Léane Labrèche-Dor

Léane Labrèche-Dor: télé, ciné, scéno, dodo

Léane Labrèche-Dor passe une partie de son été à la Marjolaine d’Eastman. Elle incarne le personnage de Béatrice dans «On t’aime Mickaël Gouin», un ovni théâtral qui crèche quelque part entre «Misery» de Stephen King et les films de «Dans une galaxie près de chez vous». La pièce à l’humour déjanté raconte comment un comédien ultra populaire est recueilli par une famille d’admirateurs un peu trop empressés, après un accident de voiture. Le blessé réalise vite qu’il est prisonnier de ses hôtes inquiétants.

« C’est un texte bonbon qu’on a joué une première fois il y a deux ans. C’est un bonheur de retrouver la gang. Tout le monde tire son épingle du jeu, on a beaucoup de fun ensemble. Et j’ai, moi, beaucoup de plaisir à être Béatrice, l’une des deux filles de la famille. »

La troupe a un pied-à-terre dans la verte campagne d’Eastman, mais la comédienne fera quelques allers-retours à Montréal, où se tourne la deuxième saison de l’émission à sketchs Les magnifiques, avec Geneviève Schmidt, Julie Ringuette et Marie-Hélène Thibault. 

« C’est un autre beau trip de gang où la machine est bien huilée. L’univers y est aussi drôle qu’éclaté. J’aime explorer différentes choses. J’ai fait beaucoup de comédie et c’est quelque chose qui me plaît, parce que ça rend heureux, mais le drame est un créneau qui m’appelle aussi. »

« Comme acteur, on est plus complet quand on touche à différentes couleurs de personnages et de projets, poursuit-elle. J’imagerais en faisant un parallèle avec le gym. L’entraînement est plus probant si on travaille toutes les parties du corps, en développant autant la masse musculaire que le cardiovasculaire », dit celle qui poursuit aussi l’écriture d’une série web avec son conjoint, Mickaël Gouin. Une autre façon d’ajouter une corde créative à son arc. 

« Le milieu artistique en est un où rien n’est acquis, où on gagne à développer plusieurs niches parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. L’écriture, c’est une sphère dans laquelle je me sens bien. Moi, j’ai un côté très Hermione Granger : j’aime avoir le nez dans les livres et me creuser les méninges. Avec Mickaël, avant d’être un couple, on a d’abord travaillé ensemble. On a appris à se connaître comme ça, en fait. On a développé un langage artistique commun, une complicité, on a de véritables affinités dans le travail. Mickaël est extrêmement exigeant en création et je trouve ça vraiment stimulant. Ça tire le projet vers le haut. Ça m’amène aussi à donner le meilleur de moi-même. »

Le talent et rien d’autre

Léane Labrèche-Dor a beau avoir grandi dans une famille où les portes artistiques étaient grandes ouvertes, l’idée d’embrasser la scène lui est venue sur le tard. Pour tout dire, elle avait bien d’autres projets dans sa mirette.  

« Je rêvais d’être archéologue, ou bien d’étudier en histoire de l’art, quelque chose comme ça. »

À la fin de ses études secondaires, elle a participé à une première pièce. Pour le plaisir. Sans avoir jamais vraiment envisagé de monter sur les planches.  

Dès lors, elle a bien eu une petite piqûre pour le jeu. Mais vidons la question d’emblée : être la fille de son père, c’était un peu beaucoup un frein à son élan naissant vers le théâtre. « Je n’avais surtout pas envie d’être recrutée pour une pièce parce que j’étais la fille de Marc Labrèche. » 

Ce qui fait qu’au cégep, elle a d’abord tourné le dos à un projet théâtral en parascolaire pour lequel elle avait été choisie.  

« La metteuse en scène m’a rappelée pour me dire qu’elle attribuait les rôles en fonction du talent. Et de rien d’autre. »

Le message a porté. La cégépienne a décidé de se greffer à la troupe. 

« J’avais un plaisir fou. À un moment donné, je me suis rendue à l’évidence : j’étais vraiment passionnée par ce projet théâtral, je tripais davantage que dans les cours du programme que j’avais choisi. »

Le constat appelait un changement de cap. Léane s’est inscrite à l’École nationale de théâtre.  

Le jeu, après ça, est devenu un réel coup de cœur. Un essentiel.

De projet en projet, elle s’est fait un prénom. 

