Contenu commandité
Les différentes facettes de l’art autochtone
Arts
Les différentes facettes de l’art autochtone
L’art autochtone se décline en autant de couleurs que celles de toutes les cultures du monde. Afin de célébrer cette diversité et son apport dans nos sociétés, à la veille de la journée nationale des autochtones, vos journaux coopératifs vous proposent un tour d’horizon de différentes pratiques.
Partager
Isabelle Picard: écrire pour «créer une rencontre»

Livres

Isabelle Picard: écrire pour «créer une rencontre»

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
Les adultes connaissent Isabelle Picard en tant chroniqueuse à La Presse ou encore comme première spécialiste aux affaires autochtones chez Radio-Canada. Mais, cette fois-ci, les adolescents pourront découvrir l’ethnologue huronne-wendat grâce à Nish, sa nouvelle série jeunesse.

Pour Isabelle Picard, on n’écrit pas un roman pour ado avec comme objectif d’éduquer ses lecteurs. On le fait plutôt dans le but de les divertir et de leur raconter une histoire, tout simplement. 

L’autrice campe ainsi le premier tome de sa fiction dans la vie d’Éloïse et de Léon, des jumeaux qui habitent à Matimekush, une communauté innue du Nord-du-Québec. En 312 pages, les jeunes traversent différentes épreuves dont le diagnostic de cancer que reçoit leur père ou encore une disparition dans leur village.

Si elle survole quelques volets historiques, dont les pensionnats, Isabelle Picard tente surtout de mettre en lumière le quotidien de ses personnages, leur territoire ainsi que leur langue et leur culture. «Si je pique leur curiosité [avec les points d’intérêts], tant mieux! Mais l’idée, ce n’était pas de faire une grande théorie académique», lance-t-elle.

Celle qui est aussi chargée de cours à l’UQAM le précise donc d’entrée de jeu : Nish s’adresse à tous, qu’on soit ou non autochtone. L’œuvre tente de souligner «les similarités» entre tous les adolescents et aborde ainsi l’importance de l’amitié, les premières amours, la famille ou encore le sport, dont le hockey.

«Mais bien sûr, je table sur certaines différences. Surtout le fait d’habiter très au nord, par rapport à Montréal, notamment. Je voulais marquer ça pour montrer qu’il y a d’autres façons de vivre», explique celle qui souhaite être un modèle pour les jeunes autochtones et qui leur dédie son ouvrage afin de leur rappeler que «tout est possible».

Parmi ces caractéristiques qu’elle illustre, on note entre autres différents modes de transport ainsi que certains défis tels que l’accessibilité à divers produits ou le prix des aliments. 

Un créneau à développer

Bien qu’elle note un fort intérêt dans la population générale pour le genre, Isabelle Picard souligne toutefois qu’il existe, au Québec, très peu d’auteurs jeunesse issus des Premières Nations. Si la littérature autochtone connaît un essor depuis quelques années, le créneau dédié aux enfants et aux adolescents est à développer, affirme-t-elle, soulignant qu’il s’agit de l’une des raisons l’ayant poussé à rédiger Nish. 

Pour l’écrivaine, il est important d’enrichir cette branche où germent des «imaginaires et des territoires différents», mais aussi une «vision du monde» propre aux Premières Nations et au peuple inuit. 

+

L'OURS ET LA FEMME VENUS DES ÉTOILES

Peu de temps après la parution du tome 1 de Nish apparaît sur les tablettes des librairies L’ours et la femme venus des étoiles. Dans ce court roman de Christine Sioui Wawanoloath, on remonte à une époque lointaine, tout près des étoiles, où vivent une maman ourse et son petit, Awassos. Menacée par un chasseur convoitant sa fourrure scintillante, la mère dépose sa progéniture sur Terre afin de la sauver. Avec la poésie magique et imagée de l’autrice originaire de Wendake, on suit donc la quête d’Awassos qui, en grandissant, ira à la rencontre d’arbres, de roches, d’insectes et d’animaux afin de trouver quelqu’un qui lui expliquera comment retourner auprès de sa maman. Dès 8 ans. Léa Harvey

