L’auteure Mélanie Noël et le photographe René Bolduc lancent l’exposition de photos et le livre Les futurs disparus, dont les clichés ont été pris exclusivement à l’aide de chambres photographiques comme celle-ci.

Les Cantons-de-l’Est en poésie et en nostalgie

L’évolution du mortel et la ténacité de l’intemporel fascinent l’auteure Mélanie Noël et le photographe René Bolduc, au point d’unir leur pratique artistique. Les deux créateurs inaugurent le samedi 19 mai leur exposition Les futurs disparus à la galerie d’art La Sacristie du village de Saint-Venant-de-Paquette. Une exposition qui est également devenue livre.

Le projet est né d’une rencontre à l’initiative de Richard Séguin, avec qui Mélanie Noël a déjà collaboré pour l’écriture d’une chanson. Connaissant également le travail de René Bolduc, le chanteur a proposé aux deux Sherbrookois de monter une exposition en ne fournissant qu’un point de repère à leur imaginaire : ils devaient s’inspirer des Cantons-de-l’Est.

Un ermite, un vieux couple amoureux, une maison rongée par les arbres, une église à la dérive... Telles sont les images noir et blanc que le tandem fait partager sur les murs et entre les pages. Les courts poèmes de Mélanie Noël, ses « photos en mots », remanient les idées de fin et de commencement et ont comme objectif de libérer le spectateur de toute linéarité, c’est-à-dire que les textes ne sont pas forcément inspirés par les clichés qu’ils jouxtent.

Bref, chacune de leurs propositions est indépendante dans ses intentions, mais leur mariage en amplifie considérablement le sens et la poésie.  

Les Cantons-de-l’Est qui n’existent plus  

« Les futurs disparus est un hommage aux humains qui disparaissent au quotidien et aux époques jadis rêvées qui sont maintenant des passés à raconter. Le récit des visages qui s’interchangent sur une terre qui se transforme et appartient à tous les temps », écrit l’auteure.

« Ça donne accès à une partie du territoire qu’on ne verrait pas nécessairement, et à des gens qu’on ne croiserait pas nécessairement au Carrefour de l’Estrie », explique Mélanie Noël. René Bolduc ajoute que plusieurs personnes et paysages présents dans ses clichés n’existent plus aujourd’hui.  

Les images ne sont accompagnées d’aucune explication. « Chaque personne voit la photographie à sa façon et se laisse porter par l’histoire qu’il imagine. C’est ce que je recherche : que les gens voyagent à travers l’exposition et le livre », exprime René Bolduc.  

Les photographies de René Bolduc sont à la fois hors de l’ordinaire et hors d’époque, dans le beau sens du terme. Adepte des techniques qui ont démocratisé la photographie au XIXe siècle, il chasse les coins perdus, les terres reculées et les gens solitaires, armé de ses chambres photographiques.

« Les gens colorés, qui ont quelque chose à raconter, ce sont eux qui m’attirent. Chaque photo est une rencontre », confie-t-il.  

Ses appareils à voyager dans le temps lui permettent, avec nombre d’ajustements et quantité d’expertise, de capturer des portraits et des paysages sur film ou encore sur plaque humide de collodion.

Cette technique ancestrale l’a obligé à aménager une chambre noire à l’arrière même de sa camionnette. Quelques secondes à plusieurs minutes d’exposition sont nécessaires pour la prise d’images avec chambre photographique, ce qui rend parfois la réalisation de portraits extrêmement délicate.

« Sans que rien de toi ne s’efface en moi »

Des images aux noirs profonds et aux passés riches s’immortalisent ainsi. Ces histoires, dont certaines sont collectionnées par le photographe depuis les années 1990, sont tombées entre les mains de la poétesse Mélanie Noël comme un « outil contre l’oubli ».

« J’ai choisi les photos des Cantons-de-l’Est qui m’inspiraient et qui me parlaient le plus, dit Mélanie Noël. Je m’intéresse au passage du temps, aux cycles, au souvenir. J’aime voir les enfants qui se cachent dans les personnes âgées. Et les rides sous les traits des enfants que le temps fera ressortir. »

Un an est passé depuis leur première rencontre, un an où l’auteure a laissé les photos la transporter et les mots l’inonder.

« Tout le processus, commente un René Bolduc nostalgique, m’a fait voyager. Je suis retourné en arrière dans mes photos et c’est génial de voir quelqu’un comme Mélanie y réagir. »

C’est Richard Séguin qui a signé la préface. « Au fond, les images de René Bolduc et les poésies rêveuses de Mélanie Noël ne sont-elles pas ces murmures de l’inconscient qui réaffirment en chacun de nous ce sentiment profond que rien ne s’efface en soi des paysages, de l’espace, des visages, de ces instants arrachés à l’oubli? » écrit-il.

L’exposition est accompagnée de la musique de la compositrice et pianiste Alexandra Stréliski.

Le livre sera mis en vente (30 $) au lesfutursdisparus.com, à la Biblairie GGC, dans deux librairies de Montréal (Le Port de tête et Zone libre) et une de Québec (librairie Le Quartier).

Voulez-vous y aller?

Exposition Les futurs disparus
Du 19 mai au 15 octobre 2018
Galerie d’art La Sacristie
Saint-Venant-de-Paquette

Lancement du livre Les futurs disparus
Mardi 29 mai, 17 h
Boquébière, Sherbrooke
Entrée gratuite

Plusieurs personnes et paysages présentés dans les clichés n’existent plus aujourd’hui, mentionne René Bolduc.