Roy Dupuis

Les choix de Roy Dupuis

Plusieurs éléments ont donné envie à Roy Dupuis de jouer dans Roche papier ciseaux : l'audace du scénario, l'intelligence de l'écriture et des personnages (« même s'ils sont dans la m...»), la structure moderne du film, et surtout cette peinture d'un Québec qu'on ne voit pas si souvent dans le cinéma d'ici.
«Déjà, en partant, on a un jeune Amérindien du Nord, pour qui la vie n'est pas facile et qui tente d'améliorer son sort. Plus tard, on rencontre l'immigrant italien, le mafieux chinois... C'est ce Québec cosmopolite en toile de fond qui donne un portrait moderne. Le Québec, ce n'est pas juste le sud, ni juste les Occidentaux. La réalité autochtone m'intéresse de plus en plus et je crois que nous avons beaucoup plus appris des Amérindiens qu'on nous l'a enseigné.»
L'acteur a aussi été séduit par cette histoire d'un genre qu'il n'avait encore jamais vu ni ici, ni du côté du Canada anglais. « Je ne choisis pas seulement en fonction du rôle. Un personnage extraordinaire dans un film ordinaire ne m'intéresserait pas. J'ai eu envie de jouer Vincent parce qu'il se trouvait dans une histoire à laquelle je voulais participer.»
Quoi jouer?
Vincent est un médecin radié, ex-joueur compulsif, qui rembourse ses dettes à la pègre chinoise en faisant de sales besognes. Mais avec sa conjointe nouvellement enceinte, le chirurgien tente de trouver un moyen de se sortir de cette impasse. Son destin croisera celui de Lorenzo, un vieil Italien en quête d'argent pour réaliser le souhait de sa femme mourante. Boucane, ce jeune autochtone parti de la Baie-James pour une vie nouvelle, sera aussi sur sa route.
Roy Dupuis acquiesce lorsqu'on lui suggère que ce film porte sur les choix, les bons comme les mauvais. « C'est une bonne lecture, mais il y a aussi l'élément du hasard, comme lorsqu'on choisit de jouer la roche, le papier ou les ciseaux. Cette force plus grande que nous, qui semble nous pousser dans un sens, est représentée ici par une éclipse de Lune.»
« Vincent n'est pas un caractère fort. C'est un homme effacé. Il voudrait disparaître. Il ne voit pas de porte de sortie pour quitter la brutalité dans laquelle il baigne. Jusqu'à ce qu'une chance se présente et qu'il choisisse de la prendre... »
C'est au fil de leurs discussions que Roy Dupuis et le réalisateur Yan Lanouette-Turgeon ont convenu que Vincent serait joué de façon très intérieure, presque flegmatique. « Quand tu ne veux pas être là où tu es, que tu te caches un peu, tu rumines plus que tu n'agis. J'ai donc proposé à Yan un jeu minimaliste.»
Un mur de photos
Le fait qu'il s'agisse d'un premier long métrage pour le réalisateur n'a fait aucune différence pour le comédien d'expérience. « Yan avait déjà réalisé plusieurs publicités et des courts métrages. Il était très préparé et sa direction a toujours été claire. Il avait couvert un mur entier de photos pour son story-board. On ne s'est pas perdu dans mille questions : ça allait de soi. Chaque réalisateur a sa méthode de travail, mais il y a des techniques qui sont pareilles pour tout le monde.»
Roche papier ciseaux est le premier de trois longs métrages dans lequel apparaît Roy Dupuis et qui seront lancés en 2013. Dès le 15 mars prochain, la production Canada-Suisse Cyanure, de Séverine Cornamusaz, nous le montrera en homme incarcéré devant composer avec les attentes d'un fils adolescent qui l'idéalise et fantasme sur la sortie de prison de son paternel.
Dans L'autre maison, de Mathieu Roy, le comédien incarnera plutôt un reporter international qui tente de trouver un foyer d'accueil pour son père en perte d'autonomie. Il se heurtera toutefois au cadet, qui s'est jusque-là occupé de l'homme vieillissant. Aucune date de sortie n'a été annoncée pour l'instant.
Sus à Val-Jalbert!
Membre fondateur et président honoraire de la Fondation Rivières, Roy Dupuis s'est évidemment réjoui de l'abandon récent, par le gouvernement du Québec, de six projets de minicentrales hydroélectriques.
« C'est au moins ça de réglé. C'est ce qu'on se tue à dire depuis dix ans, pas seulement pour des raisons environnementales, mais aussi économiques. Les études de Jean-François Blain, un analyste en énergie qui travaille avec la Fondation Rivières, ont fini par convaincre que nous sommes en surplus important d'électricité, et pour longtemps. Maintenant, il reste à voir si le gouvernement sera cohérent dans sa décision et stoppera aussi Val-Jalbert. Si les six autres centrales ne sont pas rentables, celle-là ne le sera pas davantage. Ni La Romaine d'ailleurs.»