+

QUELQUES SUGGESTIONS

Comme l’indique Isabelle Picard, les livres jeunesse demeurent un créneau à développer au sein de la littérature autochtone. Au Québec comme au Canada, on retrouve toutefois quelques auteurs qui posent les fondations du genre. Le projet En juin : je lis autochtone propose d’ailleurs plusieurs titres à découvrir dont Les aurores boréales joueurs de soccer de Michael Kusugak (dès 3 ans); 8tlokaq8ganal : légendes de Nicole O’Bomsawin (dès 6 ans); Pilleurs de rêves de Cherie Diamline (dès 10 ans) et 7 générations de David Alexander Robertson (dès 14 ans). Léa Harvey

Trois livres essentiels

Art et culture autochtones

Trois livres essentiels

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Entre l’incontournable et magnifique plume poétique de Josephine Bacon et les livres de Michel Jean, salués par le public et la critique, les œuvres littéraires qui mettent en vitrine la culture autochtone se multiplient ces dernières années. Regard sur trois d’entre elles.
  • Petite femme montagne
  • Terese Marie Mailhot
  • Roman 
  • Marchand de feuilles
  • 198 pages

Publié en 2019, Petite femme montagne est une mince plaquette, mais un grand roman. Parce que la voix littéraire de Terese Marie Mailhot, à la fois directe et délicate, est d’une rare puissance. 

Avec ce premier livre autobiographique, l’auteure canadienne signe une œuvre forte, évocatrice et bouleversante, qui se dépose dans le cœur autant que dans l’imaginaire. Son récit nous happe et nous transporte dans le quotidien de la réserve de Seabird Island, où elle a grandi.

La narratrice nous promène dans le décor de ses racines autochtones et dans tous les manques de son enfance, pendant laquelle elle a connu la pauvreté, la violence, l’absence, l’abus. Les traumas sont pluriels, les cicatrices, invisibles aussi. S’affranchir d’un passé aussi douloureux en continuant d’honorer ses origines, c’est un parcours de combattante et c’est ce que raconte l’écrivaine de manière franche, imagée. Résultat : un roman habité et profondément incarné auquel on repense longtemps après l’avoir refermé.  

  • Kuei, je te salue — Conversation sur le racisme (nouvelle édition)
  • Deni Ellis Béchard et Natasha Kanapé Fontaine
  • Essai 
  • Écosociété
  • 204 pages

L’échange épistolaire entre Natasha Kanapé Fontaine et Deni Ellis Béchard s’est amorcé bien avant que les décès tragiques de George Floyd et de Joyce Echaquan ne secouent le pays. En 2015, la poète innue et le romancier québécois se lançaient dans un dialogue ouvert sur le racisme. De lettre en lettre, chacun se raconte, revisite des pans de son passé, réfléchit sur l’actualité, se projette dans la culture de l’autre. Ce faisant, ils évoquent d’importants enjeux de société et parlent de qui nous unit et nous rapproche, au-delà de nos différences. Ainsi racontées et présentées dans une correspondance réfléchie, l’histoire personnelle et les pensées des deux auteurs touchent à l’universel, suscitent l’introspection. 

L’été dernier, dans la foulée de la mobilisation Black Lives Matter, le duo d’écrivains a repris la discussion littéraire, cinq ans après la parution initiale de leur ouvrage à deux plumes. En une demi-décennie, les choses avaient bougé dans le panorama nord-américain. Les événements qui faisaient l’actualité remuaient la sensible question du racisme et de ses dérives. Il y avait encore à dire, à creuser, à nommer. Cette nouvelle édition rassemble le fruit de leurs porteuses réflexions en deux temps. 

  • « C’est le Québec qui est né dans mon pays! »
  • Emanuelle Dufour
  • Bande dessinée 
  • Écosociété
  • 208 pages

La récente publication illustrée d’Emanuelle Dufour a fait jaser lors de sa sortie. Pour les bonnes raisons. La bédéiste, anthropologue de formation, propose dans cet original carnet de rencontres une œuvre atypique, inclassable et éclatée. Construit à partir d’une cinquantaine de témoignages, l’album en noir et blanc nous amène à revisiter différents épisodes du passé et nous fait découvrir les diverses communautés autochtones qui peuplent le territoire. Ce faisant, il nous fait aussi prendre la pleine mesure de notre ignorance à l’égard des premiers peuples et de plusieurs chapitres historiques. Dans la foulée, l’ouvrage permet de mieux comprendre ce qui s’est joué avant nous, il met la table pour une rencontre véritable entre autochtones et allochtones. Tout ceci fait de cette nouveauté printanière un livre important.  

