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Arts et spectacles
Les 90 ans du théâtre Granada : joyau nonagénaire
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Les 90 ans du théâtre Granada : joyau nonagénaire

Érigé au cœur du centre-ville en 1929, le Théâtre Granada célèbre cette année 90 ans d’existence. En neuf décennies, plusieurs pages d’histoire se sont écrites dans son cocon feutré. Pour souligner l’anniversaire de l’endroit au cachet unique, retour sur l’histoire et les particularités de la salle patrimoniale.

 Il suffit d’un passage au Théâtre Granada pour que le visiteur lambda saisisse le caractère particulier de l’endroit. On y entre et on a l’impression de faire un salto arrière dans le temps. 

Colonnes travaillées, portes en arches, dorures à tous vents, gargouilles, vitraux et ciel étoilé en guise de haut plafond sont quelques-unes des caractéristiques du joyau de la Wellington.

À l’époque de sa construction, pourtant, le Granada ne détonnait pas tant que ça. Il s’inscrivait dans un courant. 

« C’était un théâtre d’atmosphère comme on en bâtissait dans le temps. Les gens voyageaient moins que de nos jours, alors les théâtres d’atmosphère étaient construits avec le souci d’apporter un peu d’exotisme aux citoyens. On s’inspirait de villes du Sud pour concevoir le décor des salles de spectacle. Celles-ci devenaient des œuvres en soi », explique le directeur général de la Société d’histoire de Sherbrooke, Michel Harnois.

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Un théâtre hanté?

On peut difficilement parler du Théâtre Granada sans évoquer Georges, le gentil fantôme qui hanterait les lieux depuis qu’il est décédé sur place, dans le siège P13.

« Les points de vue divergent, il y a deux versions qui circulent. Selon la première, Georges était le concierge de la place, selon la seconde, c’était plutôt un habitué de la salle de cinéma. Dans un cas comme dans l’autre, l’histoire veut qu’on l’ait retrouvé mort dans son siège, au balcon », raconte Mme Landry.  

Ce banc emblématique n’a pas été remplacé lors du changement des sièges, l’an dernier. Pour le respect des morts autant que pour le folklore. 

« Plusieurs disent avoir été témoins de choses inexpliquées au Théâtre. Rien d’épeurant ou de menaçant, cependant. Des employés ont entendu des bruits étranges qu’ils ne s’expliquent pas, d’autres ont vu des halos, des portes qui s’ouvrent. Un soir, deux personnes ont aperçu une silhouette avec des pantalons bruns alors qu’il n’y avait personne à l’intérieur. Des trucs du genre, il y en a eu bon nombre », note Suzanne-Marie Landry, qui se souvient d’une soirée en particulier. 

« Dans les années 1990, on avait loué la salle pour un party de radio. C’était l’Halloween, un gros show rock avait été organisé et la soirée s’étirait. À un moment donné, l’électricité a coupé. Une panne complète. Il n’y avait que les lumières de secours qui étaient fonctionnelles. Sauf qu’il y avait du courant dans les prises... Le technicien testait avec son vérificateur et le résultat était sans ambiguïté. » 

Tout le monde a fini par quitter les lieux. 

« Et toutes les lumières se sont rallumées, immédiatement après. Bien sûr, le système électrique est vieux, mais c’est le genre d’événements dont on se souvient. » 

Une équipe de « chasseurs de fantômes » a proposé de venir relever les phénomènes inexpliqués sur place, comme elle l’a fait au Domaine Howard.

« On avait accepté, mais on a finalement décidé de décliner. On préfère laisser les choses comme elles sont actuellement. Après tout, la cohabitation est bonne! » souligne Mme Landry en riant.

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Mémorables moments

« J’ai adoré le spectacle de Chilly Gonzales, j’ai été impressionné par la générosité de Michel Louvain. Dans mes souvenirs moins heureux, il y a le passage de la troupe qui se présentait comme les Grands Ballets russes, en janvier 2012. Ce fut l’enfer, du début à la fin. Les interprètes ont dansé sans décor et sans trop de costumes. On a appris après que c’était un sous-groupe d’une troupe, en tournée aux États-Unis, qui avait décidé de venir faire une passe d’argent au Canada. Ça ressemblait à une organisation un peu mafieuse... Ce soir-là, je suis parti avant la fin. Et j’ai fait la même chose lors d’un show de Martha Wainwright, qui était de passage ici au lendemain de son gros show de Noël familial. La soirée avait fini tard, elle n’avait plus de voix! » Alain de Lafontaine, directeur général et artistique du Théâtre Granada de 2003 à 2017

« C’est une salle qui a de l’âme, du caractère et beaucoup d’histoire. Son acoustique est formidable, même sans amplificateurs : c’est comme une caisse de violoncelle. À la fin des années 1970, j’y ai vu Offenbach avec le Vic Vogel Band. Je pensais que le plafond allait lever! C’était un spectacle mémorable. »

Benoît Champ Roux, directeur entre 1976 et 1979