Eric Bibb est en spectacle au Sherblues ce soir, au Théâtre Granada.

Les bleus de l’autre

S’il y avait une définition dans le dictionnaire pour l’expression « secret bien gardé », le nom d’Eric Bibb ne serait sûrement pas très loin. Sauf que ce secret est un peu plus connu des Estriens depuis environ six mois. Depuis que l’on sait que Migration Blues, le plus récent album de ce New-Yorkais d’origine, s’est retrouvé en nomination pour un Grammy en janvier dernier. Et que ce disque a été enregistré dans le studio AudioBec de Larry O’Malley, dans le Canton de Hatley.

« Larry est un gars fantastique! » commente le musicien de 66 ans, en entrevue téléphonique depuis New York, où il se préparait à une courte tournée de trois concerts au Québec (Bromont, Sherbrooke et Mont-Tremblant), en formule duo avec Michael Jerome Browne. Le même Michael Jerome Browne qui a réalisé sept de ses albums au studio AudioBec et qui l’a recommandé à Eric Bibb. Le musicien a ainsi immortalisé les chansons de Migration Blues non loin du mont Bellevue, mais aussi d’autres morceaux destinées à des albums à venir.

Et il profitera de son passage à Sherbrooke pour fignoler quelques pièces avec Larry O’Malley. « Je n’allais pas rater cette chance de retravailler avec lui », commente, en riant, celui qui lancera un nouveau disque en octobre.

On pourrait dire qu’Eric Bibb est né dans la potion magique de la musique mais aussi des droits civiques. Son père Leon Bibb (1922-2015) était non seulement un chanteur connu (il a déjà été en nomination pour un prix Tony), mais également un activiste pour les droits des Afro-Américains, qui s’est retrouvé aux côtés de Martin Luther King lors des marches de Selma en 1965. Son parrain Paul Robeson était encore plus engagé dans le mouvement, en plus d’être lui aussi chanteur et acteur. Pas étonnant que les chansons d’Eric Bibb parlent aujourd’hui de rapprochements entre les êtres humains, et pas seulement des bleus de l’âme.

« J’ai eu une enfance très inspirante. J’ai rencontré énormément de gens [dont Bob Dylan] qui avaient comme idée de rendre le monde meilleur. »

Jusqu’à dénoncer parfois les impostures, comme le fait sa plus récente chanson, What He’s Gonna Say Today (Que va-t-il dire aujourd’hui?), en référence à la présidence américaine.

« C’est ma réponse, mais je n’ai pas l’intention de la jouer en spectacle aux États-Unis, car mon but n’est pas de créer un drame », souligne-t-il.

Quitter son pays d’origine pour vivre ailleurs dans le monde (notamment en France, en Angleterre, en Finlande et maintenant en Suède, où il est établi depuis plusieurs années) lui a aussi ouvert d’autres horizons sur la condition humaine.

Migration Blues fait évidemment référence aux crises migratoires actuelles. « C’est une époque dramatique que nous vivons. C’est impossible de ne pas en être conscient. Mais Migration Blues parle de plein de choses, pas seulement de mon propre regard sur cette question », dit celui qui est allé chercher, pour l’album, des collaborateurs d’Afrique de l’Ouest, déjà très sensibilisés à ces enjeux.

S’il aborde des sujets peu courant dans le blues, Eric Bibb se rattrape avec la musique, retournant aux racines, celles d’avant la guerre.

« Je suis profondément inspiré par le blues traditionnel. Cela ne veut pas dire que je n’utilise aucun instrument électrique, mais il est vrai que c’est l’acoustique qui domine dans mes chansons et mes spectacles. Il faut dire qu’avec un partenaire comme Michael Jerome Browne, qui peut jouer de la guitare, du banjo, de la mandoline et du violon, je n’ai souvent besoin de rien d’autre », dit-il en éclatant de rire.

Stéphane Moraille

NUANCE DE (SHER) BLEU

Elle fut pendant longtemps la voix féminine de Bran Van 3000. Le refrain de Drinking in L.A., c’est elle. Mais Stéphane Moraille est aussi une avocate, qui a même été candidate pour le NPD lors d’une élection partielle en 2013. Avec la sortie de Daïva, son premier album solo, en février dernier, la femme de droit fait plus qu’un retour à la musique : elle plonge aussi dans ses racines haïtiennes. Celle qui a été élevée en périphérie de Port-au-Prince a en effet retrouvé le funk et le soul qu’on lui connaissait, mais en insérant des textes en créole parmi ceux en anglais, flirtant du même coup avec la musique du monde. À 20 h, à la Grande Scène du Sherblues

Vous voulez y aller?

Eric Bibb
Vendredi 6 juillet, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 28,50 $

Également au programme Paule Magnan
Scène Rythme et blues, 18 h

Yann Perreau
Grande Scène, 21 h 15