Si le MNS2 demeure fermé jusqu’au moins de juin, il aura perdu 20 % de ses revenus autonomes pour l’année 2020. Si ses portent ne se réouvrent qu’au début septembre, ce seront 35 % des revenus qui se seront envolés.
Si le MNS2 demeure fermé jusqu’au moins de juin, il aura perdu 20 % de ses revenus autonomes pour l’année 2020. Si ses portent ne se réouvrent qu’au début septembre, ce seront 35 % des revenus qui se seront envolés.

Les OBNL culturels en mode solution malgré l’inconnu

Le printemps est une importante période pour bien des organismes à but non lucratif culturels. La Tribune s’est entretenue avec quelques-uns d’entre eux pour savoir comment ils s’en tirent avec la pandémie actuelle, qui leur impose un long temps d’arrêt.

« Il y a eu un avant, et il y aura un après », rationalise Michelle Bélanger, directrice générale et conservatrice du Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke (MNS2). Pour tous les organismes culturels de la ville, les mesures extraordinaires entraînent d’inquiétantes pertes de revenus, mais malgré l’incertitude, tous s’affairent déjà à trouver le moyen le plus rapide, viable et sécuritaire de ramener l’offre culturelle à Sherbrooke.

Mercredi, le premier ministre François Legault a demandé aux Québécois de se préparer mentalement à conserver la distance de deux mètres pendant encore « des mois ». Bien qu’importante, la nouvelle n’a pas tellement surpris Mme Bélanger qui, à l’instar du gouvernement, a envisagé différents scénarios de retour à « la normale ».

Si le MNS2 demeure fermé jusqu’au mois de juin, il aura perdu 20 % de ses revenus autonomes pour l’année 2020. S’il ne rouvre ses portes qu’au début septembre, ce seront 35 % des revenus qui se seront envolés. Des visites scolaires étaient prévues chaque jour jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Douze employés du MNS2 ont vu leur emploi suspendu temporairement lors de la fermeture du musée, le 15 mars dernier. Le 3 avril, ce sont 13 employés supplémentaires qui ont dû être mis à pied pour une durée indéterminée malgré leur capacité à télétravailler, abaissant ainsi le nombre de personnes en fonction à quatre.

En tant que présidente de la Société des musées du Québec (SMQ), Mme Bélanger s’est entretenue avec le ministère de la Culture et des Communications le 2 avril dernier afin de discuter de l’aide dont auront besoin les établissements comme le sien.

« Ma principale préoccupation est vraiment que nous puissions conserver des liquidités et que nous soyons en bonne santé financière pour la relance », avance-t-elle.

« L’une des pistes principales qui leur ont été données consiste à débloquer des sommes pour nous permettre de faire des activités en ligne. Si nous pouvons trouver ces fonds-là, c’est certain que nous allons rappeler des employés au travail. Nous allons trouver des façons de pouvoir rouvrir quand ce sera permis. Peut-être que nous devrons modifier nos heures d’ouverture, limiter le nombre de personnes à l’intérieur ou diviser l’horaire par types de clientèle, par exemple. Ce qui m’inquiète aussi, c’est de perdre mes employés, qui sont d’une expertise incroyable. »

L’annulation des visites scolaires, la perte de revenus liés aux droits d’accès et l’annulation de l’événement-bénéfice annuel Encan au Musée laissent présager un grand vide dans le budget du Musée des Beaux-Arts de Sherbrooke.

Des mesures attendues 

Bien que la subvention salariale du gouvernement Trudeau permettant le remboursement de 75 % du salaire des employés englobe désormais les organismes à but non lucratif, de nombreuses questions demeurent encore pour Maude Charland-Lallier, directrice générale du Musée des beaux-arts de Sherbrooke. 

Les balises exactes concernant les OBNL, qu'elle attendait impatiemment, ont finalement été dévoilées sur le site du gouvernement jeudi. Le Musée devra se pencher sur celles-ci dans les prochains jours pour déterminer s'il est éligible, précise-t-elle.

L’annulation des visites scolaires, la perte de revenus liés aux droits d’accès et l’annulation de l’événement-bénéfice annuel Encan au Musée laissent présager un grand vide dans le budget de l’institution, mais le milieu culturel est plus que jamais mobilisé, assure-t-elle.

« Nous espérons que des mesures compensatoires seront octroyées pour pallier ces pertes majeures, car il est difficile de compter en ce moment sur l’aide des entreprises et des donateurs qui sont lourdement touchés par la crise et qui en subiront les impacts à long terme. Nous nous assurons de maintenir un canal de communication avec les différentes instances gouvernementales pour connaître l’évolution des programmes, ainsi qu’avec le Conseil de la culture de l’Estrie, qui réalise un travail colossal en répertoriant à l’aide d’un sondage les impacts de la crise pour le milieu culturel, ce qui permettra de transmettre un portrait global au ministère et autres instances décisionnelles. »

« Nous devrons plus que jamais être créatifs, novateurs et travailler tous ensemble pour revoir collectivement nos modes de financement, car les besoins et les sollicitations seront multiples de la part de nombreux organismes », renchérit Mme Charland-Lallier. 

Angèle Séguin, directrice artistique du Théâtre des petites lanternes.

