Contenu commandité
Les belles années de la télé sherbrookoise
Arts
Les belles années de la télé sherbrookoise
Le 12 août 1956, 13 h. Pour la première fois de l’histoire, les Sherbrookois peuvent regarder une émission de télévision locale. Juste avant de laisser la future vedette Louis Bilodeau faire visiter les studios de CHLT-TV, les téléspectateurs sont invités à visionner un film sur la construction du transmetteur qui permet cette diffusion. CHLT-TV deviendra ensuite un phare de la télévision québécoise et un tremplin pour de nombreuses étoiles en ascension. Cette semaine, La Tribune vous offre un retour dans le passé de cette station bien de chez nous.
Partager
Les belles années de la télé sherbrookoise

Arts

Les belles années de la télé sherbrookoise

Louis Bilodeau, Ti-Blanc Richard, sa fille Michèle, Jean-Luc Mongrain, Offenbach (alors appelé Les Gants blancs) et Renée Martel ne sont que quelques-unes des personnalités qui sont passées par les studios de Télé-7 à un moment ou à un autre de leur carrière. Bien souvent, c’est à CHLT-TV que ces carrières ont pris leur envol.

La conservatrice du Musée d’histoire de Sherbrooke, Karine Savary, assure que Sherbrooke a joué un rôle marquant dans la télévision québécoise. Selon elle, l’antenne sherbrookoise avait des cotes d’écoute très impressionnantes, ce qui faisait concurrence à la métropole.

« On pouvait voir les émissions de CHLT jusqu’à La Tuque et Saint-Georges-de-Beauce. Il y a eu des émissions phares comme Soirée canadienne. Cette émission venait chercher les gens : on racontait le quotidien des localités à travers le Québec. La plupart des vedettes qu’on pouvait avoir à l’antenne finissaient souvent à Montréal. On avait de bonnes idées, de bons contenus, de bonnes réalisations. La télé était vraiment bonne. On venait chercher les équipes d’ici pour les avoir dans la métropole », exprime-t-elle, citant en exemple le Café Show, qui a été l’ancêtre de Salut bonjour!

Louis Bilodeau est de la toute première heure de diffusion de CHLT-TV en 1956, lorsqu’il fait découvrir aux téléspectateurs les plateaux de la toute nouvelle antenne. « C’était la vedette inconditionnelle du poste, insiste Mme Savary. À l’époque, c’étaient de très petites équipes, donc on faisait tout : l’animation, la recherche, les décors, etc. C’était en direct, donc il y avait beaucoup de préparation, mais pas de possibilité de répéter. Dès qu’une émission se terminait, l’autre commençait. Il y avait parfois deux décors sur le même plateau. S’il y avait un plateau de cuisine à côté et que le cuisinier préparait ses plats et ses casseroles pour aller plus vite, ça se pouvait qu’on l’entende dans l’autre émission. »

Soirée canadienne: le micro au peuple

Arts

Soirée canadienne: le micro au peuple

Animateur très populaire de CHLT, Louis Bilodeau a assuré l’animation de Soirée canadienne durant 23 ans. Mais pas question de profiter de sa notoriété : le tout premier présentateur à être passé dans le petit écran des Sherbrookois était humble, selon son fils Jean Bilodeau.

« Mon père était une personne de famille, très simple. Chaque année, il faisait sa tournée de Soirée canadienne : au début de l’été, il partait en voiture et choisissait certains villages et villes. Il arrêtait à la station-service pour demander qui était le maire. Les gens le reconnaissaient, donc lui indiquaient comment le trouver. Il se présentait à la maison du maire pour savoir s’il était intéressé à participer à l’émission », raconte M. Bilodeau, se rappelant que son père travaillait six jours par semaine. 

De la Californie à Sherbrooke

Arts

De la Californie à Sherbrooke

Âgée alors de 16 ans, Renée Martel habite aux États-Unis avec sa famille lorsque son père, Marcel, reçoit un appel : il se fait offrir un emploi d’animateur à CHLT-TV. Les Martel mettent le cap sur le Canada et la reine du country entame une carrière toujours active six décennies plus tard.