Sonia Bonspille-Boileau: Construire un pont

Arts

Sonia Bonspille-Boileau: Construire un pont

Mario Boulianne, directeur de l'information
Mario Boulianne, directeur de l'information
Le Droit
Article réservé aux abonnés
L’art autochtone se décline en autant de couleurs que celles de toutes les cultures du monde. Et cette déclinaison se retrouve parfois sur nos petits et grands écrans.

Pour la scénariste et réalisatrice Sonia Bonspille-Boileau, le cinéma et la télévision sont des médiums très importants pour la diffusion de la culture autochtone.

« Mettre en images la culture des communautés autochtones est une très forte affirmation de notre identité, raconte-t-elle lorsque rencontrée par Le Droit. Que ce soit au cinéma ou à la télévision, ça nous permet de bâtir un pont entre le Québec et les peuples autochtones. »

Mme Bonspille-Boileau prépare présentement le tournage de Pour toi Flora, une minisérie de six épisodes qui portera principalement sur les pensionnats autochtones.

Avec la récente découverte de 215 corps d’enfants dans un ancien pensionnat de Kamloops, cette série prévue pour l’automne 2022 prend tout son sens.

« Quand cette histoire est sortie, la charge émotive pour mon équipe et moi fut énorme, confie-t-elle. On était en plein casting et j’ai tout simplement décidé d’arrêter les démarches. On se devait de faire une pause. C’était très lourd. »

Inspiré de sa propre histoire et de celle de son grand-père qui est un survivant des pensionnats, Pour toi Flora est pourtant une fiction, mais qui fera sans doute la lumière sur un pan de l’histoire du Québec.

« Parce qu’au Québec, on a tendance à croire que ces histoires de pensionnats autochtones, c’est l’affaire du Canada anglais alors que ce n’est pas tout à fait vrai, explique la réalisatrice. On comptait six pensionnats au Québec et la trame de Pour toi Flora se passe en Abitibi. »


« Mettre en images la culture des communautés autochtones est une très forte affirmation de notre identité. »
Sonia Bonspille-Boileau, réalisatrice et scénariste d'origine autochtone

Production autochtone

Produit par Jason Brennan de Nish Media, une société de production basée à Gatineau, cette série de la réalisatrice d’origine mohawk fait suite à un long métrage qu’elle également produit chez Nish, Rustik Oracle.

En 2015, elle nous avait offert Le Dep, tourné entièrement à Val-des-Monts, en Outaouais. Bonspille-Boileau a également réalisé un documentaire sur la crise d’Oka, The Oka Legacy, ainsi que Last call Indien.

Quant au producteur Jason Brennan, il est membre de la communauté des Premières nations de Kitigan Zibi, près de Maniwaki, et il ne cesse de vouloir donner aux cinéastes autochtones leur propre voix grâce à sa boîte de productions Nish Media.

Jason Brennan et Sonia Bonspille-Boileau, couple en affaires comme dans la vie, forme un duo de choc chez Nish Media.

Nish Media

Basée dans l’Outaouais depuis une quinzaine d’années, Nish Média est une société de production audiovisuelle autochtone. 

L’entreprise fondée en 2006 donne aux professionnels autochtones de l’industrie leur propre voix ainsi que les moyens nécessaires pour créer un contenu unique et attrayant sur plusieurs plateformes. 

Que ce soit à la télévision, au cinéma ou dans les nouveaux-médias, l’objectif de Nish est de faire rayonner la culture autochtone tant au pays qu’à l’international.

Nish Media est dirigée par le producteur et réalisateur Jason Brennan et compte sur une dizaine de collaborateurs et collaboratrices, dont sa partenaire en affaire et dans la vie, Sonia Bonspille-Boileau.

De plus, au sein de Nish Média, on retrouve 7ième Écran qui est la première entreprise de distribution autochtone au Canada.

En juin, lumière sur la culture autochtone

Arts

En juin, lumière sur la culture autochtone

Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est
Article réservé aux abonnés
Pour le Mois national de l’histoire autochtone, en juin, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) invite le public à plonger dans cette culture à travers quatre activités gratuites mises en ligne pour l’occasion.

Musique, poésie, conte et discussions sont au coeur de cette programmation numérique qui vise à démocratiser la culture, à tisser des liens et à leur donner une parole.

