La projection du Chantier des possibles d'Ève Lamont dimanche sera suivie d'une discussion sur le film et le projet Well inc., avec entre autres invités Philippe Cadieux, chargé de projet pour Well inc., et Christian Bibeau, directeur de la Corporation du développement communautaire de Sherbrooke.

Les possibles d'Ève Lamont

Savoir, c'est déjà se donner un peu plus de pouvoir. Le pouvoir de modifier notre façon de voir les choses, et pourquoi pas, de carrément les changer au besoin. C'est un peu ainsi que la documentariste Ève Lamont porte sa caméra à l'épaule et son regard sur le Québec depuis une trentaine d'années maintenant, entre l'ombre et la lumière.
« Mais rien n'est complètement sombre, il y a de la lumière partout », précise celle qui a maintes fois donné la parole aux femmes, aux exclus, aux militants, et qui a exploré large avec des films comme Pas de pays sans paysans, abordant notre agriculture, ou encore L'imposture et Le commerce du sexe, qui s'ajoutent à son immersion dans le monde de l'hypersexualisation, de la prostitution et de l'exploitation de la femme.
« Même dans ces films tournés dans des milieux assez durs, il y a une part de lumière, ne serait-ce que par les rencontres avec des intervenants ou même des policiers qui tentent d'aider les femmes dans le milieu du sexe. Au-delà du sujet, il y a les rencontres », fait remarquer Ève Lamont.
La réalisatrice apprécie tout autant les rencontres autour de ses films, les discussions qu'ils suscitent, leur capacité à s'immiscer dans les enjeux locaux et à provoquer les remises en question du monde dans lequel nous vivons. Et il n'en sera certes pas autrement au Festival Cinéma du monde où on présentera, au Tremplin, son dernier film en liste, Le chantier des possibles, avant de lancer une discussion sur le projet Well inc. qui fait jaser les Sherbrookois.
Tourné sur une période de dix ans dans le quartier montréalais de Pointe-Saint-Charles, le documentaire embrasse l'engagement, légendaire depuis des décennies, des résidents de l'un des plus vieux et des plus industrialisés secteurs de la métropole, lequel s'est retrouvé fragilisé par les nombreuses fermetures d'usines des années 1970.
ADN de militants
Au coeur des combats du Chantier des possibles, celui de l'embourgeoisement qui a pris d'assaut Pointe-Saint-Charles et provoqué en 15 ans un bond de 474 pour cent de la valeur immobilière dans le secteur, pendant qu'elle grimpait de 178 pour cent sur l'ensemble de l'île de Montréal pour la même période.
« C'était une pression spéculative et financière beaucoup plus frontale pour les citoyens du quartier qui n'avaient pas d'autre arme que la mobilisation, rappelle la documentariste. Ils n'en voulaient pas aux acheteurs, mais ils s'en prenaient à la planification urbaine qui exclut les gens de leur milieu de vie. Ils l'ont fait pas juste en contestant, mais en arrivant avec des solutions positives. »
« Ce n'est pas mon quartier, mais je l'ai découvert il y a 25 ans dans une de leurs nombreuses mobilisations citoyennes, raconte Ève Lamont. J'avais été impressionnée par la prise en main des citoyens qui, dans les années 1970, avait mené à la mise en place du centre de santé et de services communautaires du quartier (N.D.L.R. dont on s'est inspiré ensuite pour les CLSC). J'avais aussi suivi la lutte contre le déménagement du casino dans le secteur. Mais il y a dix ans, j'ai été allumée par le constant renouvellement du quartier et par la capacité des résidents à s'organiser pour aborder la question du développement urbain de façon constructive. »
Longues luttes
Car il y a bien dans Le chantier des possibles la crainte et la dénonciation de l'embourgeoisement soulevées par l'achat de terrains et de bâtiments par des promoteurs, mais il y a beaucoup, aussi, la mise en place de projets, de discussions et d'initiatives afin de sauvegarder le tissu social et la participation active des citoyens en marge de ces projets.
On suivra ainsi parallèlement les efforts d'un groupe désirant récupérer un bâtiment du CN pour en faire un centre communautaire, artistique et entrepreneurial multifonctionnel, et d'un autre groupe réclamant avec succès la construction de logements sociaux pour aînés. Les luttes sont longues, parsemées non seulement de négociations parfois ardues, mais aussi de délais administratifs rappelant la maison qui rend fou des Douze travaux d'Astérix.
Lorsqu'Ève Lamont a conclu son film en 2016, la gang du bâtiment 7 avait en mains les clés du futur centre communautaire; ils devraient en obtenir les titres officiels dans les prochaines semaines seulement.
« Ils n'ont jamais lâché, et c'est un peu ce que je voulais montrer, note Lamont. À Pointe-Saint-Charles, on dirait que c'est dans leur ADN, mais dans tous les quartiers, dans toutes les villes, il y a des citoyens comme ça qui se regroupent pour influencer les décisions et bâtir des villes et des quartiers à leur image, dans des dimensions humaines qui tiennent compte des besoins réels dans tous les aspects. »
Vous voulez y aller?
Le chantier des possibles
Dimanche 9 avril, 13 h
Salle Le Tremplin