Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Élise Legrand, Amandine Garrido et Nicolas Zemmour pendant leur générale de samedi après-midi du spectacle Lemniscate, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Lors de la représentation en soirée, les interprètes du ZemmourBallet, compagnie sherbrookoise, ne portaient pas le masque.
Élise Legrand, Amandine Garrido et Nicolas Zemmour pendant leur générale de samedi après-midi du spectacle Lemniscate, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. Lors de la représentation en soirée, les interprètes du ZemmourBallet, compagnie sherbrookoise, ne portaient pas le masque.

Lemniscate, de ZemmourBallet : retours à l’infini

Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Retour des artistes sur scène, retour des spectateurs en salle, retour à la véritable prestation en chair et en os et à la réelle rencontre avec le public : la présentation du spectacle de danse contemporaine Lemniscate du ZemmourBallet, samedi soir au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, portait son propre thème en lui-même , soit l’élévation de l’être humain vers l’infini, ici concrétisé par cet acte si inéluctable de créer devant les autres.

Et même si le public a découvert une pièce modeste, montée avec très peu de moyens et de temps, il faisait du bien de se retrouver en tangible présence d’artistes, d’être témoin des corps à l’œuvre sans l’obstacle d’un écran ni d’un plexiglas, de voir justement un autre fruit de ce désir humain de s’élever par la création. 

C’était exactement le propos de Lemniscate, nom donné, en mathématiques, au huit horizontal représentant l’infini. L’épreuve traversée par les humains depuis un an leur a-t-elle permis de faire quelques pas vers le haut, vers l’absolu, ou leur a-t-elle fait renouer avec leurs bas instincts? Le spectacle signé par Nicolas Zemmour répond simplement : les deux. Mais dans une chronologie qui mène heureusement du sol vers le ciel.

Symboliquement inspiré par le tarot et la carte du bateleur, personnage au chapeau en forme de lemniscate, le chorégraphe a suivi avec ses deux coéquipières, Amandine Garrido et Élise Legrand, la trajectoire des individus qui essaient de s’arracher à la terre, à travers de multiples tentatives souvent ratées, et qui finissent par y parvenir, mais jamais complètement, toujours irrémédiablement attirés vers le bas.

Le résultat est un spectacle plus près du sol dans la première moitié, puis plus aérien dans la deuxième, mais avec de multiples variations et allers-retours, en solo, duo et trio. Cela a donné toutes sortes de belles images, notamment les deux duos homme-femme, le premier où l’un tente tant bien que mal de pousser l’autre vers le ciel, le second où les antagonismes entre les deux danseurs les font constamment rechuter.

Vieux réflexes d’autodéfense

On reste quand même dans un spectacle plutôt abstrait, où la plupart des gestes ne renvoient qu’à eux-mêmes, et duquel une signature forte peine à se dégager. Le professionnalisme, le travail et l’énergie sont là. Il manque simplement des moments où l’on aurait pu sentir une griffe particulière.

On en a en fait un début quand Nicolas Zemmour s’adresse à l’auditoire au commencement et à la fin du spectacle, ou quand il prépare le terrain pour le solo d’Élise Legrand (solo très réussi, par ailleurs, ne serait-ce que par la fausse sophistication qu’elle donne à son personnage) de la même façon qu’un coiffeur demanderait à une cliente quel genre de coupe elle souhaite aujourd’hui, mais avec des questions existentielles à la place.

Parce qu’il a choisi un thème très large, Nicolas Zemmour ouvre également la porte à une interprétation très ample. D’où l’importance d’offrir quelques balises à l’occasion, par exemple les épées (elles aussi provenant du tarot) représentant notamment l’intellect et la communication, lesquels peuvent servir à blesser, surtout lorsqu’ils pointent vers le bas. Mais on assiste en général aux multiples états d’une condition humaine fragilisée par les événements, retombant dans ses vieux réflexes d’autodéfense. 

Les passages où les interprètes devaient danser de manière synchronisée étaient généralement très réussis, même s’il manquait parfois un quart de seconde. En revanche, le choix musical, constitué en grande partie de pièces classiques, dont beaucoup de musique baroque et Renaissance, s’est avéré très judicieux.

En somme, un spectacle à la fois remarquable pour la vitesse à laquelle il a été réalisé, mais qui méritera assurément d’aller encore plus loin si une prochaine mouture se concrétise et si on en donne les moyens à cette jeune compagnie sherbrookoise.