BAnQ organise plusieurs mois thématiques en cours d’année et celui de l’histoire autochtone est toujours l’un des plus importants, indique Évelyne Martin-Archambault, coordonnatrice de la programmation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

«On porte une attention particulière aux communautés autochtones. Chaque année, c’est nécessaire de le souligner. Depuis quelques années, BAnQ peut d’ailleurs compter sur une chargée de projets en médiation sociale qui a une grande expérience avec les communautés autochtones. Grâce à elle, une certaine sensibilité s’est développée», note-t-elle.

Accompagné par La Boîte Rouge Vif, l’organisme a concocté un calendrier d’activités pour tous. Vendredi soir, le musicien autochtone Matiu a lancé l’événement par un concert solo racontant son quotidien sur la Côte-Nord.

Ce samedi à 19h, le spectacle Les poètes météores regroupera sur la même scène la poète, parolière et réalisatrice Joséphine Bacon, et la poète et écrivaine Rita Mestokosho, toutes deux issues de la communauté innue. Cette lecture poétique se veut un hommage posthume aux poètes Édouard Itual Germain et Jeanne-Mance Charlish.

En tout temps, les plus jeunes auront aussi accès à la capsule vidéo Heure du conte animée par la comédienne et auteure innue Kathia Rock. «C’est une belle introduction pour les enfants à l’univers des contes oraux et des contes innus en particulier», fait remarquer Mme Martin-Archambault.

Table ronde

Cette dernière mentionne également la tenue de la table ronde Éducation et autochtonie le 22 juin à 15h. Accessible à tous, ce webinaire donnera la parole à la professeure-chercheure Élisabeth Kaine, à la conservatrice-médiatrice en art inuit du Musée des beaux-arts de Montréal Lisa Koperqualuk, à Jacques Kurtness, consultant et homme politique ilnu et à Mathieu Thuot-Dubé, qui est directeur des services éducatifs à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

«Même si elle s’adresse d’abord à un public professionnel, cette table ronde est ouverte à tout le monde. On a jugé que c’était utile de rendre la réflexion publique», laisse entendre Évelyne Martin-Archambault.

C’est donc en ligne que les personnes intéressées pourront assister à l’une ou l’autre des activités au programme. Il suffit de consulter le site www.banq.qc.ca, sous l’onglet «activités».

Véronique Hébert: le théâtre de la rencontre 

Arts et spectacles

Véronique Hébert: le théâtre de la rencontre 

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Article réservé aux abonnés
Le champ d’expression de Véronique Hébert est vaste, mais ce qu’il en ressort, c’est un lien intime avec le théâtre. Comédienne, metteure en scène, dramaturge, mais aussi chercheuse puisqu’elle poursuit présentement un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM.

C’est dans ses racines atikamekw que la résidente de La Tuque puise sa fascination pour le théâtre. «Ma démarche artistique est indissociable de ma démarche personnelle, affirme-t-elle le plus naturellement du monde. Le théâtre est entré dans ma vie alors que j’étais très jeune, explique-t-elle. À 5 ans, je m’inventais de petites pièces avant même d’avoir vu ma première représentation, vers 8 ans.

«Cette forme d’art est très profondément inscrite dans la culture du peuple atikamekw. Nous sommes un peuple de conteurs où l’oralité est primordiale et aussi, je dirais, une théâtralité dans notre mode d’expression.

«Ça se manifeste par la grande place qu’on donne au silence, dans la part du corporel dans notre façon de nous exprimer, l’utilisation de beaucoup d’onomatopées et le mimétisme qui caractérise la langue.»

Ses études, d’abord à l’École nationale de théâtre dans le volet Théâtre autochtone, puis en maîtrise en dramaturgie et théorie théâtrale à l’Université d’Ottawa, l’ont conduite dans une recherche sur l’origine même de cette forme d’expression artistique.

«C’est très archaïque, le théâtre. Ça remonte aux premiers cultes religieux, jusqu’aux pratiques rituelles. C’est comme ça que j’en suis arrivée à étudier les pratiques chamaniques pour m’intéresser au théâtre chamanologique. C’est une pratique théâtrale qui est fondamentalement empreinte de mystère et de spiritualité.»

L’approche qu’elle privilégie se veut holistique en ceci que Véronique Hébert se passionne pour une pratique théâtrale hybride qui incorpore simultanément quatre dimensions humaines : le spirituel, le physique, l’émotif et l’intellectuel.

