Le directeur de Biblairie GGC, Étienne-Guy Caza
Le directeur de Biblairie GGC, Étienne-Guy Caza

Les commandes de livres en ligne explosent

En ces temps de pandémie, le livre est un refuge, une valeur sûre, un objet de réconfort. Les commandes en ligne en témoignent à la Biblairie GGC à Sherbrooke : elles ont fait un bond vertigineux à la suite de la fermeture du magasin au public. Un phénomène qui se reflète au Québec, alors que les Librairies indépendantes du Québec (LIQ) ont vu leurs ventes en ligne exploser d’environ 1000 % depuis la fermeture des librairies le 24 mars.

Habituellement, à la Biblairie GGC, on compte entre 15 et 20 commandes en ligne par jour. Depuis la fermeture, on parle plutôt de 150, voire 170, raconte Étienne-Guy Caza, directeur général.

« Le grand avantage que l’on a, c’est qu’on a un grand inventaire. Les libraires.ca se sont ajustés depuis le 24 mars pour ne rendre disponibles que les stocks que l’on a en magasin. J’ai eu une explosion de commandes. J’ai un inventaire gigantesque à l’année longue. J’ai six personnes qui travaillent à temps plein pour fournir les commandes. »

La Biblairie envoie ainsi dans d’autres régions des titres devenus manquants dans d’autres librairies.

Fait intéressant, les livres québécois ont la cote : ils trônent dans les livres les plus vendus.

En ce moment, souligne M. Caza, les livres les plus vendus sont ceux sur le jardinage (se faire un potager à la maison), les livres policiers et les livres québécois.

« Les gens veulent prendre des moyens pour ne plus être pris, pour être autosuffisants », analyse M. Caza, qui note également que les livres scolaires sont très populaires.

Le roman québécois trône d’ailleurs en première place dans les meilleures ventes des libraires.ca, la plateforme de la LIQ.

Plus de 100 libraires indépendants, dont GGC, sont regroupés sous la bannière « les libraires ».

Carolyne Blanchard, gérante de la Biblairie GGC

« Cette semaine on parlait beaucoup d’achat local. Nous, c’est notre slogan depuis toujours. On l’incarne bien avec cette plateforme qui rassemble une centaine de librairies au Québec, quelques-unes dans les Maritimes et en Ontario. Cette infrastructure-là, qui permet aux consommateurs d’encourager et de soutenir l’achat local à travers le commerce en ligne, elle est au maximum de sa capacité présentement », commente Jean-Benoît Dumais, directeur général à la coopérative des librairies indépendantes du Québec (LIQ).

La plateforme regroupe la somme des inventaires de chacune des librairies.

Au moment de passer au panier, grâce à un algorithme, on offre aux clients les librairies qui sont à même de traiter leurs commandes le plus rapidement possible, explique M. Dumais. « Ça m’émeut encore : je vois parfois quelqu’un qui est dans le nord de Montréal qui commande le seul exemplaire disponible d’un livre à Gaspé. »

Ces librairies indépendantes sont reconnues pour garder les livres de fond (autres que les meilleurs vendeurs et les nouveautés).

Est-ce que cette crise pourrait enraciner les comportements des clients? « La pénétration que le site a présentement, c’est ce à quoi on aspire. Le contexte et le message font en sorte que plus de gens découvrent le site », avance M. Dumais.

Et qu’en est-il des livres numé- riques? Selon Jean-Benoît Dumais, les ventes de livres numériques ont augmenté de l’ordre de 300-400 %. Sur la plateforme les libraires.ca, l’acquisition des livres numériques se fait à travers les libraires qui ont pignon sur rue.

Des temps difficiles

Ces ventes ne remplaceront cependant pas les visites en magasin. Les gens qui passent leurs commandes en ligne sont des gens que M. Caza voit normalement en succursale.

« Ça ne compensera pas », note M. Caza. Même si les commandes en ligne ont augmenté, la biblairie fait actuellement de 10 à 15 % de son chiffre d’affaires. La Biblairie emploie 50 employés; seulement une dizaine d’entre eux sont au boulot. Deux semaines avant que le magasin ferme, les gens se sont empressés de faire des provisions, note M. Caza, qui estime qu’en termes de vente, cette période de deux semaines arrive juste après celle des Fêtes et de la rentrée scolaire.