C’est d’ailleurs à l’émission de son père que Renée Martel a commencé sa carrière. « J’ai beaucoup de beaux souvenirs, exprime-t-elle, le sourire dans la voix. Mon père avait une émission en direct deux ou trois fois par semaine. On a accueilli beaucoup d’artistes [Jacques Michel, les Sultans, Anne Renée, entre autres]. Ça nous a permis de travailler dans les salles de danse sept soirs par semaine. »

« Avec les caméramans, on était comme une famille », enchaîne Mme Martel, qui était pratiquement 24 h sur 24 avec son père et ses musiciens. Pour mon père, ç’a été un deuil quand ça s’est terminé. Il aimait faire cette émission. Tout le monde la regardait. »

C’est ainsi que la jeune chanteuse commença à sortir du lot. « J’ai commencé à être connue et j’ai fait mes premiers disques avec Meteor, une compagnie de disques de Sherbrooke. J’ai eu mes premiers succès grâce à CHLT, car c’est là que je les chantais », se souvient l’artiste.

Renée Martel était si appréciée en ville que les gens pensaient qu’elle était Sherbrookoise. « J’étais tellement associée à CHLT que quand j’ai été nommée révélation de l’année, Sherbrooke m’a organisé un défilé dans ses rues », se rappelle la native de Drummondville, éclatant de rire.

Vedettes

En province, les artistes de CHLT étaient des vedettes, témoigne la reine du country. « Quelques-uns sont ensuite allés à Montréal, comme moi, Michèle [Richard], Jean Nichol, etc. C’était la place pour se faire voir », assure-t-elle.  

Est-ce que ce tremplin télévisuel existe encore aujourd’hui? « Je ne pense pas, répond Mme Martel. Ça n’existe plus, des émissions comme ça. La variété n’existe presque plus. Il y avait une grande place pour que les artistes viennent présenter leurs chansons. Aujourd’hui, on ne voit plus personne. Espérons que quelqu’un va se réveiller un jour et faire une émission pour que les gens puissent venir chanter leur s chansons. Je ne dis pas de revenir en arrière », dit celle qui se remet d’un cancer. Elle vise un retour à la télé en 2021. 

Émissions phares et sherbrookoises

Arts

Émissions phares et sherbrookoises

Des émissions sherbrookoises d’affaires publiques et de variétés ont été bien populaires à CHLT. Sherbrooke a été un tremplin pour les animateurs Jean-Luc Mongrain, avec L’heure juste et Mongrain de sel, puis François Paradis, qui était à la barre du Café Show.

Jean-Luc Mongrain se souvient très bien de ses débuts à l’Heure juste. Au départ, il devait animer cette émission occasionnellement, les mercredis où le Canadien ne jouait pas. « Rapidement, l’émission s’est avérée être très suivie. Ce qui devait être occasionnel est devenu régulier. J’ai donc fait L’heure juste pendant dix ans », se réjouit le populaire animateur en entrevue téléphonique avec La Tribune.

« Ce qui était assez inusité, c’est que la popularité de l’émission L’heure juste, produite à Sherbrooke, est devenue assez forte que les premiers ministres venaient ici pour participer à l’émission », dit celui qui a accueilli les René Lévesque, Brian Mulroney, Robert Bourrassa et plusieurs autres personnalités.

Mongrain de sel  

« À la deuxième saison, j’ai dit que je pouvais faire ça tous les jours, une émission de télé. J’ai proposé de dire ce que je pense, de prendre des commentaires des gens par téléphone et de faire des entrevues avec les gens qui font l’actualité. Et je vais prendre mon café et lire mes journaux comme tout le monde le fait! On a commencé [en septembre] cette émission sans prétention. Puis [Mongrain de sel] est devenue une émission réseau », décrit-il.

D’ailleurs, Jean-Luc Mongrain n’a pas été averti de la première diffusion sur le réseau en entier. « Ils ont pesé sur le bouton un lundi matin. Ma mère m’a dit que des gens me voyaient dans la télévision montréalaise. Je répondais que, comme l’antenne de Télé-7 est puissante, des gens reçoivent le signal. Elle me dit non, c’était à TVA! C’est comme ça que j’ai appris que j’étais diffusé sur le réseau! » raconte l’animateur en riant. 

