Susan Macpherson et Luc Proulx incarnent un couple âgé dans leurs ébats amoureux dans L'érotisme et le vieil âge de Fernand Dansereau.

L'érotisme et le vieil âge : d'une rassurante tendresse ***½

Le film s'intitule L'érotisme et le vieil âge, mais on aurait pu aisément remplacer érotisme par tendresse ou amour. Car dans ce très beau et touchant documentaire signé Fernand Dansereau, dont le prétexte était de jaser de la sexualité à un âge avancé, il est, au bout du compte, beaucoup plus question de tout ce qui entoure la chose que de la chose elle-même.
Bref, le cinéaste n'a eu d'autre choix que de rapidement réorienter son film, les premières entrevues indiquant clairement que le physique et la mécanique ont finalement moins d'importance lorsqu'on gagne des années et, surtout, qu'on ne s'en porte généralement pas plus mal. D'où le choix du mot érotisme, faisant ici office de « juste milieu ».
La pertinence du film de Dansereau (qui l'a réalisé à l'âge vénérable de 88 ans) est manifeste. Tout le monde vieillit et tout le monde se demande s'il devra un jour renoncer à sa vie sexuelle. On ne peut donc faire autrement que s'y projeter, même les plus jeunes, qui, on le sait, sont nés dans la société du sexe de performance, de la jouvence imposée et d'une omniprésente pornographie.
Le micro-trottoir de Louise Portal, qui demande à des jeunes s'ils croient que leurs grands-parents font toujours l'amour, est d'ailleurs éloquent... et drôle (on en aurait d'ailleurs pris plus), à cause de l'évident malaise que provoque la question. Quant aux réponses, certains croient franchement que non, la plupart avouent leur ignorance, mais insistent sur le fait que leurs aïeuls sont toujours amoureux... et l'une pense que oui, parce que sa mamie accroche encore des strings sur sa corde à linge.
Des pointes d'humour, donc. Des aspects scientifiques et « universitaires » aussi. Des mots francs de temps à autre. Mais ce qui se dégage le plus de ce film est une infinie tendresse, non seulement parce que celle-ci imprègne fortement la sexualité après 60 ans, mais parce que la plupart des témoins ont une façon tellement poétique et pudique d'aborder la question.
Aussi parce que le vieil âge est souvent indissociable de certaines réalités, notamment la maladie et la mort, que Fernand Dansereau n'a pas cherché à éviter. En ce sens, le témoignage du cinéaste Jean Beaudin, racontant les derniers instants de sa conjointe aux soins palliatifs, est d'une beauté à fendre le coeur. Belle aussi, cette relation entre Édith Fournier et Michel Carbonneau, qui ont retrouvé l'amour après la perte et l'accompagnement d'un conjoint dans la maladie.
Le mensonge du Viagra
S'il y a des défauts, ils sont presque inhérents au sujet : quelques lenteurs et longueurs, notamment l'atelier sur la créativité, ainsi que d'autres moments où l'on s'éloigne peut-être trop du point de départ, en abordant l'aspect spirituel (certains ne seront évidemment pas du même avis).
Mais le réalisateur octogénaire n'a pas oublié grand-chose dans son tour d'horizon : les homosexuels, pour qui la vieillesse rime souvent avec solitude, la fausse promesse du Viagra, la petite pilule bleue ne procurant pas plus d'endurance cardiorespiratoire, sans oublier les différences de génération. Car il y a un fossé considérable entre des sexagénaires tels Louise Portal et Jacques Nadeau, qui ont grandi dans un Québec où la libération de la femme et des moeurs allait davantage de soi, et une nonagénaire comme Janette Bertrand, élevée dans une société très stricte. Mais la vieille dame est quand même toujours aussi éloquente quand il est question du coeur, notamment lorsqu'elle évoque les vertus de la lenteur et la pression mise sur les hommes pour performer.
Amorcé sur de caricaturales scènes de danse en ligne, L'érotisme et le vieil âge se termine sur des images de grands-pères et de grands-mères dansant des slows collés, telle une belle claque au visage de nos préjugés. Parce qu'avant l'érotisme, comprend-on, il y a la chance d'être encore ensemble.
L'érotisme et le vieil âge
***½
DOCUMENTAIRE
Réalisé par Fernand Dansereau
Avec Janette Bertrand, Louise Portal et Jean Beaudin.