Lumière d’arrêt

« Nous avons freiné à 150 km/h, affirme la directrice artistique du Théâtre des petites lanternes, Angèle Séguin. Nous avons été sous le choc au début, c’est certain, et nous nous désolions puisque nous vivions pourtant une année exceptionnelle. Finalement, en discutant avec les collègues d’autres organismes, nous nous sommes rendu compte que tout le monde vivait une année exceptionnelle. »

Même si elle reconnaît qu’il y aura certainement des difficultés à surmonter dans le futur pour l’organisme derrière les projets participatifs Rivière de lumières, Quatre-Quarts et Monarques, Mme Séguin préfère tirer quelques leçons de la crise. « Nous prenons le temps de revenir des brumes en ce moment et c’est normal, mais ça ne donne rien d’être une victime. Nous allons réfléchir et voir si ça nous inpire pour faire les choses autrement, même si la situation était soudainement réglée demain matin. Notre travail est lié au public et à nos communautés, alors nous allons regarder comment nous pouvons conserver ce lien-là, comment nous pouvons développer des partenariats... En fait, accepter de ne pas savoir, c’est la base même de la création. Il faut toujours partir avec cette prémisse-là. »

Surtout, son équipe s’émerveille de voir le soutien que reçoit le TPL. « Autant la Ville de Sherbrooke que les conseils des arts et les artistes, tout le monde est là et nous donne de l’élan. On ne se sent vraiment pas abandonnés », se réjouit-elle.

La tranquilité règne ces jours-ci au Centre des arts de la scène Jean-Besré (CASJB), un bâtiment habituellement grouillant où évoluent notamment le Petit théatre de Sherbrooke et le Théâtre des petites lanternes. Néanmoins, ces organismes n’entendent pas cesser de tourner pour autant.

Sensibiliser

Lorsque la crise a éclaté, la première préoccupation du Petit théâtre de Sherbrooke a plutôt été de rapatrier deux de ses interprètes qui se trouvaient alors en France pour une tournée qui devait s’y tenir. Maintenant qu’ils sont bien rentrés, la directrice générale Priscille Gendron et son équipe allient patience et débrouillardise pour garder l’organisme bien actif, et espèrent revenir en force à l’automne, si la situation le permet. Des projets pour cet été, qui n’avaient pas encore été annoncés, auraient cependant toujours lieu à l’heure qu’il est.

« Ce qui m’inquiète, c’est qu’on revive une crainte des écoles à sortir, réfléchit Mme Gendron. Dans la dernière année, avec l’ajout des deux sorties scolaires par le gouvernement, il y avait vraiment un regain du spectacle jeune public. On espère que la situation pourra plutôt servir de tremplin pour continuer, et que l’art pourra être une sorte de baume. Qu’il amènera une autre façon de réfléchir à la crise. Il va falloir continuer de sensibiliser et de s’adresser aux enseignants. »

Non seulement la tournée en France a-t-elle été annulée, mais la compagnie de théâtre pour jeunes devait également amorcer une tournée québécoise en avril, en plus de participer au festival international Imaginate à Édimbourg, en Écosse, cet été. En tout, 58 représentations, une centaine d’ateliers et un important événement-bénéfice ont dû être abandonnés, ce qui représente pour le moment des pertes de revenus de 15 % pour l’année.

« Nous étions la seule compagnie canadienne à faire partie de la programmation d’Imaginate. C’était la première fois que nous explorions le Royaume-Uni, et nous espérions que ça nous aurait amenés à développer ce marché. Ce genre de participation aurait eu d’énormes répercussions, ce sont des pertes qui ne sont pas chiffrables. C’est sans compter tous ces artistes qui ne se produiront pas et tous ces enfants qui ne verront pas l’art », note celle qui a cependant été soulagée de voir la Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois s’ouvrir aux artistes et travailleurs autonomes.

À la salle du Parvis, l’annulation de nombreux événements récurrents jusqu’en juin occasionnera une perte de revenus s’élevant à 20 000 $.

Maillons affaiblis

Au Parvis, l’annulation de nombreux événements récurrents jusqu’en juin occasionnera une perte de revenus s’élevant à 20 000 $. Les événements ponctuels sont reportés autant que possible pour favoriser un sauvetage du centre culturel, qui devait fêter son 10e anniversaire d’existence en grand cet été.

« Ce sera remis à 2021, note la présidente du conseil d’administration du Parvis, Marie-Claude Plante. Nous voulions offrir une sculpture à la communauté et ouvrir nos portes au public pour être près des citoyens. Nous comptions sur la participation des entreprises et des commerces aux alentours pour réaliser nos événements, alors nous sommes très mal à l’aise d’aller les solliciter pour cette année. C’est difficile, parce que déjà, les organismes culturels comptent énormément sur la philanthropie. En ce moment, nous sommes un peu pris entre l’arbre et l’écorce. Nous comprenons la situation, mais si les entreprises arrêtent de soutenir la culture, ça deviendra encore plus problématique. Nous espérons que les gens d’affaires continueront d’être au rendez-vous et d’être à l’écoute des besoins du milieu culturel. »

D’autant plus que ce pourrait être toute la chaîne de la programmation culturelle qui soit abîmée lors du retour des événements. « Nous avons déjà plusieurs organismes qui se présentent chez nous avec peu de moyens, et nous essayons toujours de les accommoder. Là, avec autant de revenus perdus, nous ne pourront pas accommoder tout le temps. En plus, nous savons déjà qu’il y aura une saturation de l’offre au printemps prochain. »

Pour le moment, le Parvis n’exclut pas encore la tenue d’événements culturels extérieurs, qui font déjà partie de sa programmation durant les dernières semaines de l’été. « Ce seront probablement les premiers événements qui pourront revenir. Les gens seraient en mesure de venir profiter de l’événement en se tenant à bonne distance », explique Mme Plante.