Sébastien Pomerleau, alias Auguste, aura dû attendre ses 40 ans pour lancer son premier album complet, La rouille se pose sur nos corps. Une maturité durement gagnée, mais qui le laisse beaucoup plus serein aujourd’hui.

Le temps pour trouver sa voie

Les anglophones ont inventé le Terrible Two. Plus récemment, on a vu émerger l’expression F...ing Four. Mais dans le cas de Sébastien Pomerleau, alias Auguste, on pourrait parler du Fantastic Forty.

L’auteur-compositeur-interprète lance en effet son premier album complet, après plusieurs années de revers et de réussites, qui l’ont vu passer notamment de l’écriture en anglais au français, d’une formation de neuf musiciens à artiste solo, de l’envie de tout abandonner au désir de continuer, d’une séparation à une nouvelle relation amoureuse… Des montagnes russes l’ayant mené aujourd’hui, année de ses 40 ans, à un opus de dix plages, La rouille se pose sur nos corps, après deux microalbums parus en 2010 et 2013.

« Le plus gros changement — et c’est peut-être l’âge qui fait ça, en effet —, c’est que j’ai accepté l’artiste que je suis. Auguste, c’est un autodidacte, qui n’a pas fait d’école de musique, qui n’a pas le génie de Louis-Jean Cormier ni la poésie de Tire le coyote. Avec ça en tête, je me suis laissé le temps d’écrire, sans rien forcer, sans tenter de plaire, sachant que personne n’attendait impatiemment le prochain album, en me disant que les chansons qui sortiraient, ce serait ça, le meilleur d’Auguste », résume le Magogois d’origine.

Cette stratégie semble avoir porté ses fruits : au bout d’un an, Sébastien avait accouché de... 35 chansons! « J’ai commencé à en retrancher jusqu’à ce qu’une thématique se dégage, celle du temps. À partir de là, je savais que j’avais quelque chose qui se tenait et que je pouvais défendre. »

Autre nouveauté pour le musicien : écrire en étant heureux. Pour celui qui avait l’habitude d’encrer ses textes dans la tristesse et la mélancolie, le fait de retomber amoureux, avec la période de bonheur qui s’ensuit, a causé une paralysie de la plume.

« Mon plus récent microalbum, La tristesse des autoroutes, en était un de transition. Mais là, ça allait bien et j’ai vraiment bloqué! J’ai dû réapprendre à écrire en étant heureux et de bonne humeur. Tout ça a évidemment teinté mes nouvelles compositions. Il est resté une forme de nostalgie, mais la musique est plus joyeuse, plus rythmée. »

Une deuxième chance au succès

La rouille se pose sur nos corps compte un prélude et huit nouvelles chansons… sauf 3 jours en hiver, le premier extrait, qu’Auguste a rapporté de La tristesse des autoroutes. Le chanteur souhaitait que ce qu’il considère comme son hit (sa pièce qui fonctionne toujours le mieux en spectacle) ait une place sur ce disque représentant une sorte de nouveau départ.

Sa décision semble avoir été la bonne : 3 jours en hiver s’est retrouvée buzz d’Énergie en février dernier et la station CKOI à Montréal a emboîté le pas.

Sébastien avait embauché un promoteur radio pour que son « tube » ait sa chance à l’extérieur de l’Estrie. « C’est le défi que je me suis donné cette fois-ci, le même que tous les artistes qui vivent en région : percer à l’extérieur. La chanson avait bien joué à Sherbrooke en 2013-2014, mais le promoteur ne l’avait pas poussée à Montréal. Aujourd’hui, je reçois beaucoup d’échos de gens d’un peu partout au Québec, qui m’écrivent ou qui s’abonnent à ma page. »

Depuis qu’il est devenu artiste solo, Auguste n’a jamais aussi souvent fait appel à des collaborateurs extérieurs. « En m’acceptant tel que je suis, j’ai également accepté que je ne sais pas tout faire. Je n’ai donc jamais autant posé de questions ni demandé autant de commentaires. Le résultat, c’est que j’obtiens plus de réponses et que je suis plus capable de savoir si mon instinct est bon. »

Même s’il s’est occupé de la réalisation et de la production, en plus d’enregistrer chez lui la majorité des instruments et des voix, Auguste a fait appel à Pierre Duchesne du studio Ouïe-Dire, à Shefford, pour le mixage et le matriçage.

« Mon idée était déjà pas mal faite quant au son que je souhaitais avoir, sauf que j’ignorais comment y arriver. J’ai apporté à Pierre des albums de classiques rock (Beach Boys, Bob Dylan, Tom Petty, Bea-tles). Pierre, c’est un vieux routier, il parle peu. Tu le regardes faire avec ses machines, en silence, sans savoir où il s’en va. Après trois ou quatre heures, il te fait entendre le résultat… et c’est exactement ça! »

Bercé par le vent

Avec ses images fortes de couple, de chair et de passage du temps, Auguste trouvait que La rouille se pose sur nos corps, dixième et dernière plage, résumait bien l’esprit de l’album.

« C’est en fait la dernière chanson que j’ai écrite. Je m’étais donné le défi de la créer à partir du titre… et il m’a fallu un an pour y arriver! » avoue-t-il en riant.

Face au vent est un autre texte d’acceptation des traces que laissent les années sur soi et sur les relations. « Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il est peut-être préférable de se laisser bercer par ce vent plutôt que d’y tenir tête. »

L’opus contient aussi bien des chansons d’amoureux éconduits (le refus d’être quitté dans Tomber à ses pieds, la peur d’être largué pour un rival plus séduisant dans l’humoristique 5AM) que d’ivresse des amours naissantes (Apprendre à voler, Coconut).

« Quoique, dans Coconut, on ne sait pas vraiment si la relation a marché. Je préférais garder une porte ouverte pour que chacun en fasse ce qu’il veut. »

Quant à Train Boston — Nulle part, elle parle de ce sentiment de toujours laisser le train passer sans jamais sauter dedans. « De rester passif face à la vie jusqu’au jour où on se dit que ça suffit, et on s’agrippe. »

Sans trop savoir quelle destination nous attend. Une destination qui, pour Auguste, pourrait bien être synonyme de maintenant.

Vous voulez y aller

Lancement de La rouille se pose sur nos corps
Auguste
Jeudi 26 avril, 17 h
Boquébière
Entrée : 12 $ (disque inclus)

AUGUSTE
LA ROUILLE SE POSE SUR NOS CORPS
POP-FOLK FRANCO
Autoproduction

Deux clips tournés à Sherbrooke

Les clips des deux premiers extraits de La rouille se pose sur nos corps, 3 jours en hiver et Coconut, ont été tournés à Sherbrooke et, sachant le métier premier de Sébastien Pomerleau, on ne sera pas étonné d’apprendre qu’il les a réalisés lui-même. À côté de la création musicale, l’artiste n’a en effet jamais cessé d’œuvrer comme caméraman-monteur à Télé-Québec, l’essentiel de ses énergies se concentrant aujourd’hui sur les reportages de la Fabrique culturelle.

« Pour le premier clip, il me fallait uniquement un grand local où je pouvais faire entrer deux écrans géants, afin d’y projeter des images d’archives. Je me suis finalement installé à l’école Montcalm. »

« Pour Coconut, que je souhaitais tourner dans un hôpital, ça a été beaucoup plus compliqué… Pas facile d’obtenir une autorisation pour filmer dans ce milieu-là. J’ai alors pensé au département des soins infirmiers du Cégep de Sherbrooke. On peut facilement croire qu’il s’agit d’un corridor d’hôpital. »