Galaxie

Les douze moments scéniques de 2016

L'année 2016 restera marquée par le départ de nombreux grands artistes, tant au Québec que dans le reste du monde. Mais ceux qui nous ont quittés ne doivent pas nous faire oublier ceux qui sont toujours avec nous et dont la flamme de création continue de brûler avec force. Malgré les mauvaises nouvelles, ils nous ont accompagnés infatigablement, persistant à embellir le monde malgré ceux qui le détruisent. Voici douze moments de beauté qui ont marqué les scènes estriennes en 2016.
Zaz
Simon Leblanc
Galaxie
23 janvier
Théâtre Granada
Ce soir-là, on a trouvé qui avait inventé la définition de l'expression « dans le tapis ». C'est le groupe Galaxie, Félix du groupe de l'année en 2015, qui est entré sur scène comme on fait exploser une bombe et qui a fait fondre janvier avec sa contagieuse énergie électrique. Olivier Langevin avait du feu dans la voix et les doigts qui brûlaient sur sa guitare, François Lafontaine se démenait comme un claviériste peut rarement le faire et la foule en redemandait. Décidément, 2016 partait en trombe!
La divine illusion
2 février
Salle Maurice-O'Bready
Ce n'est pas la première fois que Michel-Marc Bouchard s'en prend aux abus de la religion et à l'hypocrisie du clergé, lequel, en 1905, conspuait Sarah Bernhardt lors de sa venue à Québec, mais fermait les yeux sur la pauvreté, le quasi-esclavagisme du peuple et le travail des enfants. Une création bellement mise en scène par Serge Denoncourt et interprétée par une lumineuse Anne-Marie Cadieux dans le rôle de la Divine.
Zaz
25 février
Théâtre Granada
Le retour de Zaz à Sherbrooke n'est pas passé inaperçu. La chanteuse a rempli le Granada
avec ses pièces inspirées de la Ville Lumière et plusieurs chansons de son propre répertoire, que le public aurait manifestement aimé entendre davantage. Raison de plus pour qu'elle revienne, cette nouvelle môme avec le coeur sur la main, qui envoûte les salles, propage la paix et l'optimisme et se fait proche en quelques instants. L'hiver a commencé à fondre ce soir-là.
Bïa
30 avril
La Caravane
Bïa s'est amenée dans le minuscule et intime écrin de la Caravane armée de son incroyable charisme, de ses chansons doudou, de ses talents de conteuse et de poète, de sa guitare et de sa violoncelliste Sheila Hannigan. Il lui a suffi d'entrer dans la pièce, au milieu de la cinquantaine de spectateurs encore attablés, et d'entamer une chanson a cappella pour que l'envoûtement se produise. Mis en scène avec précision, le spectacle mettait à l'honneur les pièces du disque Navegar, Félix de l'album de musique du monde en 2015.
L'emmerdeur
11 juillet
Maison des arts de Drummondville
Nouveau succès estival pour la Maison des arts de Drummondville, les Productions de la Meute réussissant bellement à assurer la relève du regretté Gilles Latulippe. Avec Normand Chouinard à la mise en scène et Marcel Leboeuf qui reprenait le rôle du célèbre François Pignon, la réussite semblait assurée, mais la surprise est venue de Normand D'Amour, acteur tragique s'il en est, qui a renversé tout le monde par son jeu physique et comique.
Simon Leblanc
20 juillet
Vieux Clocher de Magog
Humoriste sorti de nulle part, Simon Leblanc a conquis à peu près tout le monde depuis qu'il a obtenu l'Olivier de la révélation en 2014. Ce qui est le plus remarquable, ce sont le dénuement total dans lequel il se produit, sans même de musique pour annoncer son entrée en scène, et le souffle qui le porte presque sans interruption pendant une heure quinze. De l'humour parfois facile, mais quand même jouissif et sans complexe. Un spectacle intitulé Tout court qui passe en une fraction de seconde.
Oliver Jones
23 juillet
Orford Musique
Les adieux d'Oliver Jones au public estrien ont été d'une infinie tendresse. La complicité au sein du trio complété par Éric Lagacé à la contrebasse et Jim Doxas à la batterie, la chaleur du jeu de piano du musicien octogénaire, l'incroyable talent des musiciens pour improviser et interpréter les demandes spéciales du public, un entracte qui se prolonge parce que tout le monde veut serrer la main du futur retraité... Un moment magique qui ne sera pas oublié.
Yann Perreau
Lisa LeBlanc
Machine de cirque
2 septembre
Place Nikitotek
Il y avait un incroyable attirail dans le spectacle de Machine de cirque. Des bébelles inventées de toutes pièces, de même que des objets usuels détournés de leur usage courant. Mais les véritables machines de cirque, ce sont bel et bien les cinq artistes de ce spectacle très réussi, avec ses moments drôles, touchants et à couper le souffle. Plusieurs ne sont pas près d'oublier le numéro de jonglerie avec des serviettes (et les quatre gars nus en dessous). Un coquin... et bien beau spectacle.
Yann Perreau
15 octobre
Théâtre Granada
Coup de poing lors de l'ouverture inattendue du spectacle, alors que Yann Perreau est apparu au balcon de gauche, dans la lumière d'un seul projecteur, un micro suspendu au-dessus de lui, pour interpréter quasi a cappella Qu'avez-vous fait de mon pays? Du rentre-dedans bien mesuré, rappelant toute la profondeur de l'artiste sous ses dehors pop. Avec un public agrippé à lui d'un bout à l'autre, Perreau a poursuivi jusqu'à l'ébullition de J'aime les oiseaux, avec en prime une apparition de Patrice Michaud dans Beau comme on s'aime.
Lisa LeBlanc
28 octobre
Théâtre Granada
Un des plaisirs des spectacles de Lisa LeBlanc, c'est de voir Lisa LeBlanc regarder la foule comme si elle était elle-même la spectatrice qui regarde un show : avec un insatiable émerveillement. Et pourtant, c'est elle qui étonne tout le monde, qui passe du gros rock aux émouvantes ballades, de l'humour aux sujets plus sérieux, avec des musiciens chevronnés qu'elle traite en égaux en les plaçant sur la même ligne qu'elle, devant la scène. On la remercie encore d'être une artiste qui « a pas de maudit bon sens »!
Richard Séguin
12 novembre
Théâtre Granada
Trump venait d'être élu, le désenchantement planait partout, mais Richard Séguin est venu redonner un souffle d'espoir à tout le monde avec son spectacle Les horizons nouveaux. Avec son sourire indéfectible, ses textes nourris d'optimisme, son extraordinaire et polyvalent trio de musiciens, un décor et des éclairages particulièrement inspirés et inspirants, Richard a offert une soirée qui a eu un effet de « retrousse-manches ». Un bel exemple d'artiste qui ne s'assoit pas sur ses acquis et continue de croire en l'avenir.
Tartuffe
29 novembre
Salle Maurice-O'Bready
L'année s'est amorcée et s'est achevée avec Anne-Marie Cadieux, passée d'une brûlante et opiniâtre Sarah Bernhardt à une délurée Elmire. La scène où son personnage tente de dévoiler l'ignominie de Tartuffe (extraordinaire Emmanuel Schwartz) à son époux borné Orgon (fantastique Benoît Brière) tenait presque du vaudeville, preuve que l'on peut facilement décoincer Molière et que Denis Marleau demeure un metteur en scène de génie. Déstabilisant au départ, le recadrage de 1669 à 1969 de cette satire de la dévotion s'est finalement révélé d'une distrayante pertinence.