg a invité Seba à son émission Sur le corner, diffusée sur Facebook, YouTube et plusieurs autres plateformes. « Je lui ai dit que j’avais commencé à travailler un album solo, raconte Seba. Il m’a tout de suite offert de faire des scratchs et des beats sur mon disque. Pour moi, c’était un honneur. J’ai énormément de respect pour le chemin qu’il a parcouru et ce qu’il a réalisé. On a fini par se rendre compte qu’on voulait travailler quelque chose en commun, qu’on avait la même vision. Mon album solo est devenu celui de Seba et Horg. »

C’est également la première entreprise musicale dans laquelle Horg est autant à l’avant-scène. « J’ai eu une passe où j’ai écrit mes propres tounes, où j’étais rappeur moi-même, mais le projet n’a jamais abouti. Pendant 20 ans, je me suis tenu volontairement en arrière, après avoir été très exposé à la télé. Je peux très bien vivre sans être reconnu dans la rue, mais là, j’avais envie que mon travail sorte un peu de l’ombre. Et pour ça, inévitablement, il faut que les gens sachent qui tu es. »

Tant pour Seba que pour Horg, il s’agit d’une première expérience d’écriture à deux têtes. La plupart du temps, Seba arrivait avec les idées et l’essentiel des paroles, Horg le relançait sur ce qui pourrait être bonifié. « Mais pour Rivière-du-loop, on était à son chalet et chacun écrivait une ligne à tour de rôle », se souvient Séba.

Décision a également été prise que Seba soit l’interprète principal et que Dj Horg participe au chant mais se charge surtout de la musique.

« Avec Horg, je voulais aussi travailler mon flow. Je savais qu’avec lui, ce serait impeccable. »

Vintage millionnaire

Cette collaboration semble porter ses fruits, si l’on se fie à la forte réaction au premier extrait Vintage à l’os. Le clip a dépassé le million de visionnements sur Facebook. L’album Grosso-modo paraissait vendredi.

Pour Seba, il était très important de parler du quotidien des gens ordinaires, qu’il s’agisse de l’attrait du Dollarama (Magasin à une piasse), des chicanes entre voisins (Ma voisine d’en bas), des aléas des autobus de ville (45 Papineau) ou du difficile métier de messager à vélo (Han han). Même la cabane à sucre (Tamdilidididam) et les cantines à patates frites (Rivière-du-loop) ont droit à leur hymne rappé.

« Il y a certains rappeurs qui s’adressent les uns aux autres. Nous, on a écrit notre disque pour mon frère, mon cousin, pour Sylvie, la coiffeuse à Rouyn, et Kevin, le garagiste à Sorel. J’ai beaucoup de respect pour les gens qui œuvrent avec leurs mains, qui font un travail extraordinaire mais qui n’est pas reconnu, à l’image de la musique de Kaïn et 2Frères. J’essaie aussi d’aborder des sujets qui ne l’ont jamais été par le hip-hop. À ma connaissance, aucun rappeur n’a écrit sur le fait qu’il perd ses cheveux (Un rappeur chauve). Même chose pour Vintage à l’os : le Québec des années 70 et 80 n’a jamais été rappé... parce que le rap n’existait pas. C’est une chanson pour rendre fiers les gens qui ont vécu cette époque. »

Horg a demandé la permission à Rock et Belles Oreilles pour reprendre deux échantillons de leur premier album (Dans l’bon vieux temps ça s’passait d’même, que l’on entend dans Vintage à l’os, et le légendaire Je crois rêver de Madame Brossard, inséré dans Tamdilidididam).

« The disque, ç’a été ma première cassette, quand j’avais douze ans, raconte Horg. On savait que les samples seraient remarqués, alors on leur a demandé, et ils ont accepté très vite. C’est dire qu’ils l’ont écouté et qu’ils ont aimé ça. Ça donne un boost! »

Seba et Horg
Grosso-Modo
Hip-hop Franco
L-A BE