Michel Fournier : « Je me rends compte que j’ai tellement reçu dans ma vie que j’éprouve maintenant une forte envie de redonner aux jeunes. »

Les joies de la transmission

Dans une conversation avec Michel Fournier, bien sûr qu’on discutera longuement musique, plus précisément de celle qu’il jouera le 26 janvier à l’invitation de la Maison d’opéra et de concerts de Sherbrooke. Mais le pianiste sherbrookois jasera tout autant de la relève qu’il a côtoyée et côtoie régulièrement, comme professeur, coach, juge de concours et même — nouvelle corde à son arc — comme agent d’artiste.

« Je suis presque en train d’en faire une carrière! » dit-il en rigolant, à propos des nombreux jurys dans lesquels il s’est retrouvé dans les dernières années. « L’été dernier, je suis allé à Calgary, à la finale du Concours de musique du Canada, et je vais bientôt repartir pour le Hong Kong Music Festival, pour la troisième fois en quelques années (c’est un contrat de cinq semaines!). Bref, ça mobilise une bonne partie de mon temps… et j’adore ça! »

Pour le musicien maintenant établi à Laval, donner moins de concerts, comme en ce moment, n’est donc pas un deuil. « Je ne sais pas si cela vient avec le temps ou l’âge (j’ai maintenant 62 ans), mais je me rends compte que j’ai tellement reçu dans ma vie que j’éprouve maintenant une forte envie de redonner aux jeunes. »

Avec l’expérience accumulée, observe-t-il, il arrive très vite à détecter ce qu’un jeune pianiste peut améliorer. « Tout est là dans ma tête, et ça me permet aujourd’hui de passer le flambeau, de transmettre des connaissances privilégiées que j’ai pu acquérir. Ce qui ne m’empêche pas de jouer au minimum une heure tous les jours de l’année (sauf en vacances)… Pour moi, le piano, c’est comme parler! »

Agent d'artiste

Avec Louis Saint-André, Michel Fournier est aussi devenu copropriétaire de l’agence St-André Management, où il se charge de la direction artistique de quelques musiciens classiques, dont son ancien élève Tristan Longval-Gagné.

« Ça vient rejoindre, d’une autre façon, mon besoin de transmission aux jeunes, ici par le réseau de contacts que j’ai développé au fil des ans. Je le faisais déjà de façon tout à fait naturelle avant même la création de l’agence. Ce n’était pas rare que je suggère le nom d’un jeune musicien pour une série de concerts. »

Il serait même davantage porté, avoue-t-il, à laisser sa place si on lui offrait un contrat de concert qui, dans son esprit, serait plus profitable à un jeune musicien qu’à lui-même.

« Sauf s’il s’agit d’une demande de jeunes diffuseurs passionnés comme Pier-Carlo Liva et Catherine Elvira Chartier, qui tiennent à bout de bras la Maison d’opéra et de concerts de Sherbrooke! » ajoute celui qui est encore très attaché à sa ville natale. Sa fille termine d’ailleurs un doctorat en psychologie à l’Université de Sherbrooke.

Debussy espagnol

Pour ce récital présenté, comme d’habitude, à l’église Plymouth Trinity, Michel Fournier a préparé un programme consacré à Robert Schumann, Frédéric Chopin et Federico Mompou, un compositeur catalan dont il a découvert récemment les Variations sur un thème de Chopin.

« Ce sera la toute première fois que je vais jouer cette pièce en public. J’ai vraiment eu un coup de foudre. Je l’ai entendue l’an dernier lors d’une classe de maître à Edmonton (la dame qui l’a interprétée avait plus de 70 ans et elle venait de la découvrir elle aussi). Les pianistes sont chanceux : le répertoire est tellement grand qu’ils n’ont jamais fini de l’explorer et d’apprendre! »

« Chacune des variations est comme un petit joyau, poursuit-il. On surnomme d’ailleurs Mompou le Debussy espagnol. J’ai trouvé sur YouTube une vidéo où on le voit jouer les Variations lui-même. Sa liberté était absolument incroyable. »

Le thème utilisé par Mompou est le septième Prélude de Chopin, très court (huit mesures selon le pianiste), transposé dans différents esprits d’écriture exploités par le compositeur polonais, dont celui de la mazurka. Raison pour laquelle Michel Fournier jouera juste avant quatre Mazurkas de Chopin.

Le concert commencera par Arabesque de Schumann, une œuvre qui, à son sens, décrit le mieux la tendresse. « Elle n’est pas si typique de Schumann, car elle est heureuse. C’est un peu comme ma pièce porte-bonheur. »

Quant à Kreisleriana, du même compositeur, elle est inspirée d’un personnage littéraire du nom de Kreisler, un maître de chapelle un peu fou.

« Schumann s’en est servi pour exprimer toute l’exaltation qui l’habitait. Il écrivait alors à Clara qu’il éclatait de toute cette musique. D’ailleurs, tout ce qu’il composait à cette époque où ils n’étaient pas encore mariés était dédié à Clara… sauf cette pièce, dédiée à Chopin. Mais il décrivait quand même cette pièce comme venant du cœur. C’est un sommet du romantisme musical. La gamme d’émotions est tellement large que ça rejoint tout le monde. »

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Michel Fournier
Dimanche 26 janvier, 15 h
Église Plymouth Trinity, Sherbrooke
Entrée : 35 $ (65 ans et plus : 30 $; 25 ans et moins : 15 $)