Avant la présentation de la grande première du film Nelly, au Cinéma Mégantic, vendredi soir, l'équipe du film qui était sur place a accepté de poser avec la mère d'Isabelle Fortier, Jacynthe Mercier, deuxième de la droite. Celle-ci était donc entourée des comédiens Mickael Gouin et Mylène Mackay, à gauche, cette dernière personnifiant Nelly dans le film, et la réalisatrice Anne Émond, à l'extrême droite.

Les Méganticois sonnés par le film Nelly

« Le film m'a pas mal secoué. Je n'ai même pas écouté les échanges avec le public... J'avais un gros motton à avaler... Chaque génération a eu ses grands tourmentés. Nelly Arcan a fait partie de nos grands tourmentés! »
Se posant comme « le fan numéro un de Nelly Arcan », le Méganticois Marc Quirion était trop bouleversé pour commenter à chaud Nelly, de la réalisatrice Anne Émond. C'est par courriel, plus tard, qu'il a livré ce commentaire.
Le film était présenté au Cinéma Mégantic, vendredi soir, en présence des comédiens Mickael Gouin et Mylène Mackay, qui incarne Nelly. La mère d'Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan, Jacynthe Mercier, s'y trouvait aussi.
Pendant de longues minutes après la fin de la projection, qui se termine avec l'évocation sobre de la mort de Nelly dans un flou complet de l'image, les spectateurs ont semblé figés, perdus, gommés dans leurs propres réflexions, incapables d'émettre quelque question ou commentaire que ce soit. La réalisatrice a dû briser la glace...
« C'est un film intense. J'ai été impressionnée par son talent. Je suis devenue fan de l'écrivaine, mais je suis restée perplexe devant la femme. Je trouvais que c'était une aventure risquée, ce film... Je savais qu'ici ce serait un visionnement émotif. La famille d'Isabelle Fortier m'a beaucoup aidée, ses amis aussi. J'ai ressenti le top du top du stress, car j'allais parler d'une femme que je n'avais jamais rencontrée, mais eux l'ont bien connue », s'est confiée Anne Émond.
« Je ne peux pas croire... Ça ne se peut pas qu'elle ait tourné aussi tourmentée, comme ça. Elle provenait d'une famille où elle était aimée et entourée! » est ensuite intervenue une participante.
Ce à quoi a rétorqué une autre : « Elle n'a pas mal tourné, ça a simplement mal fini. Elle a changé le monde, elle a écrit des choses importantes sur les filles. On peut tous être fiers qu'elle ait grandi ici, à Lac-Mégantic! »
On s'en doute, le nom de Nelly Arcan évoque déjà les échos d'une légende pour sa famille, ses amis et les Méganticois en général. La petite Méganticoise qui portait le nom d'Isabelle Fortier est loin d'avoir été oubliée, plus de sept ans après son suicide, le 24 septembre 2009, à 36 ans. Son nom d'artiste a d'ailleurs été donné à la nouvelle bibliothèque de Lac-Mégantic.
Les cinéphiles présents ont eu droit à un film d'une rare beauté et d'une grande force évocatrice de l'existence débridée de Nelly Arcan, surtout à Montréal, faisant état de la démesure d'une femme très sensible, profondément perturbée jusqu'à l'autodestruction, mais tellement lucide. On n'a pas compris le mal de vivre de l'écrivaine, dont les oeuvres ont connu un succès fulgurant et ont été portées aux nues par les médias.
Le film Nelly n'est pas biographique, simplement inspiré de la vie et surtout de l'oeuvre de Nelly Arcan. Cette dernière, admirablement personnifiée par Mylène Mackay, l'indique dans le film quand elle parle de ses livres : « certaines choses sont vraies, d'autres non ».
Les citations hors champ de l'auteure de Putain et de Folle, comme si elle réfléchissait à haute voix, contribuent à l'aura de mystère qui l'entoure. Mylène Mackay a avoué « avoir beaucoup travaillé à jouer quatre facettes de Nelly - l'escorte, l'amoureuse, la star et l'écrivaine - toutes très différentes, mais subissant la même angoisse existentielle. Je me suis inspirée d'autres personnages qui ont eu une vie tourmentée, soit Virginia Wolfe, Marilyn Monroe et Amy Winehouse. »
On passe de l'une à l'autre de ces quatre femmes, mais des citations assassines qu'elles nous font révèlent leurs obsessions : « Je suis vraiment trop occupée à mourir... Quand la mort viendra, je ne veux pas être là... Je veux rabattre mon corps dans la mort, où se trouve déjà mon âme... J'ai inventé Nelly pour protéger Isabelle... En dehors de l'écriture, je ne suis rien. »
« Je voulais que notre travail, au bout du compte, donne un grand film », a résumé Mylène Mackay. C'est chose faite.
L'équipe de réalisation du film a souhaité protéger Jacynthe Mercier afin de lui épargner une surcharge d'émotion.