Dorothée Berryman, Lisa Palmieri, Chantal Lamarre, Rosie-Anne Bérubé-Bernier et Caroline Lavigne incarnent des religieuses au caractère très typé dans la nouvelle mouture des Nonnes, présentée cet été au Théâtre La Marjolaine d’Eastman.

Les Nonnes : Chœur de bonnes sœurs

CRITIQUE / Au fil des décennies, l’adaptation de Nunsense, de Dan Goggin, a été présentée deux fois plutôt qu’une à la Marjolaine d’Eastman. Au final et en toute bonne foi, cette nouvelle mouture des Nonnes s’avère un divertissement estival très léger mais honnête.

La pièce ne fleure pas pour autant le réchauffé, entre autres parce que Luc Michaud et Marc St-Martin (lequel signe aussi la mise en scène) ont eu pour mandat de dépoussiérer le texte traduit par Serge Grenier en 1988. L’exercice en valait la peine, leurs coups de plume arrivent à insuffler un certain vent de fraîcheur au propos et la cure de jouvence dramaturgique est dans l’ensemble assez heureuse. Les nonnes 3.0 font d’habiles clins d’œil à des enjeux et des référents contemporains, comme la légalisation du cannabis, l’émission Les dieux de la danse, la fuite des infos personnelles des membres Desjardins, Lady Gaga et la marque Trois fois par jour.

Quoique souvent prévisibles, les nombreux jeux de mots arrachent rires et sourires à l’assemblée. Ce sont toutefois les performances de danse, variées et parfois surprenantes, qui suscitent les réactions les plus fortes au sein du public. Normal. Après tout, on ne voit pas si souvent des sœurs en soutane noire et collerette blanche se déhancher comme si elles avaient le diable au corps. Avec rythme et brio, qui plus est.

Trouver son rythme

Entre numéros musicaux, chorégraphies up-tempo et anecdotes de plateau, on se dit pourtant qu’il manque encore un peu de liant, d’étincelle et d’ajustement au théâtre musical qui nous plonge dans la communauté endeuillée des Petites Sœurs du Saint-Coeur de Jésus. C’est que la vilaine vichyssoise de sœur Carole a empoisonné la majorité de la congrégation. À court d’argent, la mère supérieure (excellente Dorothée Berryman) et les cinq religieuses sous sa gouverne orchestrent une soirée-bénéfice pour pouvoir enterrer dignement leurs consœurs qui ont trépassé lors du tragique souper.

À partir de cette prémisse, la table est mise pour tous les scénarios possibles — et les débordements qui vont avec!

Les six femmes de foi enchaînent un chapelet de numéros en tous genres où le ridicule s’invite plus souvent qu’à son tour et ne produit pas toujours le meilleur effet. La mise en scène est habile et bien pensée, mais le spectacle de variétés, tout en légèreté, dérive dans moult directions. Le fil conducteur entre chaque scène manque parfois de finesse. Heureusement, les interprètes, elles, ne manquent pas de talent ni de voix.

Rapidement, on saisit le caractère très typé de chacune des religieuses. Sœur Jacques-Henri (admirablement interprétée par Caroline Lavigne) aspire à davantage d’autorité. Sœur Amnesia (toujours drôle Chantal Lamarre) cherche le fil de sa mémoire perdue. Sœur Marie Pauline (talentueuse Rosie-Anne Bérubé-Bernier) espère avoir son cinq minutes de gloire. Elle finira par l’avoir, d’ailleurs, et tant mieux pour nous, c’est un beau moment du spectacle.

Sœur Lili (très bonne Lisa Palmieri, dont l’enthousiasme rappelle celui de sœur Maria dans La mélodie du bonheur) apporte un peu de candeur au groupe.

Silencieuse Harmonie

En retrait, au piano, l’habile chanteuse et musicienne Andy St-Louis prête ses traits à Sœur Harmonie, une postulante à la nature discrète qui sait faire courir ses doigts sur le clavier, mais qui hérite d’à peine deux répliques et de quelques pas de danse. On aurait aimé l’entendre davantage.

On aurait aussi souhaité que le son soit mieux calibré. Est-ce que ce sont les micros qui sont mal équilibrés? Ou bien c’est l’acoustique de la salle qui fait des siennes? Toujours est-il qu’on manque plusieurs passages des chansons interprétées par les comédiennes. C’est particulièrement vrai lorsqu’elles entonnent les paroles en chœur. Quelques répliques se perdent aussi dans la foulée. Dommage. Les accrocs sonores ne gâchent pas tout, mais ils sont assez prononcés pour être irritants par moments.

Vous voulez y aller?

Les nonnes
Théâtre La Marjolaine, Eastman
Du mercredi au samedi, 20 h
Jusqu’au 17 août
Les 14 juillet et 4 août, 15 h
Entrée : 49,50 $ (samedi : 52 $)
Étudiants 25 ans et moins : 29 $
15 ans et moins : 19 $