« À l’adolescence et au début de l’âge adulte, on cherche à se dissocier de ses parents, c’est normal. On ne veut pas marcher dans leurs pas. Mais le temps passe et c’est quelque chose que j’ai apprivoisé, le fait de faire le même métier que mon père. Je peux en parler avec lui, d’ailleurs: il a vécu la même chose. Il arrive encore que des gens l’appellent Gaétan! Peu à peu, je fais mon chemin, ma place à moi. C’est une roue qui tourne : les plus jeunes qui m’ont découverte dans Le camping de l’ours, à Vrak, n’ont pas grandi en regardant La fin du monde est à sept heures, alors ils ne font pas nécessairement le parallèle avec mon père. »

Mickaël Gouin et Léane Labrèche-Dor se sont connus par le travail avant de former un couple. On les voit ici lors des répétitions de la pièce de théâtre «On t’aime Mickaël Gouin», présentée encore jusqu’au 4 août à la Marjolaine d’Eastman avant de partir en tournée québécoise l’automne prochain.

Du cinéma avec un Sherbrookois

Après avoir joué dans plusieurs pièces de théâtre et dans des émissions télévisées humoristiques dont SNL Québec, Le nouveau show et Les bobos la comédienne fera ses véritables premiers pas cinématographiques l’automne prochain, alors qu’elle tiendra le rôle principal du film Le rire.

« J’ai fait de brèves apparitions au grand écran, mais je n’ai jamais vécu l’expérience d’une immersion totale sur un plateau de cinéma. Là, j’ai le rôle principal. C’est vraiment une belle porte d’entrée, mais au-delà de ça, le projet comme tel est emballant. J’aime beaucoup l’approche du réalisateur Martin Laroche. J’ai eu la chance de le côtoyer pendant les auditions, on a travaillé ensemble et j’ai adoré ça. Je trouve que ses films ont une signature unique, différente de ce qu’on voit souvent dans le cinéma québécois, où l’accent est parfois mis sur des trucs dark ou timorés, et où il est fréquemment question d’histoires de famille. » 

Le cinéaste sherbrookois, qui a entre autres signé Les manèges humains et Tadoussac, campe cette fois-ci sa bobine dans un Québec qui se remet d’une guerre survenue quelques années auparavant. 

« Mon personnage y a tout perdu. C’est une femme qui vit avec le syndrome de la survivante, avec la culpabilité d’être celle qui reste alors que tous ceux qu’elle aimait ont disparu dans le conflit. Le scénario n’a rien de linéaire, le ton ne l’est pas non plus. C’est à la fois drôle et triste, c’est plein d’humanité. Ce sera un immense défi et j’ai vraiment hâte de le relever. »

Micheline Lanctôt et Alexandre Landry font également partie de la distribution du long métrage qui sera tourné l’automne prochain et qui est attendu sur écran en 2019.

La comédienne a aussi déjà prêté sa plume au recueil collectif Lettres à un souverainiste et elle noircit des pages depuis longtemps. Elle a quelques poèmes dans ses carnets. Des écrits épars. 

« Est-ce que j’aurai envie de publier un projet d’écriture un jour? Quelque chose de complètement en dehors du jeu théâtral? Peut-être. Je ne sais pas. J’adore l’exercice, mais l’écriture exige un vrai dévoilement de soi. Publier, c’est inviter les gens dans son univers. Et il faut être certain que cet univers-là est suffisamment intéressant. »

Julie Ringuette, Geneviève Schmidt, Léane Labrèche-Dor et Marie-Hélène Thibault, alias les Magnifiques, auront leur deuxième saison.

Tempête dans un micro

Le dernier Bye Bye a été salué par de nombreuses voix. Léane Labrèche-Dor est de celles qui ont émis une réserve. Sur les ondes de la radio d’État, on lui a demandé ce qu’elle avait pensé de la revue de l’année télévisée. Elle a souligné le fait que, peut-être, le mouvement #moiaussi aurait dû inspirer un sketch ou deux. Au moins. Ce à quoi Simon-Olivier Fecteau, réalisateur du Bye Bye, a réagi avec déception, en disant plus tard sur le plateau de Tout le monde en parle que « de toutes les critiques [...], c’est la seule critique qui [l’ait] fait chier ».  « Ça a blessé des gens, mais ce n’était vraiment pas l’intention. On m’a demandé ce que je pensais, j’ai répondu honnêtement. La vague #moiaussi, c’était marquant, c’était international, c’était une prise de parole importante. Montrer Éric Salvail tout nu ou Gilbert Rozon dans les égouts, ce n’était pas parler de ce mouvement-là. Je trouvais qu’ils étaient un peu passés à côté. Après la sortie de Simon-Olivier à l’émission de Guy A. Lepage, les médias ont parlé de tout ça et ils en ont fait grand cas, mais ce n’était pas une grosse chicane. Nous, on s’est écrit, on s’est expliqué et on est passé à autre chose. »