Le vrai du faux : Émile Gaudreault vraiment interpellé

Avec Le vrai du faux, son sixième long métrage, Émile Gaudreault offre une nouvelle comédie dramatique sur un sujet d'apparence sérieux : le syndrome du stress post-traumatique chez les militaires. Adaptation de la pièce de théâtre Au champ de Mars de Pierre-Michel Tremblay, le film (le titre initial était Furie) s'appuie sur la rencontre improbable entre un cinéaste en épuisement professionnel et un soldat revenu démoli de la guerre en Afghanistan, mais qui tente de reconquérir son ex-petite amie. Tourné en partie à Black Lake avec un budget de 6,6 millions $, le long métrage sort mercredi.
Émile Gaudreault ne devait pas réaliser Le vrai du faux, mais simplement signer le scénario en compagnie de son vieil ami, auteur du Groupe Sanguin, Pierre-Michel Tremblay. Tous deux étaient partis de la pièce de théâtre Au champ de Mars, écrite par Pierre-Michel et créée en janvier 2010 par le Théâtre de la Manufacture. «Finalement, à force de travailler le scénario, j'ai voulu le réaliser moi-même. Je trouvais que Pierre-Michel avait créé des personnages vrais et riches. J'aimais le sujet, la façon dont il était traité, et la trame narrative m'apparaissait très forte.»
En fait, Émile Gaudreault a surtout été interpellé par trois scènes et demie du spectacle : celles où le soldat Éric, souffrant du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), rencontre Marco, un cinéaste surmené. «C'était le fil de mon film : ce gars évoluant dans un univers un peu factice, qui ne voit pas la réalité, qui se croit beaucoup... Chacune de nos séances d'écriture s'éloignait ensuite de la pièce.»
Ainsi est née l'aventure de Marco Valois (Stéphane Rousseau), un cinéaste de films populaires sur le point d'imploser, surtout depuis que son film de cascades automobiles a provoqué indirectement la mort d'un jeune homme. En allant voir Rachel (Julie Le Breton), une psychologue elle aussi au bord de la crise de nerfs, Marco tombe sur Éric (Mathieu Quesnel), soldat revenu d'Afghanistan avec un SSPT. Marco voit en Éric le sujet potentiel de son prochain film et l'amadouera en lui faisant miroiter l'occasion de renouer avec son ex Sara (Marie-Ève Milot), dans sa ville natale de Taylor Mines... Mais Rachel et les parents d'Éric (Guylaine Tremblay et Normand D'Amour) partent à leur poursuite.
«Nous avons tourné à Black Lake, car les paysages rappelaient justement l'Afghanistan. J'ai choisi Mathieu pour le rôle d'Éric parce qu'il était un des rares acteurs à avoir autant accès à ses émotions. Éric est un écorché vif, constamment à fleur de peau. Quant à Stéphane, je ne le connaissais pas, jusqu'à ce que je le voie présenter un prix aux Olivier. Même sans jouer de personnage, il était très drôle. C'était le contrepoids idéal à Éric. Je voulais un Marco délicat, sophistiqué, métrosexuel, qui reste sympathique et sincère malgré son côté manipulateur.»
Le réalisateur a d'ailleurs soigneusement choisi ses acteurs pour leur instinct de la comédie, étant donné qu'ils ne devaient se fier qu'au texte pour faire ressortir l'humour.
«Ils devaient rester dans l'émotion réelle, sans la forcer. Dès qu'ils essayaient d'être drôles, ça ne marchait plus.»
C'est faux, pas vrai?
Une des scènes les plus mémorables est d'ailleurs un monologue où la mère d'Éric, en voulant se confier à Rachel, condense un an de thérapie en une minute. Émile Gaudreault salue le tour de force de son actrice.
«Il fallait que l'émotion la transporte et non qu'elle y pense avant. Elle devait la ressentir avant que le texte sorte. Nous avons fait la prise une dizaine de fois, du début à la fin.»
Quant au «vrai» et au «faux» du titre, ils sont simplement un résumé de la quête des deux personnages principaux : un cinéaste entouré de faux et à la recherche de vrai, et un soldat pour qui le vrai est innommable... mais qui s'en sortira, on le verra à la fin, grâce au faux.
«Marco se retrouve devant un dénouement qui va totalement à l'encontre de ce qu'il cherchait, alors qu'Éric, avec le faux, réussit à toucher à la vérité de ses émotions. Dans le fond, c'est aussi le rôle que joue le cinéma.»
Dossier complet dans le cahier des arts de La Tribune de samedi.