Une expérience de vie

«Cette approche est celle qui comble ma quête intime. Je suis aussi à la recherche des gens de théâtre qui s’intéressent au côté obscur, mystérieux de l’humain aussi bien qu’à son côté lumineux.»

Son parcours l’a amenée à croiser celui de Pol Pelletier, notamment, chez qui elle a trouvé un écho à ses intimes préoccupations. «Il y a, dans le théâtre, un côté rituel qui mène à la rencontre de l’autre.»

Sa propre démarche créative la fait travailler avec des membres de son peuple à Wemotaci, où elle a habité, mais aussi à Manouane où, au moment de l’entrevue, elle s’en allait pour une semaine d’ateliers avec des jeunes de la communauté.

Par la suite, elle va se plonger dans la préparation d’un projet qui doit être présenté dans le cadre du Festival international Présence autochtone à Montréal. Elle y présentera les trois actes de la pièce qu’elle est présentement à écrire dont le premier porte sur la crise d’Oka, le second sur la rivière Serpent et le troisième bâti autour de la mort tragique de Joyce Echaquan. Elle espère également présenter sa pièce à La Tuque le 8 septembre.

«Mon processus d’écriture est particulier, analyse-t-elle, puisqu’il respecte les nécessités du temps et se fait donc très lentement. Il intègre toute mon expérience de vie. Le premier acte sur Oka, je l’ai écrit en 2016 et je suis présentement en train d’écrire le troisième acte inspiré par la mort de Joyce parce que c’est maintenant qu’il demande à être écrit.

«Derrière les trois thèmes, ça porte globalement sur l’idée du territoire, le Nitaskinan comme nous le nommons, vu à travers différents prismes. Comment il est fondateur de notre culture et lui-même empreint de théâtralité. Étant donné que nous sommes un peuple semi-nomade, notre histoire porte les traces de nombreux déplacements avec un immense territoire qui se dessine derrière ça.

«À travers ma création, c’est toute mon expérience de mère, de métis, de femme qui est exprimée. L’écriture théâtrale est indissociable de ma réalité, de mon histoire, de tout mon être. Être artiste autochtone, ça a aussi une dimension politique, parce que nous sommes un peuple qui a besoin de nommer ses blessures, de se remémorer, de guérir et tout ça doit se faire dans une perspective collective.»

Elle convient qu’une certaine ouverture des allochtones à leur réalité permet l’expression de douleurs qui ont accablé son peuple, mais elle n’y voit pas de résolution pour autant.

«Il serait dangereux de penser que tout a été réglé simplement parce qu’on porte une attention plus grande à notre réalité historique et même contemporaine. Quand le gouvernement donne de l’argent pour une production autochtone, c’est bien, mais ça risque de détourner l’attention sur les problèmes que nous vivons toujours.

«Le processus de communication qui est en train de s’établir est beau et louable, mais il ne faut pas oublier qu’en dessous, couve une grande douleur qu’il faudra bien guérir.»

Jo Cooper : L’adoptée qui rassemble

art et culture autochtones

Jo Cooper : L’adoptée qui rassemble

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Voilà plus de 45 ans que Jo Cooper, Métisse originaire de Manigotagan (sur la rive est du lac Winnipeg), a choisi les Cantons-de-l’Est pour s’établir. Aujourd’hui, l’Estrienne d’adoption, qui est devenue artiste en arts visuels, fait maintenant figure de point de rassemblement, par l’entremise de la Galerie Métissage, l’espace d’exposition qu’elle a ouvert à Lac-Mégantic. « Métissage » comme dans « métisser les arts autochtones et traditionnels avec l’art moderne ».

« Je me suis aperçue que c’était important pour les gens d’ici d’avoir un tel lieu de rencontres. On y aborde beaucoup l’environnement, les racines amérindiennes, les traditions, de même que l’art contemporain. C’est aussi un endroit où les gens peuvent exprimer leur créativité », résume Jo Cooper, qui, au fil des ans, a réussi à tisser des liens avec sa communauté d’accueil. Lentement et en douceur, ajoute-t-elle.

