La comédie musicale de Michel Tremblay Demain matin, Montréal m’attend, était de passage à Sherbrooke mercredi soir

Les couleurs de la nostalgie

La fougue de la comédie musicale Demain matin, Montréal m’attend, présentée mercredi soir à la salle Maurice-O’Bready, n’a pas manqué de répondre aux attentes des Sherbrookois. René-Richard Cyr, qui a adapté et mis en scène le classique de Michel Tremblay, a montré que la pièce ne fait que s’améliorer avec l’âge.

Ceux qui y cherchaient de la nostalgie se sont fait servir l’essence des années 1970 sur un plateau d’or.

La pièce a enflammé le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke de toutes ses couleurs. L’énergie de la distribution et la justesse de l’exécution rendent justice à la personnalité ainsi qu’à la stature de l’œuvre de Tremblay. Les costumes, d’une qualité et d’une créativité remarquables, donnaient le ton à chaque scène, participant au décor de manière importante.

La jeune Louise Tétrault (Marie-Andrée Lemieux), qui vit à Saint-Martin en campagne, décide d’un pied ferme de partir s’installer à Montréal. Sa victoire dans un concours de talent l’a convaincue qu’elle peut percer dans le domaine de la scène et de la chanson, tout comme sa sœur aînée. Or, cette dernière, qui chante sous le nom de Lola Lee, a travaillé dur pour arriver « au sommet ». Elle décide donc de montrer à sa petite sœur ce qu’est vraiment la vie du show-business à Montréal. Un monde où défilent prostituées, danseurs gais, travestis, amertume et un « écœurant » du nom de Johnny s’ouvre plutôt à elle dans une envolée de paillettes.

La comédie musicale se déroule sur une plus petite scène, laquelle est ornée d’une arche pop stylée. Un rideau de franges amovibles y est suspendu, un beau clin d’œil aux années où se déroule l’histoire. Derrière, de vivants jeux de formes et de couleurs, notamment en kaléidoscope, apparaissent sur un écran circulaire. Tantôt porte d’entrée de bordel, tantôt scène d’un concours de talent régional, la grande arche guide l’imaginaire vers les divers lieux d’action. Rien d’autre n’était nécessaire comme élément de décor, ne serait-ce que les tables et les chaises de métal, propres à l’époque, ou les chaises berçantes de la mère Tétrault. Celles-ci, d’un turquoise aussi vif que les ambitions de Louise, sont d’ailleurs ingénieusement renversées et utilisées comme bancs d’autobus à la scène suivante.

Un personnage fort n’attendait pas l’autre. La Lola Lee d’Hélène Bourgeois Leclerc a séduit le public dès son apparition, avec son assurance et son attitude désinvolte. Laurent Paquin en talons hauts lui, dans la peau de La Duchesse, a fait monter les applaudissements d’un cran avec sa mélancolique interprétation de Les lamentations de la duchesse.

La musique originale de François Dompierre suscite encore autant d’émotions, avec ses solos tragiques ou avec les entraînants succès d’inspiration sud-américaine de Lola Lee. Les voix se mêlent fluidement à la musique, et les chœurs font vibrer la salle aussi bien qu’ils jouent leurs multiples rôles.