Érika Tremblay-Roy

Le théâtre comme une main tendue

Ce n’est pas une figure de style, ni même une image pour faire joli. Érika Tremblay-Roy foule planches et coulisses depuis qu’elle est toute petite.

Sa mère, la comédienne Jacinthe Tremblay, l’amenait avec elle dans les théâtres estriens où elle jouait. Derrière le rideau, la petite Érika voyait se déployer mille univers. L’œil brillant devant ces portes ouvertes sur tous les possibles de l’imaginaire, elle rêvait beau et grand. Elle sentait fleurir cette envie forte d’entrer elle aussi dans le décor.

« J’ai annoncé jeune mon intention d’embrasser ce métier-là », souligne l’auteure, comédienne et directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke.

En 1998, elle filait à l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe pour suivre sa formation en interprétation. Au terme de celle-ci, l’élan d’écriture s’est vite manifesté.

« C’est arrivé presque par accident, en fait. Comme un comédien qui a envie de jouer et qui n’a pas tellement envie d’attendre après les rôles, j’avais le goût que les choses se passent. Je me suis lancée dans la création. »

Un premier texte, L’écho du coquillage, a capté l’intérêt des uns et des autres, en 2003. Isabelle Cauchy, alors directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke, a reconnu le talent et vu une relève.

« Très vite, elle m’a intégrée à l’équipe. »

À ses côtés, Érika a appris. Beaucoup. Elle a signé différents textes théâtraux (Tante T, Autopsie d’une napkin, Petite vérité inventée, notamment) et apprivoisé la mise en scène en plus de jouer dans plusieurs créations (L’Épopée de Gilgamesh, La Tempête, Une lettre pour moi, entre autres).  

La collaboration a monté d’un échelon en 2012-2013, alors que les deux femmes ont assumé ensemble la direction artistique du Petit Théâtre. L’année suivante, Cauchy passait définitivement le flambeau. Portée par le désir de continuer à s’adresser au jeune public, Érika Tremblay-Roy a repris les rênes de l’institution théâtrale qui rayonne bien au-delà du paysage de la région.

Dans la vie des enfants

« J’aime ce que peut le théâtre dans la vie des enfants. Cette ouverture du regard qu’il installe, ces univers éclatés et différents qu’il donne à apprivoiser. Le fait d’avoir accès à la culture au cours de nos premières années ne fait pas que nourrir notre rapport à l’art, il a aussi une portée sur le citoyen qu’on devient, un citoyen plus sensible, plus enraciné, avec une meilleure compréhension de lui-même et de ses semblables. Sans donner toutes les clés, le théâtre dépose des pierres et laisse les spectateurs tracer le chemin de l’histoire, construire sa pensée », exprime celle qui aime aussi le côté joliment ludique de l’art scénique.

« Il y a un plaisir à amener les spectateurs dans des zones où l’étrange et l’improbable se côtoient, où la langue se fait poétique, imagée. »

Lueur d’espoir

La femme de théâtre de 37 ans n’a pas peur d’explorer sujets sensibles et thèmes délicats. « J’écris pour le jeune public de la même façon que je le ferais pour des adultes. La seule différence, en fait, c’est que je ne signerais jamais pour les enfants un texte qui, d’une manière ou d’une autre, n’est pas porteur d’une lueur d’espoir. »

Lettre pour Éléna, sa plus récente création coproduite avec la compagnie française La Parenthèse, touche la question du deuil et de la mort avec grande finesse. L’œuvre mariant danse et interprétation théâtrale a été applaudie des deux côtés de l’océan avant de mériter, en 2016, le Prix de l’œuvre de l’année en Estrie remis par le CALQ.

« Cette collaboration avec le chorégraphe de La parenthèse, Chistophe Garcia, a installé quelque chose. J’aime ce qui naît du croisement de diverses disciplines. Les langages différents qui s’amalgament dans une même pièce nous amènent à visiter d’autres repères, d’autres focus, d’autres pratiques. C’est une rencontre très riche. »

La créatrice a quelques projets sur le feu. « J’écris lentement. C’est un processus ardu, mais aussi très nourrissant. Ce que j’aime particulièrement, après c’est construire le spectacle sur le plateau. Combler les trous d’écriture, voir la pièce prendre forme. »  

Endosser un rôle, aussi, elle aime. Même si cette année est la première où elle ne se glisse pas dans la peau d’un personnage. Elle reviendra au jeu, promet-elle.

« Parce que je chéris cette rencontre avec le jeune public. Et parce que le jeu théâtral fait partie de mon ADN. »


REPÈRES

Maman d’une petite fille de sept mois.

Diplômée de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe.

Directrice artistique du Petit Théâtre de Sherbrooke depuis 2012.

Récipiendaire du prix de l’œuvre de l’année 2016 remis par le CALQ pour Lettre pour Éléna.

Récipiendaire du prix Rideau LOJIQ Francophonie 2016 pour Lettre pour Éléna.

Finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général pour Petite vérité inventée, en 2013.

Lauréate du Prix Louise-LaHaye pour Autopsie d’une napkin, en 2012.