« Et c’est correct. Ça fait partie du cheminement de chaque personne de s’ouvrir à son rythme. Mais j’ai aussi créé, en parallèle, des connexions avec des gens d’un peu partout au Québec, et même jusqu’au Nouveau-Brunswick, dont beaucoup d’aînés. Je continue d’offrir des enseignements à la galerie, souvent donnés par des aînés venant de toutes les communautés. »

Création encouragée

C’est après avoir marié un Québécois établi dans l’Ouest que Jo Cooper est devenue Québécoise à son tour. « Nous nous sommes installés en Estrie vers 1974. Je suis retournée aux études quand mes enfants ont été en âge d’aller à l’école. Je me suis inscrite à l’Université Bishop’s, en géographie puis en beaux-arts. C’est à cette époque que je me suis engagée dans les activités du RACE [défunt Regroupement des artistes des Cantons-de-l’Est]. »

Pourquoi les beaux-arts? « Dans ma famille, pas mal tout le monde est artiste à sa manière. Travailler et créer avec ses mains était quelque chose d’encouragé. La musique également. Ça fait partie de mon héritage, mais comme j’ai fondé ma famille assez jeune, je lui ai d’abord consacré mes énergies. »

Jo Cooper a développé une démarche créative caractérisée par les techniques mixtes, mélangeant notamment la peinture avec des objets trouvés dans la nature, réalisant même des installations in situ en pleine forêt. Outre ses racines métisses et cries, la fragilité de l’environnement s’est souvent retrouvée au cœur de son propos. Ses origines la forcent presque malgré elle à aborder ces thématiques.

« Même si je voulais enfouir cette partie de moi, j’en serais incapable. C’est toujours très présent, même si je ne crée plus avec la même intensité qu’avant. Ma série d’œuvres sur les bisons s’est même retrouvée en permanence dans un petit centre d’exposition en Saskatchewan. »

Ancrée à Mégantic

En fait, Jo Cooper est même allée vivre un temps en Saskatchewan, comme directrice et guide au centre d’interprétation de Herschel, autour duquel se trouvent plusieurs lieux sacrés pour les Premières Nations. La présence autochtone y est datée d’au moins 10 000 ans.

La tragédie ferroviaire de 2013 a toutefois ancré Jo Cooper de nouveau à Lac-Mégantic.

« Ça m’a fait réaliser que ma place était encore ici pour un temps, afin d’aider à retrouver ce qui fait la vie autour de Mégantic. »

En ce moment, la galerie accueille l’exposition Traces d’eau / Waterways, réunissant surtout des œuvres peintes sur des rames, pagaies ou avirons, réalisées par une trentaine d’artistes de la région. Installée jusqu’au 5 septembre, cette exposition est également un encan silencieux. Le tiers des fonds amassés ira aux associations de préservation de l’eau de la MRC du Granit.

« Ces rames symbolisent notre passage historique par l’eau. Elles proviennent de dons de citoyens sensibilisés à la préservation de l’eau », précise Jo Cooper.

Un canot fabriqué à la main par nul autre que Max Gros-Louis complète l’exposition.

+
Souligner la Journée nationale des peuples autochtones

Jo Cooper s’est évidemment assurée de souligner dignement la Journée nationale des peuples autochtones (21 juin), en invitant deux conférenciers à la Galerie Métissage : l’anthropologue abénaquise Nicole O’Bomsawin le 20 juin à 13 h 30 et l’archéologue métis Paul Carignan le 21 juin à la même heure. Ils aborderont notamment l’importance de l’eau dans leur propre culture et au sein des communautés amérindiennes contemporaines et préhistoriques.

Étant donné l’espace restreint, il vaut mieux d’abord appeler à la galerie pour signaler sa présence aux activités du 20 et 21 juin. Si le nombre de visiteurs est élevé et que le temps le permet, Jo Cooper tentera de transporter les activités à l’extérieur, ou alors offrira aux gens d’assister à une webdiffusion des événements.

+
Regarder la vérité

L’éveil collectif entamé l’an dernier quant aux traitements infligés par les Blancs aux autochtones donne espoir à Jo Cooper, même si, pour elle, des histoires de racisme comme le cas de Joyce Echaquan et du pensionnat de Kamloops sont loin d’être les premières et les uniques blessures.  