Est-ce qu’il pensait que son émission allait devenir si populaire? « Je n’ai jamais rien pensé. Je n’ai jamais eu de plan de carrière ni de velléité de devenir populaire. Je le faisais parce que j’aimais le faire.  L’atmosphère et les équipes étaient intéressantes, donc c’était une belle expérience », répond celui qui a commencé sa carrière à CJRS Radio avant de cofonder un hebdomadaire en 1982, La Nouvelle, qui a été racheté par La Tribune. 

« J’ai fait des choses par passion et par plaisir. ». 

Même après plusieurs décennies dans la métropole, Jean-Luc Mongrain est encore attaché à l’Estrie. « C’est là où, médiatiquement, je suis né. Je crois qu’il ne faut jamais oublier le berceau d’où on vient, peu importe où on s’en va », dit celui qui est arrivé à Sherbrooke en 1970 pour ses études universitaires, mais qui est né à Montréal. 

Café Show

Avant d’être président de l’Assemblée nationale du Québec, François Paradis a fait carrière dans les médias. Cette première carrière a pris une tournure lorsqu’il s’est fait proposer d’animer le Café Show et qu’il a mis le cap sur Sherbrooke. 

« C’était l’émission du matin, l’émission phare. C’était celle où on souriait, où on apprenait et on trouvait de l’énergie. J’ai eu le bonheur de me joindre à l’équipe, d’abord à Québec. Quand je me suis joint à temps plein au Café Show, je crois que c’était une amorce de carrière extrêmement valorisante », dit celui qui a commencé dans le métier à une émission du réseau Pathonic à Québec en 1984.

François Paradis a eu la chance de faire partie de Café Show jusqu’à la fin de sa présentation. « Au début, j’étais appelé à faire de l’information internationale et nationale. J’avais un coanimateur. C’était inventif et imaginatif. Aujourd’hui, on fait du virtuel, et on se parle d’un peu partout, mais c’était aussi notre marque de commerce », se rappelle le député, qui a encore une photo de Ti-Bob [Robert de Courcel] et de lui dans son bureau de comté, prise lors de la 1000e du Café Show. 

Et selon les dires de M. Paradis, tout le monde connaissait l’émission matinale. « J’ai rarement vu dans ma carrière une telle appropriation d’une émission. J’allais faire mon jogging le matin dans la Rive-Sud de Québec et les gens me criaient : “Café Show!” C’était hallucinant! C’est un énorme privilège. Avec les émissions que j’ai animées depuis 30 ans, les gens m’abordent comme si on était très intimes. Les gens m’appellent François et c’est le Café Show qui a mis ça au monde », raconte celui qui a aussi animé L’enfer ou le Paradis, TVA en direct.com et bien d’autres émissions avant de se lancer en politique. 

« Je me rappelle la décision ultime. Les décideurs avaient à choisir entre le Café Show ou Salut bonjour! Je jouais au tennis avec Bob quand la décision est tombée. On a perdu là ce fil très privilégié avec les citoyens. Jusqu’à la dernière minute, on avait le sentiment de faire partie de la vie de tout le monde », résume l’ancien animateur.  

Lutte: « Sherbrooke était le thermomètre »

Arts

Lutte: « Sherbrooke était le thermomètre »

« Si Télé-7 n’avait pas existé, la lutte n’aurait pas été ce qu’elle a été », convient l’ancien lutteur Louis Laurence, dit Le Fermier.

À Sherbrooke, les lutteurs avaient l’occasion d’enregistrer leurs émissions devant le public. « On a tellement eu de beaux étés là-bas. On voyait la réaction de l’assistance et on se disait : "Ho! cet été, on va faire de l’argent." C’était comme un thermomètre », se rappelle l’ancien lutteur, ajoutant que certaines fois, les organisateurs devaient refuser l’entrée aux spectateurs, trop nombreux. 

Selon M. Laurence, la Beauce et Sherbrooke étaient les vaches à lait de Montréal. « S’il n’y avait pas de télé, il n’y avait pas de lutte. Le monde croyait ce qu’il y avait à la TV. On pouvait leur faire accroire n’importe quoi. Tout le monde le croyait, ils l’avaient vu à la télévision! » raconte-t-il.

