Tout ce beau monde de l’agence AMG aura à gérer l’anxiété, les caprices et autres états d’âmes de leurs artistes, alors que l’avenir de la compagnie est mis en péril.

Les Invisibles, c’est jouissif

CHRONIQUE / Si vous trouvez que les artistes s’autocongratulent un peu trop, vous risquez d’adorer «Les Invisibles». La série offre une vision cinglante du milieu artistique et tourne en dérision plusieurs de ses travers. Il n’y a pas d’autre mots : c’est jouissif.

J’attendais avec impatience l’adaptation québécoise de l’excellente comédie française Dix pour cent, diffusée sur ICI ARTV sous le titre d’Appelez mon agent. Pour être honnête, j’ai fini par oublier la série originale en regardant Les Invisibles. L’équipe d’ici a réellement su transposer cette histoire d’agence d’artistes à la réalité québécoise, et ça sent le succès. Diffusée à TVA dès le lundi 7 janvier à 21h, l’œuvre affrontera Les pays d’en haut, d’ICI Radio-Canada Télé.

L’équipe québécoise n’a pourtant pas disposé des mêmes conditions. Alors qu’en France, on prend neuf jours pour tourner un épisode, on le fait ici en quatre. Un épisode québécois d’une heure dispose du huitième du budget français. Deux mondes.

Nous sommes donc à l’agence artistique AMG, la plus importante au Québec. Y travaillent Jean-Frédéric Thériault (Bruno Marcil), à l’ego démesuré, Alexandra Martel (Karine Gonthier-Hyndman), la moins diplomate de l’agence, pour qui chaque seconde est importante, Arlette Meilleur (Danièle Lorain), bras droit du fondateur, et Gabriel Savoie (Benoit Mauffette), le plus bonasse. Surgit la fille illégitime de Jean-Frédéric, Camille (Carla Turcotte), qui se joindra à l’équipe de l’agence. Bien entendu, tout ce beau monde aura à gérer l’anxiété, les caprices et autres états d’âmes de leurs artistes, alors que l’avenir de l’agence est mis en péril.

Sophie Lorain, qui produit la série avec Richard Lalonde et Alexis Durand Brault, joue aussi son propre personnage, au deuxième épisode. Et elle ne s’est pas donné le beau rôle. Désagréable et impatiente, la Sophie Lorain des Invisibles exige que Pierre-Luc Brillant se rase la barbe pour jouer dans son prochain film, alors qu’il joue un barbu dans une série télé. Pour l’anecdote, cette histoire de barbe est bel et bien arrivée dans la réalité à d’autres individus, ayant été le point culminant d’une agence d’artistes durant toute une semaine. Je serais bien curieux de savoir qui sont les gens impliqués.

Le troisième épisode, impliquant France Castel et Louise Marleau, est particulièrement savoureux. Quand la première abandonne le rôle de Mme Sylvain dans le remake cinématographique de Symphorien (!), comédie bien connue des années 70, Gabriel offre le rôle à Louise Marleau, ennemie jurée de France Castel. Confrontées, les deux femmes devront crever l’abcès de leur rivalité. Hilarant. Dans d’autres épisodes, Hélène Florent est jugée trop vieille pour jouer l’amante de Gérard Depardieu dans un film français, l’angoissé Patrice Robitaille ne veut plus jouer avec Julie Le Breton parce qu’il craint de tomber amoureux d’elle, et après avoir été La Bolduc, Debbie Lynch-White se fait offrir de jouer Ginette Reno au grand écran. Seul Michel Côté a refusé de se jouer lui-même dans Les Invisibles, mais son ami Marc Messier y apparaîtra deux fois.

L’auteure principale Catherine Léger excelle dans les répliques assassines et punchées, mises en valeur par le réalisateur Alexis Durand Brault, heureux de sortir du drame pour un projet plus léger. La musique de Dazmo, inspirée de celle d’Oscar Peterson, ajoute au côté festif de la série. Tous les acteurs sont bons, et chaque scène avec Karine Gonthier-Hyndman, toujours entre l’hystérie et la névrose, devient mémorable.

Si je n’avais qu’un seul bémol, ce serait au sujet des assistants des agents, plus effacés que dans la version française, du moins dans les premiers épisodes. Le réalisateur souhaitait notamment que Jérémie (Guillaume Rodrigue) soit moins exubérant que son équivalent français, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais qui éteint néanmoins le personnage.

Les amateurs québécois d’Appelez mon agent, qui reçoivent les épisodes au compte-gouttes, feront forcément la comparaison. Mais pas tant, puisque seuls quelques intrigues ont été piquées aux Français. Alors que la première saison de la série française ne comptait que six épisodes, la nôtre en contiendra 24, dont les 12 premiers seront diffusés à l’hiver, et les 12 suivants l’automne prochain. Le détenteur du format aime tellement la version québécoise qu’il la proposera, en marge de l’originale, pour une vente à l’international.

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