« Historiquement parlant, depuis qu’il y a des contacts entre les Européens et les Amérindiens, il y a eu beaucoup de non-dits. Et pour moi, c’est un non-sens que le public ne soit pas au courant. Le génocide a été caché derrière des portes closes. Mais chaque chose vient en son temps, quand les gens sont prêts à les recevoir et à guérir. Et ce temps, c’est maintenant. Si on veut avancer, il faut regarder la vérité et agir en conséquence. Nous voulons d’ailleurs aménager derrière la Galerie Métissage un petit jardin qui sera en partie dédié aux femmes et enfants autochtones disparus. » 

Mike Paul porté par une belle vague

Arts et spectacles

Mike Paul porté par une belle vague

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Article réservé aux abonnés
Au moment où l’actualité est source de tristesse pour Mike Paul, le cours qu’emprunte sa carrière le réjouit. Lui qui a sorti son troisième album le 18 juin, parce que c’était la date la plus proche de la Journée nationale des autochtones, trace d’ailleurs un lien entre sa démarche et les défis auxquels sont confrontés ses frères et soeurs des Premières nations.

« C’est dur, ce qu’on apprend dans les médias. La mort de Joyce Echaquan. Les 215 enfants de Kamloops. Or, c’est pour honorer leur mémoire et souligner la résilience de la culture autochtone que je chante. Je veux aussi créer des ponts », a énoncé l’artiste originaire de Mashteuiatsh, cette semaine, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Sur son nouvel opus, Ashuapmushuan, on trouve des textes en français et en anglais, ainsi qu’en innu. Il arrive également que deux langues cohabitent, comme le français et l’innu sur la pièce titre, inspirée par l’une des plus belles rivières du Québec. Comme elle coule près de chez lui, c’est sur ses rives que le clip a été tourné au cours de l’hiver.

Sur des arrangements doucement country, on voit Mike Paul faire de la raquette, jouer de la guitare, soulever un nuage de neige pour le plaisir de la chose. Ce bonheur qu’il exprime est celui que procure le contact avec la nature. Une nature qui a le pouvoir d’être réparatrice, ainsi que plusieurs l’ont constaté au fil de la pandémie.

Mike Paul est heureux de l’intérêt que suscitent ses nouvelles chansons, dont Ashuapmushuan, tirée de l’album du même nom. Il espère qu’elles rapprocheront les Québécois et les membres des Premières Nations.

« Cette rivière nous guide, nous berce, depuis des temps immémoriaux. On y trouve des frayères uniques pour la reproduction de la ouananiche. C’est un endroit propice au canot, au camping », fait valoir le chanteur, qui souhaite voir les gens reprendre contact avec la nature. C’est l’un des messages véhiculés par son album qui, déjà, suscite une forte résonance.

Sorti en mars, le simple Ashuapmushuan s’est niché rapidement à la 40e position du palmarès IMC (Indigenous Music Countdown). Le voici maintenant qui pointe en deuxième place et son ascension n’est pas terminée. « Pour un petit gars de Mashteuiatsh, c’est l’fun », laisse échapper le Jeannois, qui n’avait jamais atteint de tels sommets.

Réalisé avec des moyens plus conséquents, grâce à une bourse du Conseil des arts du Canada, le nouvel enregistrement est porté par une vague qui réchauffe le coeur de Mike Paul. Il sent que quelque chose se passe et se prend à espérer qu’au-delà de sa personne, cet élan soit annonciateur d’un rapprochement entre les Premières Nations et les Québécois.

« À travers ma musique, je communique un message positif et de plus en plus, je sens que les Québécois sont avec nous. Je suis âgé de 41 ans et je n’avais jamais vu ça de ma vie. On avance dans un meilleur vivre ensemble », anticipe l’artiste qui, dès les prochains jours, pourra prendre la mesure de ce rapprochement.

Sans que ce soit la tournée officielle d’Ashuapmushuan, il va donner plusieurs spectacles en commençant par rayonner au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le 21 juin, on l’attend au Centre d’amitié autochtone de Roberval, tandis que le 23, on pourra le voir aux côtés de la troupe Québec Issime, dans le cadre d’une production télévisée soulignant la Fête nationale.

Une autre escale le mènera à Tadoussac, plus précisément au Gibard, le 1er juillet. Puis, ce sera Saint-Félicien le 7 juillet, Dolbeau-Mistassini (15 juillet) et plein d’autres destinations qu’il serait prématuré d’annoncer. Tout ça pour dire que ça roule pour Mike Paul, dont le deuxième simple a justement pour titre Ashinetau. Soyons fiers.