« Le temps où Sherbrooke a diffusé la lutte à la télévision, la vague était à son plus haut, décrit l’ancien lutteur. C’est Télé-7 qui a monté tout ça. Au Québec, des lutteurs étaient plus populaires que des joueurs de hockey. On voyait la face des lutteurs. »

Du noir et blanc à la haute définition

Arts

Du noir et blanc à la haute définition

Marcel Gagnon a vécu l’âge d’or du journalisme local. Pendant 50 ans, le Sherbrookois a signé des milliers de reportages pour CHLT, Télé-7 et TVA. Même en information, Sherbrooke avait la cote dans les années 1970 et 1980.

En 1980, en plus du vaste territoire desservi par Télé-7, la station sherbrookoise couvre l’actualité internationale. « Sous Pathonic, on avait une entente exclusive d’utilisation de CNN. Le bulletin Le Monde de 18 h. Les volets international, national et régional ont été diffusés de Sherbrooke pendant presque un an. Québec n’a pas aimé ça et l’a retrouvé », se rappelle le journaliste à la retraite.

En plus de couvrir de gros dossiers comme l’affaire Marion, Marcel Gagnon a eu l’occasion de multiplier les voyages de presse. « Des collègues de Montréal nous enviaient. Par exemple, dans les années 1980, Cascade de Kingsey Falls achète des usines en France. Je me souviens de dire à la directrice des nouvelles, Roxane Paradis, qu’il faut aller en France. J’ai présenté mon projet à mon patron, on est allés en France, on a fait les usines. Les collègues de Montréal pensaient que Cascade payait, mais c’était Télé-7 », dit celui qui a également visité Haïti et le Burkina Faso grâce à son métier de journaliste. 

Retraité depuis trois ans, Marcel Gagnon a vu beaucoup de technologies passer entre ses mains. « Jusqu’en 1980, on était sur le film 16 mm. Toute l’affaire Marion s’est faite sur le film. Le soir de la libération de Charles Marion, je fais une entrevue avec un grand ami à lui. Je pense que j’avais 700 pieds de film et on développait 32 pieds à la minute. On développait 100 pieds de film, on le passait en ondes. Pendant ce temps, le caméraman développait un autre 100 pieds de film! » commente celui qui a livré ses derniers topos en haute définition.

Des Gants blancs à Offenbach

Arts

Des Gants blancs à Offenbach

Offenbach a marqué le Québec avec sa musique rock remplie de poésie. Si l’histoire du groupe est bien connue, peu de gens savent que la première apparition télévisuelle de la bande de Gerry Boulet s’est réalisée à Sherbrooke. Denis Boulet, alors batteur des Gants blancs (l’ancien nom d’Offenbach), raconte.

« On avait fait une émission pour Ti-Blanc Richard dans les environs de 1964, raconte l’ancien batteur. Il était très connu. Il jouait du violon et avait son band avec lui. Dans cette émission, Michèle Richard et Chantal Pary étaient présentes. »

Quelle était l’ambiance avant de monter sur les planches du studio? « C’était notre première fois, donc on se tenait tranquille et on se tenait les oreilles droites! On était nerveux, mais on a cassé la glace », répond-il, ajoutant qu’à cette époque, le groupe avait beaucoup de contrats dans les salles de danse et dans les cabanes à sucre.

Ça claque!

Visiblement, le groupe a bien fait, puisqu’en 1966, les frères Boulet et leurs coéquipiers obtiennent une émission à CHLT, Ça claque avec les Gants blancs, diffusée tous les jeudis soir à 18 h. Tout ça pour la modique somme de... zéro dollar.

« Ça ne donnait pas une maudite cenne, ça! lance celui qui fait partie des membres fondateurs d’Offenbach avec Michel Lamothe, Johnny Gravel et son frère Gérald. Mais avec ça, tu arrivais à avoir des contrats. On pouvait jouer les vendredis, les samedis, les dimanches après-midi et les dimanches soir. Au bout de la ligne, quand on prend compte de tout ça, ça faisait un bon salaire. »