Le Québec a connu son été le plus calme de récente mémoire à cause de la COVID-19 qui a provoqué l’annulant de nombreux festivals qui ont fait sa renommée à l’échelle mondiale.
Le Québec a connu son été le plus calme de récente mémoire à cause de la COVID-19 qui a provoqué l’annulant de nombreux festivals qui ont fait sa renommée à l’échelle mondiale.

Les festivals cherchent à se trouver une nouvelle place dans l’horizon culturel

Morgan Lowrie
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Le Québec a connu son été le plus calme de récente mémoire à cause de la COVID-19 qui a provoqué l’annulation de nombreux festivals qui ont fait sa renommée à l’échelle mondiale.

Si des activités se sont déroulées sur internet, la décision du gouvernement du Québec d’autoriser sous certaines conditions les festivals pousse certains organisateurs à présenter des versions réduites de leur événement. Selon eux, ils devront composer avec cette nouvelle réalité pour un certain temps.

Dorénavant, les promoteurs devront contrôler les entrées et sorties de façon à respecter, en tout temps, un maximum de 250 personnes sur le site extérieur. Des mesures devront être mises en place pour maintenir une distance de deux mètres entre les participants ne résidant pas à la même adresse. De plus, s’il y a plus d’un site extérieur pour un même festival, ceux-ci devront être distincts et non contigus, avec des zones d’accès et d’attente différentes.

Le directeur général du Festival international de montgolfières de St-Jean-sur-Richelieu, un événement qui attire annuellement quelque 350 000 personnes, salue la décision du gouvernement, même si ne modifiera pas ses plans pour 2020.

«Du point de vue des festivals, c’est une bonne chose. Toutefois, pour un événement comme le nôtre qui attire normalement des dizaines de milliers de personnes par jour, cela ne fonctionne pas», dit Éric Boivin.

Le Festival a choisi d’aller dans une direction différente en proposant des spectacles sur une scène mobile dans des résidences pour personnes âgées. Il a aussi transformé une petite partie de son site en ciné-parc pour diffuser des films, des concerts et des spectacles d’humour. Lorsque le temps le permet, ils installent les célèbres montgolfières en arrière-plan.

M. Boivin croit toutefois que les plus petits festivals ont une meilleure chance de fonctionner.

Le directeur d’Événements Attractions Québec, François-G. Chevrier, dit que de nombreux festivals régionaux envisagent de se dérouler à la suite de l’annonce du gouvernement. Parmi ceux-ci, un festival de musique en Gaspésie et d’autres événements voulant célébrer la gastronomie, la poésie ou les couleurs automnales.

Si le Québec est connu pour ses événements-monstres comme le Festival international de jazz de Montréal, Osheaga ou le Festival d’été de Québec, M. Chevrier rappelle qu’il existe des milliers d’événements dans la province. Plusieurs composent avec des foules plus petites et des sites variés.


« Souvent, quand les Québécois pensent festivals, ils voient grands rassemblements. La réalité des festivals au Québec est beaucoup plus complexe, plus diversifiée que ça. Il y a tout un volet gourmand, il y a tout un volet sportif. C’est riche comme secteur. »
François-G. Chevrier, directeur d’Événements Attractions Québec

Certains festivals optent pour un modèle hybride combinant de petits rassemblements avec de plus grands événements diffusés en direct sur internet.

Parmi eux, MUTEK, un festival montréalais consacré à la musique électronique et aux arts numériques. Il présentera une trentaine d’événements pour un petit public et des concerts en diffusion numérique.

Son fondateur Alain Mongeau reconnaît que les revenus de festivals ont chuté, notamment à cause de la vente limitée de billets et le recul des commandites, même si les subventions et les campagnes de financement permettront de payer la plupart des factures.

M. Mongeau croit qu’il est important d’organiser des événements pour petit public afin de «créer une connexion en personne» après des mois de semi-isolement.

POP Montréal, un autre festival de musique qui se déroule en septembre, misera sur des espaces extérieurs intéressants, comme les toits, les grandes cours arrière et les allées, pour créer une ambiance pour le petit nombre de spectacles prévus à sa programmation.

Dan Seligman, le directeur artistique du festival, admet que ce ne sera pas tout à fait la même chose sans la présence d’une grande foule.

«C’est toujours de la musique, ce sera amusant, mais ce ne sera pas ce que c’était», déplore-t-il.

En même temps, il pense que la diffusion numérique peut créer des occasions.

«D’une certaine manière, nous sommes capables de nous connecter et d’atteindre un public plus large, ironiquement», ajoute M. Seligman.

La nouvelle réalité

Tous les organisateurs du festival conviennent que des événements à plus petite échelle sont susceptibles d’être la réalité dans un avenir prévisible.

M. Boivin est déterminé à ce que les montgolfières de son festival volent à nouveau en 2021. «Mais sans les grandes foules, car nous ne savons pas si nous serons autorisés à les accueillir», dit-il.

Il mentionne que son équipe réfléchit à des idées de formats permettant de fonctionner à l’avenir en respectant la limite actuelle des 250 personnes.

M. Chevrier dit qu’il y a encore de nombreux défis à relever. Les festivals devront tenter de rester rentables tout en ne pouvant accueillir que des plus petites foules et en dépensant plus pour la sécurité de leur site. Il demeure optimiste sur leur capacité d’adaptation.

«On l’a senti cet été: il y a quelque chose qui manque dans notre identité culturelle et touristique quand les festivals ne sont pas là, souligne-t-il. Ça fait partie de notre façon de se regrouper et de vivre. C’est très très québécois.»