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Les albums jeunesse sous forme de prêts numériques ont connu une hausse important au Réseau Biblio de l’Estrie.

Les jeunes se tournent vers les livres numériques

Les prêts numériques connaissent une forte progression au réseau BIBLIO de l’Estrie. La hausse est particulièrement marquée chez les jeunes, comme partout en province. Au Québec, les prêts de documentaires jeunesse ont bondi de 349 %.

Cette progression s’est considérablement accentuée dans les dernières semaines.

Il n’y a pas que les jeunes qui se tournent vers cette ressource numérique : l’intérêt est généralisé. Ainsi, en Estrie, entre mars 2019 et mars 2020, le nombre de prêts a augmenté de 54 %. Un tableau qui ressemble à l’ensemble du Québec, où la hausse de prêts est de 56 %. 

Dans la province, les prêts sont ainsi passés de 169 726 en mars 2019 à 265 021 un an plus tard, constate la directrice générale du réseau BIBLIO de l’Estrie, Joëlle Thivierge, également administratrice de Bibliopresto. 

L’organisme Bibliopresto administre la plateforme pretnumerique.ca. Cette plateforme permet aux lecteurs québécois d’emprunter des livres numériques en se branchant au site web de leur bibliothèque.

Les prêts connaissent une popularité marquée chez les jeunes. « C’est extraordinaire. On espère que ça va se poursuivre. L’avenir nous le dira », commente-t-elle, en soulignant que le produit est là pour rester, même après la crise. 

Le réseau BIBLIO de l’Estrie est un fournisseur de produits et de services dans 53 municipalités estriennes de moins de 5000 habitants. Le réseau sert à soutenir de petites bibliothèques municipales, qui sont souvent tenues par des bénévoles. Ces espaces sont maintenant fermés au public.

« Ce que les gens découvrent, c’est un autre accès à la bibliothèque. Les établissements sont fermés physiquement, mais les bibliothèques sont encore en mesure d’offrir les services », dit-elle en énumérant notamment les banques de données et les heures du conte en ligne. 

Avant la crise, les personnes qui se tournaient vers les prêts numériques étaient davantage des personnes âgées. Or, avec la fermeture des écoles et des établissements d’enseignement, les plus jeunes se tournent davantage vers le numérique, pour des romans, des documentaires et des bandes dessinées, entre autres.

Selon les données de la plateforme pretnumerique.ca, pour le livre adulte, seule la catégorie tourisme et voyage connaît une diminution, de l’ordre de 9 %. 

Un peu de réconfort

Par ailleurs, des initiatives sont mises en place afin de ne pas laisser les gens sans livres... et sans le réconfort qui vient avec eux.

La Ville d’Asbestos a décidé de mettre en place un service de prêts mobile pour pallier la fermeture de sa bibliothèque. 

Le service a été lancé la semaine dernière. « Je ne livre pas que des livres, je livre du bonheur. C’est l’fun de voir les sourires », constate Vicky Simoneau, responsable de l’animation et préposée au comptoir de prêts à la bibliothèque municipale d’Asbestos, qui fait elle-même les livraisons.

Beaucoup de personnes ont été prises de court lorsque les bibliothèques ont été fermées : plusieurs n’avaient pas eu le temps de se constituer une réserve, raconte-t-elle en entrevue téléphonique. « Il y a une forte demande », constate-t-elle. Les citoyens ont donc accès à quelque 36 000 livres qui se retrouvent dans les rayons de la bibliothèque, qu’ils peuvent réserver par internet ou par téléphone. 

Les gens cherchent des sources de divertissement et la lecture en fait partie, note le maire d’Asbestos Hugues Grimard, qui se dit heureux de pouvoir offrir ce service. Le service a été mis sur pied en fonction d’une panoplie de règles d’hygiène. Par exemple, énumère Mme Simoneau, les livres restent dans un sac pendant 48 heures lors du retour.  Isabelle Pion